<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/"><channel><link>/rss.xml</link><title>RSS - Ecole de Guerre Economique</title><atom:link href="/rss.xml" rel="self" type="application/rss+xml" /><lastBuildDate>Mon, 10 Aug 2026 16:57:57 +0200</lastBuildDate><generator>https://www.ege.fr</generator><items><item><title>Etude - Les fonds souverains et le patriotisme économique</title><link>https://www.ege.fr/actualites/etude-les-fonds-souverains-et-le-patriotisme-economique</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/vignette_fonds_souverains2026.jpg.webp?itok=_A_yJGUh" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/vignette_fonds_souverains2026.jpg.webp?itok=At38tscZ</url><link>https://www.ege.fr/actualites/etude-les-fonds-souverains-et-le-patriotisme-economique</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/actualites/etude-les-fonds-souverains-et-le-patriotisme-economique</guid><category>news</category><pubDate>Fri, 17 Jul 2026 15:36:45 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p><strong>Aux temps des crises pétrolières – qui demeurent d’une actualité criante – le mot d’ordre avait été «&nbsp;on n’a pas de pétrole mais on a des idées&nbsp;». Autrement dit, faute de disposer de ressources énergétiques propres, il fallait trouver d’autres modes d’approvisionnements stratégique pour enrayer l’inflation des hydrocarbures et changer les comportements. L’Etat stratège a su miser sur la technologie de l’atome pour éviter de s’exposer à l’avenir aux soubresauts des crises géopolitiques du Moyen-Orient.</strong><br><strong>Framatome, Areva, EDF, et d’autres entreprises d’Etat en furent le bras armé.</strong></p><p>Mais comme l’affirmât le général De Gaulle&nbsp;: «&nbsp;Nous ne pouvons avoir une politique indépendante et une défense indépendante, si nous n’avons pas une économie indépendante et des finances saines. C’est la condition sine qua non de l’indépendance nationale.&nbsp;» (Cité par Alain Peyrefitte, C’était De Gaulle, tome 1, Editions de Fallois/Fayard, 1994).</p><p>Or, depuis 1974, la France n’a plus adopté de budget bénéficiaire. Et elle n’a pas su capitaliser sur ses ressources financières sagement investies et accumulées lors du redressement national et industriel de la période Gaullo-Pompidolienne. Or, «&nbsp;quand la bise fut venue, elle se trouva fort dépourvue&nbsp;» comme sût si bien le dire Jean de La Fontaine.</p><p>Tandis que l’Etat providence avait puisé dans les trésoreries de ses entreprises publiques, les autres pays du monde avait su investir et faire fructifier leurs capitaux dans des fonds ad hoc, tirant de juteux bénéfices qui leur permettaient tantôt de faire face aux périodes de disette financière, tantôt de financer leurs propres besoins sociaux.</p><p>Il fallut la clairvoyance d’un député ayant prôné le patriotisme économique, Bernard CARAYON, pour soutenir et favoriser la création d’un Fonds Stratégique d’investissement (FSI), créé en 2009, destiné à financer l’innovation française et renforcer les capitaux propres des entreprises d’avenir. Hélas, ce fonds n’aura pas survécu à l’alternance politique et a été absorbé dans le cadre de la création de la Banque Publique d’Investissements (BPI, 2012), qui a perdu de vue tout intérêt stratégique.</p><p>Dès lors, nous pouvons voter des lois Florange (2014) pour la reprise d’industrie, instaurer un régime de contrôle des investissements étrangers en France pour prétendre défendre les intérêts stratégiques ou se plaindre de délocalisations et de perte de savoir-faire sur le territoire français, le financement fera toujours défaut, malgré la volonté affichée. Comme le disait Vladimir Ilich Oulianov dit Lénine&nbsp;: «&nbsp;là où il y a de la volonté, il y a un chemin&nbsp;». Peut-être que la volonté n’est pas suffisamment affirmée …</p><p>Toute la valeur de ce mémoire de grande qualité repose sur la définition et l’analyse comparée des fonds souverains, dont les buts assignés ne sont pas toujours aussi pacifiques qu’ils le prétendent. Ils restent et demeurent des outils de la guerre économique et de souveraineté nationale, quand ils ne pourvoient pas à alimenter le budget d’un Etat et son indépendance.</p><p>Voilà un bel exercice qui doit servir de leçon. Et que nos étudiants du MBA Stratégie et intelligence économique ont parfaitement retenue et restituée.</p><p class="text-align-right"><strong>Olivier de MAISON ROUGE</strong><br>Docteur en droit<br>Avocat associé CESIS<br>Directeur pédagogique des programmes intelligence juridique de l'EGE</p><p class="text-align-center"><a class="gp-button link--generic-advanced" href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/les_fonds_souverains_monde2026.pdf">TÉLÉCHARGER L'ÉTUDE</a></p>]]></description><content><![CDATA[<p><strong>Aux temps des crises pétrolières – qui demeurent d’une actualité criante – le mot d’ordre avait été «&nbsp;on n’a pas de pétrole mais on a des idées&nbsp;». Autrement dit, faute de disposer de ressources énergétiques propres, il fallait trouver d’autres modes d’approvisionnements stratégique pour enrayer l’inflation des hydrocarbures et changer les comportements. L’Etat stratège a su miser sur la technologie de l’atome pour éviter de s’exposer à l’avenir aux soubresauts des crises géopolitiques du Moyen-Orient.