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La genèse
L'EGE est le fruit d'un cheminement intellectuel qui remonte au milieu des années 1980 afin de pallier les blocages récurrents de la société française : refus de former les élites à la stratégie, refus de mettre en oeuvre des politiques offensives au détriment d'une pensée strictement défensive, incapacité des autorités à formaliser une vision du combat par l'information et la connaissance. La culture du combat qui caractérise l'Ecole de Guerre Economique et constitue son identité s'est forgée ces vingts dernieres années avec les idées directrices évoquées suivantes.
1984 : Penser autrement la stratégie et le combat
L'analyse comparée des cultures de la stratégie s'ancre dans l'étude des styles de combat. Une décennie de pratique de différents arts martiaux conduit Christian Harbulot à distinguer les différences fondamentales entre la pensée asiatique qui valorise le combat et sa culture, et l'approche occidentale qui tend à réduire ces deux problématiques à la seule sphère militaire. En Extrême Orient, la stratégie est indissociable du combat, elle est d'ailleurs au cœur de l'organisation de la société. En Occident, la stratégie se limite fondamentalement aux questions de défense. Une telle divergence impliquait l'élaboration d'une nouvelle grille de lecture et d'outils d'analyse inédits afin de combler les lacunes qui se dessinaient avec l'accélération du processus de mondialisation. En effet, loin de gommer les identités la globalisation a renforcé le poids des matrices culturelles dans la compréhension de l'évolution des rapports de force. Concrètement, il s'agissait de dépasser les écoles marxistes ou libérales sur lesquelles la stratégie théorique s'était largement inspirée depuis 1945, car celles-ci avaient sous-estimé les constantes historiques des peuples et civilisations.
1986-1994 : la naissance du concept d'intelligence économique
Les travaux de Christian Harbulot se structurent avec un premier ouvrage, Il nous faut des espions, la crise du renseignement occidental paru aux éditions Robert Laffont. Ce travail embryonnaire met en valeur la nécessité de procéder à une analyse comparée des cultures du renseignement. Cette méthode de travail sera reprise quelques années plus tard dans la première partie du rapport Martre à propos de l'évaluation des pratiques nationales en intelligence économique. Ancien directeur de l'Ecole Interarmées du Renseignement et des Etudes Linguistiques, le Général (cr) Pichot-Duclos approfondit le concept en 1992 dans la revue de Défense Nationale au travers d'un article intitulé « Pour une culture du renseignement ». Cet article provoqua sa rencontre avec Christian Harbulot. La convergence de leurs réflexions suscita l'idée de créer une Ecole de Guerre Economique .
Parallèlement l'étude de Christian Harbulot, Techniques offensives et guerre économique, suscita un réel intérêt dans la sphère gouvernementale. Le Centre de Prospective et d’Evaluation, dirigé par Thierry Gaudin, a financé l’étude. Ce soutien du Ministère de la Recherche a été décisif puisqu’il a validé le principe d’une amorce de nouvelle grille de lecture sur les rapports de force économiques et un dépassement du concept de veille technologique jusque-là centré principalement sur l’innovation et le développement. Les dialogues avec Edith Cresson alors Ministre des Affaires Européennes puis Premier Ministre et le Ministre des Affaires Etrangeres Roland Dumas soulignaient (déjà) les déficits français dans le domaine de la gestion de l'information stratégique et des politiques d'influence. Ces échanges aboutirent directement à la transformation de l'association ADITECH en un établissement public industriel et commerciel rebaptisé Agence pour la Diffusion de l'Information Technologique (ADIT). Dans un second temps, la réactualisation de l'étude aboutit à la création du concept d' intelligence économique (p120) dans l'ouvrage La machine de guerre économique (Economica, 1992). Christian Harbulot poursuivit ses travaux dans le cadre du Commissariat Général au Plan au côté de Philippe Baumard qui étudiait les dispositifs anglo-saxons d'intelligence économique. Leurs recherches respectives serviront de documents de référence aux participants du Groupe de travail réunis par Henri Martre et Jean-Louis Levet. Le prolongement opérationnel de cette publication se matérialisa par la création d'Intelco en mars 1993 au sein du Groupe parapublic Défense Conseil International (ex-Cogepag). Son président, le contrôleur général des armées Jouan, soutenu par les généraux Mermet et Pichot Duclos recruta Christian Harbulot en qualité de directeur des opérations ainsi que Bruno Delamotte comme adjoint afin d'initier une nouvelle approche dans la gestion des sources ouvertes.
1995-1997 : La création de l'école de guerre économique
Après la publication du rapport Martre, l'équipe d'Intelco a participé activement à plusieurs rapports commandités par l'Etat sur l'intelligence économique. Le premier d'entre eux Les nouvelles avenues de l'information (Stratco/Intelco) dirigé par le Général Mermet pour la Délégation aux Affaires Stratégiques du Ministère de la Défense. Il complètait le rapport Martre sur les points suivants :
• fusion des méthodologies militaires et civiles,
• gestion des sources ouvertes et renseignement,
• définition des stratégies d'influence,
• enjeux de la guerre de l'information.
Un second rapport (Stratco/Intelco) est réalisé pour le compte de la Délégation Générale à l'Armement sur la guerre de l'information. Il constitue le point de départ d'une réflexion originale sur les aspects offensifs de l'utilisation des systèmes d'information et des connaissances. Le général Jean Pichot-Duclos et Pascal Jacques-Gustave ont été à l'origine de la grille de lecture par/pour/contre dans le domaine de l'information warfare. De son côté, Christian Harbulot
a pris une part active dans le groupe de travail sur la guerre de l'information, piloté par Philippe Clerc lorsqu'il rejoignit le SGDN pour assurer aux côtés du préfet Pautrat la Mission pour la Compétitivité et la Sécurité Economique. Ces différentes études renforcées par le bilan positif des acitivités de conseil sur le management de l'information menées par Laurent Hassid ont servi de fondements théoriques et pratiques à la création en 1997 de l'Ecole de Guerre Economique— en partenariat avec l'ESLSCA. Ce type d'école ne pouvait voir le jour dans l'enseignement supérieur public euégards aux blocages culturels de l'institution universitaire, à son cloisonnement disciplinaire et sa difficulté à générer de la recherche appliquée spécialisée en réponse aux besoins des entreprises et des administrations.
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