</strong><br><strong>Framatome, Areva, EDF, et d’autres entreprises d’Etat en furent le bras armé.</strong></p><p>Mais comme l’affirmât le général De Gaulle&nbsp;: «&nbsp;Nous ne pouvons avoir une politique indépendante et une défense indépendante, si nous n’avons pas une économie indépendante et des finances saines. C’est la condition sine qua non de l’indépendance nationale.&nbsp;» (Cité par Alain Peyrefitte, C’était De Gaulle, tome 1, Editions de Fallois/Fayard, 1994).</p><p>Or, depuis 1974, la France n’a plus adopté de budget bénéficiaire. Et elle n’a pas su capitaliser sur ses ressources financières sagement investies et accumulées lors du redressement national et industriel de la période Gaullo-Pompidolienne. Or, «&nbsp;quand la bise fut venue, elle se trouva fort dépourvue&nbsp;» comme sût si bien le dire Jean de La Fontaine.</p><p>Tandis que l’Etat providence avait puisé dans les trésoreries de ses entreprises publiques, les autres pays du monde avait su investir et faire fructifier leurs capitaux dans des fonds ad hoc, tirant de juteux bénéfices qui leur permettaient tantôt de faire face aux périodes de disette financière, tantôt de financer leurs propres besoins sociaux.</p><p>Il fallut la clairvoyance d’un député ayant prôné le patriotisme économique, Bernard CARAYON, pour soutenir et favoriser la création d’un Fonds Stratégique d’investissement (FSI), créé en 2009, destiné à financer l’innovation française et renforcer les capitaux propres des entreprises d’avenir. Hélas, ce fonds n’aura pas survécu à l’alternance politique et a été absorbé dans le cadre de la création de la Banque Publique d’Investissements (BPI, 2012), qui a perdu de vue tout intérêt stratégique.</p><p>Dès lors, nous pouvons voter des lois Florange (2014) pour la reprise d’industrie, instaurer un régime de contrôle des investissements étrangers en France pour prétendre défendre les intérêts stratégiques ou se plaindre de délocalisations et de perte de savoir-faire sur le territoire français, le financement fera toujours défaut, malgré la volonté affichée. Comme le disait Vladimir Ilich Oulianov dit Lénine&nbsp;: «&nbsp;là où il y a de la volonté, il y a un chemin&nbsp;». Peut-être que la volonté n’est pas suffisamment affirmée …</p><p>Toute la valeur de ce mémoire de grande qualité repose sur la définition et l’analyse comparée des fonds souverains, dont les buts assignés ne sont pas toujours aussi pacifiques qu’ils le prétendent. Ils restent et demeurent des outils de la guerre économique et de souveraineté nationale, quand ils ne pourvoient pas à alimenter le budget d’un Etat et son indépendance.</p><p>Voilà un bel exercice qui doit servir de leçon. Et que nos étudiants du MBA Stratégie et intelligence économique ont parfaitement retenue et restituée.</p><p class="text-align-right"><strong>Olivier de MAISON ROUGE</strong><br>Docteur en droit<br>Avocat associé CESIS<br>Directeur pédagogique des programmes intelligence juridique de l'EGE</p><p class="text-align-center"><a class="gp-button link--generic-advanced" href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/les_fonds_souverains_monde2026.pdf">TÉLÉCHARGER L'ÉTUDE</a></p>]]></content><dc:creator>fsimon</dc:creator></item><item><title>Etude - Robotisation du champ de bataille : enjeux de souveraineté pour la France</title><link>https://www.ege.fr/actualites/etude-robotisation-du-champ-de-bataille-enjeux-de-souverainete-pour-la-france</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/vignette_dossier_robotisation.jpg.webp?itok=-N-62ywQ" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/vignette_dossier_robotisation.jpg.webp?itok=nljmQ35H</url><link>https://www.ege.fr/actualites/etude-robotisation-du-champ-de-bataille-enjeux-de-souverainete-pour-la-france</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/actualites/etude-robotisation-du-champ-de-bataille-enjeux-de-souverainete-pour-la-france</guid><category>news</category><pubDate>Wed, 15 Jul 2026 17:08:13 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p><strong>La robotisation du champ de bataille est désormais une réalité opérationnelle. L’emploi croissant des drones, des systèmes autonomes et des robots militaires transforme en profondeur la conduite des opérations, les équilibres capacitaires et les chaînes de valeur industrielles de défense.</strong></p><p>Dans ce contexte, l’École de Guerre Économique publie une nouvelle étude réalisée dans le cadre de l’exercice SaturnIE du <a href="https://www.ege.fr/formations/mba/rsic">MBA en Alternance "Risques, Sûreté Internationale et Cybersécurité - RSIC"</a>, intitulée :</p><p>« Robotisation du champ de bataille : enjeux de souveraineté pour la France »</p><p>Cette étude analyse les effets de la montée en puissance des systèmes robotisés sur trois dimensions essentielles pour la France :</p><ul class="list-unorder--v1" type="disc"><li data-list-item-id="ec57d0e59259b0dca427c11f0665e0b78">La souveraineté militaire, face à l’évolution rapide des doctrines, des modes d’action et des besoins opérationnels;</li><li data-list-item-id="ef05ee5805be512a445fef4bf1f5f97cb">La souveraineté industrielle, au regard des dépendances critiques liées aux composants, aux capteurs, aux batteries et aux chaînes d’approvisionnement;</li><li data-list-item-id="eabfca4e73f7b927477cbacfdf23eadea">La souveraineté informationnelle, dans un environnement où la perception des robots de guerre, leur mise en scène et leur représentation médiatique influencent l’opinion publique et les choix stratégiques.</li></ul><p>L’étude s’attache également à examiner plusieurs enjeux transversaux : l’autonomie décisionnelle, la guerre électronique et anti-robotique, le cadre juridique et éthique des armes autonomes, ainsi que les vulnérabilités que la robotisation peut faire peser sur la liberté d’action des armées.</p><p>À travers une approche orientée vers l’intérêt national, ce travail met en évidence les risques de dépendance, de décrochage technologique et de fragilisation capacitaire, tout en identifiant des leviers de résilience, d’innovation et d’autonomie stratégique pour la France.</p><p>Cette publication s’inscrit dans la démarche pédagogique du Master Risques, Sûreté Internationale et Cybersécurité (RSIC) , qui vise à former les étudiants aux méthodes d’analyse stratégique appliquées aux grands enjeux de sécurité, de défense et d’intelligence économique.</p><p class="text-align-justify">&nbsp;</p><p class="text-align-justify">SOMMAIRE</p><p class="text-align-justify">Rapport 1 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%201_Drones%20aeriens%20tactiques%20et%20strategiques.pdf">Drones aériens tactiques et opératifs</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 2 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%202_Robots%20terrestres%20de%20combat.pdf">Robots terrestres de combat</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 3 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%203_Robots%20navals%20et%20sous-marins.pdf">Robots navals et sous-marins</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 4 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%204_Robots%20logistiques%20et%20de%20soutien.pdf">Robots logistiques et de soutien</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 5 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%205_IA%20embarque%CC%81e%20et%20autonomie%20decisionnelle.pdf">IA embarquées et autonomie décisionnelle</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 6 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%206_Guerre%20e%CC%81lectronique%20et%20anti-robotique.pdf">Guerre électronique et anti-robotique</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 7 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%207_Industrie%20supply%20chain.pdf">Industrie, supply chain et dépendances critiques</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 8 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%208_Doctrine%20militaire%20et%20transformation%20des%20conflits.pdf">Doctrine militaire et transformation des conflits</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 9 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%209_Cadre%20juridique%20ethique%20et%20normatif.pdf">Cadre juridique, éthique et normatif</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 10 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%2010_Bataille%20informationnelle%20et%20perception%20des%20robots%20de%20guerre.pdf">Bataille informationnelle et perception des robots de guerre</a><br><br><br>&nbsp;</p>]]></description><content><![CDATA[<p><strong>La robotisation du champ de bataille est désormais une réalité opérationnelle. L’emploi croissant des drones, des systèmes autonomes et des robots militaires transforme en profondeur la conduite des opérations, les équilibres capacitaires et les chaînes de valeur industrielles de défense.</strong></p><p>Dans ce contexte, l’École de Guerre Économique publie une nouvelle étude réalisée dans le cadre de l’exercice SaturnIE du <a href="https://www.ege.fr/formations/mba/rsic">MBA en Alternance "Risques, Sûreté Internationale et Cybersécurité - RSIC"</a>, intitulée :</p><p>« Robotisation du champ de bataille : enjeux de souveraineté pour la France »</p><p>Cette étude analyse les effets de la montée en puissance des systèmes robotisés sur trois dimensions essentielles pour la France :</p><ul class="list-unorder--v1" type="disc"><li data-list-item-id="ec57d0e59259b0dca427c11f0665e0b78">La souveraineté militaire, face à l’évolution rapide des doctrines, des modes d’action et des besoins opérationnels;</li><li data-list-item-id="ef05ee5805be512a445fef4bf1f5f97cb">La souveraineté industrielle, au regard des dépendances critiques liées aux composants, aux capteurs, aux batteries et aux chaînes d’approvisionnement;</li><li data-list-item-id="eabfca4e73f7b927477cbacfdf23eadea">La souveraineté informationnelle, dans un environnement où la perception des robots de guerre, leur mise en scène et leur représentation médiatique influencent l’opinion publique et les choix stratégiques.</li></ul><p>L’étude s’attache également à examiner plusieurs enjeux transversaux : l’autonomie décisionnelle, la guerre électronique et anti-robotique, le cadre juridique et éthique des armes autonomes, ainsi que les vulnérabilités que la robotisation peut faire peser sur la liberté d’action des armées.</p><p>À travers une approche orientée vers l’intérêt national, ce travail met en évidence les risques de dépendance, de décrochage technologique et de fragilisation capacitaire, tout en identifiant des leviers de résilience, d’innovation et d’autonomie stratégique pour la France.</p><p>Cette publication s’inscrit dans la démarche pédagogique du Master Risques, Sûreté Internationale et Cybersécurité (RSIC) , qui vise à former les étudiants aux méthodes d’analyse stratégique appliquées aux grands enjeux de sécurité, de défense et d’intelligence économique.</p><p class="text-align-justify">&nbsp;</p><p class="text-align-justify">SOMMAIRE</p><p class="text-align-justify">Rapport 1 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%201_Drones%20aeriens%20tactiques%20et%20strategiques.pdf">Drones aériens tactiques et opératifs</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 2 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%202_Robots%20terrestres%20de%20combat.pdf">Robots terrestres de combat</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 3 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%203_Robots%20navals%20et%20sous-marins.pdf">Robots navals et sous-marins</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 4 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%204_Robots%20logistiques%20et%20de%20soutien.pdf">Robots logistiques et de soutien</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 5 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%205_IA%20embarque%CC%81e%20et%20autonomie%20decisionnelle.pdf">IA embarquées et autonomie décisionnelle</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 6 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%206_Guerre%20e%CC%81lectronique%20et%20anti-robotique.pdf">Guerre électronique et anti-robotique</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 7 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%207_Industrie%20supply%20chain.pdf">Industrie, supply chain et dépendances critiques</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 8 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%208_Doctrine%20militaire%20et%20transformation%20des%20conflits.pdf">Doctrine militaire et transformation des conflits</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 9 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%209_Cadre%20juridique%20ethique%20et%20normatif.pdf">Cadre juridique, éthique et normatif</a></p><p class="text-align-justify">Rapport 10 - <a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/Rapport%2010_Bataille%20informationnelle%20et%20perception%20des%20robots%20de%20guerre.pdf">Bataille informationnelle et perception des robots de guerre</a><br><br><br>&nbsp;</p>]]></content><dc:creator>Malo</dc:creator></item><item><title>Webinaire - Les 10 principes fondamentaux de la guerre de l&apos;information, partie 2</title><link>https://www.ege.fr/actualites/webinaire-les-10-principes-fondamentaux-de-la-guerre-de-linformation-partie-2</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/1782848147558.jpg.webp?itok=U2MX-vuM" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/1782848147558.jpg.webp?itok=AMjEcI8v</url><link>https://www.ege.fr/actualites/webinaire-les-10-principes-fondamentaux-de-la-guerre-de-linformation-partie-2</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/actualites/webinaire-les-10-principes-fondamentaux-de-la-guerre-de-linformation-partie-2</guid><category>news</category><pubDate>Wed, 15 Jul 2026 15:36:35 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p class="p1">📣 Le second volet du webinaire "Les 10 Principes Fondamentaux de la Guerre de l'Information" du <a href="https://www.linkedin.com/company/cr452-centre-de-recherche-451/"><strong>CR451 - Centre de Recherche 451</strong></a> est désormais disponible en rediffusion !</p><p class="p1">Cette nouvelle session aborde les cinq autres principes fondamentaux de la guerre de l’information, afin de mieux comprendre les mécanismes d’influence, la construction des perceptions et les stratégies de manipulation informationnelle.</p><p class="p1">Les 5 derniers principes :</p><p class="p1">6️⃣ La Guerre de l'Information est une stratégie offensive&nbsp;<br>7️⃣ C'est une guerre civile ET militaire<br>8️⃣ La Guerre de l'Information peut être plus efficace qu'une guerre militaire<br>9️⃣ La Guerre de l'Information peut être une stratégie isolée ou intégrée<br>🔟 Une partie non négligeable de la Guerre de l'Information ne cible pas l'opinion publique.</p><p class="p1">L’objectif reste le même : renforcer notre capacité de discernement, fournir des repères et des clés de lecture pour mieux appréhender les enjeux informationnels contemporains.</p><p class="p1">Avec la participation de :</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/jean-claude-gallet-16476b11b/"><strong>JEAN-CLAUDE GALLET</strong></a> - Directeur de l'<a href="https://www.linkedin.com/company/ege/"><strong>Ecole de Guerre Economique – EGE</strong></a></p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/christian-harbulot-a56b2912/"><strong>Christian Harbulot</strong></a> – Directeur du CR451, Fondateur de L'EGE</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/nicolas-moinet-4a69ba36/"><strong>Nicolas MOINET</strong></a>– Professeur à l'université de Poitiers</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/arnaud-de-morgny-032a9226a/"><strong>Arnaud de Morgny</strong></a> – Directeur adjoint du CR451</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/aurelie-poquet/"><strong>Aurélie Poquet</strong></a> – Chercheure associée CR451</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/ericalexandre/"><strong>Eric Alexandre</strong></a> – Chercheur associé CR451</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/fran%C3%A7ois-soulard-91583015/"><strong>François Soulard</strong></a> – Chercheur associé CR451<br><br>&nbsp;</p><drupal-media data-entity-type="media" data-entity-uuid="f09cb026-e37d-49e4-b34f-0509de3448a1">&nbsp;</drupal-media><p class="p1 text-align-center"><br><span style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);color:rgba(0, 0, 0, 0.9);display:inline !important;float:none;font-family:-apple-system, system-ui, &quot;system-ui&quot;, &quot;Segoe UI&quot;, Roboto, &quot;Helvetica Neue&quot;, &quot;Fira Sans&quot;, Ubuntu, Oxygen, &quot;Oxygen Sans&quot;, Cantarell, &quot;Droid Sans&quot;, &quot;Apple Color Emoji&quot;, &quot;Segoe UI Emoji&quot;, &quot;Segoe UI Emoji&quot;, &quot;Segoe UI Symbol&quot;, &quot;Lucida Grande&quot;, Helvetica, Arial, sans-serif;font-size:14px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;orphans:2;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">🎥 : https://www.youtube.com/watch?v=LyXnrcF5oYk</span></p>]]></description><content><![CDATA[<p class="p1">📣 Le second volet du webinaire "Les 10 Principes Fondamentaux de la Guerre de l'Information" du <a href="https://www.linkedin.com/company/cr452-centre-de-recherche-451/"><strong>CR451 - Centre de Recherche 451</strong></a> est désormais disponible en rediffusion !</p><p class="p1">Cette nouvelle session aborde les cinq autres principes fondamentaux de la guerre de l’information, afin de mieux comprendre les mécanismes d’influence, la construction des perceptions et les stratégies de manipulation informationnelle.</p><p class="p1">Les 5 derniers principes :</p><p class="p1">6️⃣ La Guerre de l'Information est une stratégie offensive&nbsp;<br>7️⃣ C'est une guerre civile ET militaire<br>8️⃣ La Guerre de l'Information peut être plus efficace qu'une guerre militaire<br>9️⃣ La Guerre de l'Information peut être une stratégie isolée ou intégrée<br>🔟 Une partie non négligeable de la Guerre de l'Information ne cible pas l'opinion publique.</p><p class="p1">L’objectif reste le même : renforcer notre capacité de discernement, fournir des repères et des clés de lecture pour mieux appréhender les enjeux informationnels contemporains.</p><p class="p1">Avec la participation de :</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/jean-claude-gallet-16476b11b/"><strong>JEAN-CLAUDE GALLET</strong></a> - Directeur de l'<a href="https://www.linkedin.com/company/ege/"><strong>Ecole de Guerre Economique – EGE</strong></a></p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/christian-harbulot-a56b2912/"><strong>Christian Harbulot</strong></a> – Directeur du CR451, Fondateur de L'EGE</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/nicolas-moinet-4a69ba36/"><strong>Nicolas MOINET</strong></a>– Professeur à l'université de Poitiers</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/arnaud-de-morgny-032a9226a/"><strong>Arnaud de Morgny</strong></a> – Directeur adjoint du CR451</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/aurelie-poquet/"><strong>Aurélie Poquet</strong></a> – Chercheure associée CR451</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/ericalexandre/"><strong>Eric Alexandre</strong></a> – Chercheur associé CR451</p><p class="p1"><a href="https://www.linkedin.com/in/fran%C3%A7ois-soulard-91583015/"><strong>François Soulard</strong></a> – Chercheur associé CR451<br><br>&nbsp;</p><drupal-media data-entity-type="media" data-entity-uuid="f09cb026-e37d-49e4-b34f-0509de3448a1">&nbsp;</drupal-media><p class="p1 text-align-center"><br><span style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);color:rgba(0, 0, 0, 0.9);display:inline !important;float:none;font-family:-apple-system, system-ui, &quot;system-ui&quot;, &quot;Segoe UI&quot;, Roboto, &quot;Helvetica Neue&quot;, &quot;Fira Sans&quot;, Ubuntu, Oxygen, &quot;Oxygen Sans&quot;, Cantarell, &quot;Droid Sans&quot;, &quot;Apple Color Emoji&quot;, &quot;Segoe UI Emoji&quot;, &quot;Segoe UI Emoji&quot;, &quot;Segoe UI Symbol&quot;, &quot;Lucida Grande&quot;, Helvetica, Arial, sans-serif;font-size:14px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;orphans:2;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">🎥 : https://www.youtube.com/watch?v=LyXnrcF5oYk</span></p>]]></content><dc:creator>Malo</dc:creator></item><item><title>Guide opérationnel et stratégique du Market Access par l&apos;intelligence économique</title><link>https://www.ege.fr/actualites/guide-operationnel-et-strategique-du-market-access-par-lintelligence-economique</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/visuel_market_access_EGE.jpg.webp?itok=17avcONe" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/visuel_market_access_EGE.jpg.webp?itok=DVCMvaU7</url><link>https://www.ege.fr/actualites/guide-operationnel-et-strategique-du-market-access-par-lintelligence-economique</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/actualites/guide-operationnel-et-strategique-du-market-access-par-lintelligence-economique</guid><category>news</category><pubDate>Fri, 10 Jul 2026 18:05:28 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p><strong>Loin d’etre un espace neutre, le marché est un terrain disputé, où se confrontent des intérêts économiques, des stratégies d’influence, des jeux de pouvoir et des logiques informationnelles que les approches classiques peinent à cartographier.</strong></p><p>Ce guide part du constat que les méthodes conventionnelles de market access - aussi rigoureuses soient-elles sur le plan réglementaire ou économique - minimisent la dimension stratégique des rapports de force. Elles traitent le régulateur comme un arbitre impartial, le concurrent comme un acteur rationnel et le marché comme un terrain lisible, illusions qui coutent cher.</p><p>Ce guide propose une lecture différente, fondée sur les outils de l'intelligence économique : renseignement stratégique, cartographie des réseaux d'influence, analyse des rapports de force, détection des signaux faibles. L'objectif est de faire du market access ce qu'il est dans sa réalité la plus exigeante - un processus d'influence structurée dans un environnement conflictuel - et d'en donner une méthode applicable à tout produit, tout secteur, tout territoire.</p><p>Il se lit en deux temps. La première partie pose les fondations : définition, revue de littérature, écoles de pratique, cadre conceptuel IE. La seconde est entièrement opérationnelle, incluant une méthode pas à pas, des matrices réplicables et des cas d'école analysés. Chaque section peut être lue de façon autonome - mais leur articulation donne une vue d’ensemble de l’IE appliquée à cette discipline.</p><p>Ce travail a été consolidé par Amélie Ségla, Johana Rault, Elie Mimerane et Godefroy Sulger, au nom de la <a href="https://www.ege.fr/formations/mba/sie">29ème Promotion SIE "Stratégie et Intelligence Economique"</a>, dans le cadre du cours "Market access", dispensé par Mr. Del Cotto.</p><p class="text-align-center"><a class="gp-button link--generic-advanced" href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/SIE29-EGE_Market_Access_AMIE_L.pdf">TÉLÉCHARGER LE GUIDE</a></p>]]></description><content><![CDATA[<p><strong>Loin d’etre un espace neutre, le marché est un terrain disputé, où se confrontent des intérêts économiques, des stratégies d’influence, des jeux de pouvoir et des logiques informationnelles que les approches classiques peinent à cartographier.</strong></p><p>Ce guide part du constat que les méthodes conventionnelles de market access - aussi rigoureuses soient-elles sur le plan réglementaire ou économique - minimisent la dimension stratégique des rapports de force. Elles traitent le régulateur comme un arbitre impartial, le concurrent comme un acteur rationnel et le marché comme un terrain lisible, illusions qui coutent cher.</p><p>Ce guide propose une lecture différente, fondée sur les outils de l'intelligence économique : renseignement stratégique, cartographie des réseaux d'influence, analyse des rapports de force, détection des signaux faibles. L'objectif est de faire du market access ce qu'il est dans sa réalité la plus exigeante - un processus d'influence structurée dans un environnement conflictuel - et d'en donner une méthode applicable à tout produit, tout secteur, tout territoire.</p><p>Il se lit en deux temps. La première partie pose les fondations : définition, revue de littérature, écoles de pratique, cadre conceptuel IE. La seconde est entièrement opérationnelle, incluant une méthode pas à pas, des matrices réplicables et des cas d'école analysés. Chaque section peut être lue de façon autonome - mais leur articulation donne une vue d’ensemble de l’IE appliquée à cette discipline.</p><p>Ce travail a été consolidé par Amélie Ségla, Johana Rault, Elie Mimerane et Godefroy Sulger, au nom de la <a href="https://www.ege.fr/formations/mba/sie">29ème Promotion SIE "Stratégie et Intelligence Economique"</a>, dans le cadre du cours "Market access", dispensé par Mr. Del Cotto.</p><p class="text-align-center"><a class="gp-button link--generic-advanced" href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/SIE29-EGE_Market_Access_AMIE_L.pdf">TÉLÉCHARGER LE GUIDE</a></p>]]></content><dc:creator>fsimon</dc:creator></item><item><title>L’aéronautique comme laboratoire de la guerre économique et informationnelle moderne : rivalités canado-américaines et instrumentalisation du droit, des normes et du récit</title><link>https://www.ege.fr/infoguerre/laeronautique-comme-laboratoire-de-la-guerre-economique-et-informationnelle-moderne-rivalites-canado-americaines-et-instrumentalisation-du-droit-des-normes-et-du-recit</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/7EBE9245-FAE7-4308-864D-D9EF74110FB0.png.webp?itok=H8sK-E2L" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/7EBE9245-FAE7-4308-864D-D9EF74110FB0.png.webp?itok=3Q4l-wBR</url><link>https://www.ege.fr/infoguerre/laeronautique-comme-laboratoire-de-la-guerre-economique-et-informationnelle-moderne-rivalites-canado-americaines-et-instrumentalisation-du-droit-des-normes-et-du-recit</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/infoguerre/laeronautique-comme-laboratoire-de-la-guerre-economique-et-informationnelle-moderne-rivalites-canado-americaines-et-instrumentalisation-du-droit-des-normes-et-du-recit</guid><category>articlee</category><pubDate>Wed, 08 Jul 2026 15:51:09 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p class="p1">Le 29 janvier 2026, un post Truth Social suffit à faire chuter le cours de Bombardier de 6 % en une seule séance. Aucune procédure judiciaire, aucun avion cloué au sol : juste une menace de décertification postée par Donald Trump. Ce moment résume à lui seul la nature de la guerre économique contemporaine : une guerre où le récit précède la décision, où l'intention suffit à produire des effets réels, et où l'aéronautique est devenue l'un des théâtres les plus révélateurs de cet affrontement informationnel entre le Canada et les États-Unis.</p><p class="p1">L'industrie aéronautique n'est pas un secteur comme les autres. Elle concentre en un seul espace les enjeux les plus sensibles de la puissance contemporaine : souveraineté technologique, emploi qualifié, capacité de projection industrielle et prestige national. En Amérique du Nord, cette réalité est redoublée par une intégration profonde des chaînes de valeur entre le Canada et les États-Unis, qui rend les deux économies à la fois partenaires et concurrentes structurelles.</p><h2><strong>Une dimension narrative particulière dans de cet affrontement économique</strong></h2><p class="p1">Ce qui distingue l'aéronautique des autres secteurs stratégiques, c'est sa dimension intrinsèquement narrative. L'avion fait rêver et devient en cela un symbole autant qu'un produit. Chaque contrat signé, chaque certification accordée ou refusée, chaque subvention publique devient un événement susceptible d'être requalifié en enjeu politique, en preuve de loyauté ou de trahison envers une nation. Dans ce secteur plus qu'ailleurs, la guerre économique et la guerre de l'information se confondent : attaquer la réputation d'un appareil, c'est attaquer la crédibilité du pays qui le produit.</p><p class="p1">C'est précisément la thèse que défend Christian Harbulot, directeur de l'École de Guerre Economique, lorsqu'il souligne que la maîtrise de l'information constitue désormais un levier de puissance aussi déterminant que le capital ou la technologie, une réalité dont les États-Unis ont fait l'un de leurs avantages compétitifs structurels. Pierre d'Herbès observe, dans le même esprit, que l'abandon de champions nationaux aéronautiques constitue la face visible d'un phénomène plus large : la prédation organisée sur les actifs stratégiques des nations qui ne savent pas ou ne veulent pas se défendre. Le différend Boeing-Bombardier s'inscrit exactement dans cette logique.</p><p class="p1">Cet article analyse ce différend non comme un simple contentieux commercial, mais comme une opération de guerre informationnelle en plusieurs phases, mobilisant des instruments hybrides, juridiques, normatifs, médiatiques, numériques, au service d'objectifs stratégiques clairement définis. Elle s'articule en trois temps caractéristiques de la guerre de l'information moderne :</p><p class="p1">• Le cadrage initial, qui impose un récit avant que les faits ne soient établis.</p><p class="p1">• La déstabilisation cognitive, qui exploite la durée procédurale pour éroder la crédibilité de la cible.</p><p class="p1">• Le règlement sous pression, qui transforme une concession technique en victoire politique.</p><h2><strong>&nbsp;Une asymétrie informationnelle prononcée</strong></h2><p class="p1">Toute opération de guerre de l'information commence par l'identification des effets finaux recherchés (EFR) des belligérants. Dans le cas qui nous occupe, ces EFR sont asymétriques.</p><p class="p1">Du côté américain, l'EFR de Boeing est la préservation de sa position dominante sur le marché des avions commerciaux de 100 à 150 sièges, segment que le CSeries menaçait directement. Son EFR récurrent est le maintien d'un écosystème réglementaire et politique américain favorable, garantissant que tout concurrent étranger devra franchir des barrières coûteuses à l'entrée. Washington, de son côté, poursuit un EFR géoéconomique plus large : contenir l'émergence de toute industrie aéronautique étrangère susceptible de concurrencer les intérêts industriels américains, qu'il s'agisse d'Airbus ou de Bombardier.</p><p class="p1">Du côté canadien, l'EFR d'Ottawa est la survie de Bombardier en tant qu'acteur de souveraineté industrielle. L'EFR récurrent du Canada est la préservation de sa capacité à soutenir des champions nationaux dans les secteurs à haute valeur ajoutée, sans que cette politique soit systématiquement requalifiée en concurrence déloyale par ses partenaires commerciaux.</p><p class="p1">C'est ce déséquilibre fondamental des EFR, Boeing dispose du soutien institutionnel de l'État le plus puissant du monde, Bombardier est une entreprise privée appuyée par un État intermédiaire, qui explique l'asymétrie informationnelle du conflit.</p><h2><strong>&nbsp;La plainte de 2017 comme opération de cadrage initial</strong></h2><p class="p1">Le 27 avril 2017, Boeing dépose une plainte auprès du Département du Commerce américain, accusant Bombardier de vendre ses avions CSeries à des prix inférieurs à leur coût de production grâce à des subventions publiques massives du gouvernement canadien. Cinq mois plus tard, le Département du Commerce impose des droits compensatoires préliminaires de 220 %, soit presque trois fois plus que ce que Boeing avait demandé dans sa plainte initiale.</p><p class="p1">En apparence, il s'agit d'un contentieux commercial ordinaire. En réalité, le véritable enjeu se joue dans l'espace public : il s'agit d'imposer un cadrage cognitif favorable avant que les institutions ne tranchent. Boeing a réussi à faire inscrire Bombardier dans le registre de la concurrence déloyale, et ce cadrage a immédiatement structuré la perception des marchés.</p><p class="p1">La manœuvre s'appuie sur un mécanisme bien documenté par la littérature en sciences de la communication : le framing, ou cadrage, qui consiste selon Entman (1993) à « choisir certains éléments d'une réalité perçue et à construire un récit qui met en valeur les connexions entre eux pour promouvoir une interprétation particulière ». Boeing n'a pas simplement déposé une plainte juridique : il a activé un dispositif narratif destiné à faire de Bombardier le « vilain » du conflit commercial nord-américain.</p><p class="p1">Or les faits résistent à ce récit. Boeing n'avait même pas d'avion concurrent dans la catégorie recherchée par Delta Airlines, ce que les experts juridiques ont rapidement identifié comme une faille fondamentale de la plainte. L'hypocrisie de l'accusation mérite d'être soulignée : les programmes militaires de Boeing constituent eux-mêmes une forme de subventions déguisées, reconnues comme telles par l'OMC depuis 2012 à hauteur de dix milliards de dollars. Mais ces nuances juridiques importent peu dans la première phase du conflit. Ce qui compte, c'est la qualification publique.</p><h2><strong>&nbsp;La riposte canadienne et le choc des narratifs</strong></h2><p class="p1">Face à cette offensive, le Canada choisit la riposte frontale. Le Premier ministre du Québec Philippe Couillard accuse Boeing de vouloir carrément « tuer » Bombardier, tandis que des élus fédéraux dénoncent la mauvaise foi d'un avionneur américain gavé de subventions depuis des décennies. Ottawa mobilise simultanément ses canaux diplomatiques et ses relais médiatiques pour contrer le cadrage initial de Boeing.</p><p class="p1">Deux récits irréconciliables s'affrontent alors dans l'espace public : d'un côté, une concurrence faussée par des aides d'État illégales ; de l'autre, un protectionnisme abusif instrumentalisant le droit commercial pour éliminer un concurrent gênant. C'est précisément ce que les spécialistes de la guerre de l'information désignent comme un affrontement de narratifs : chaque camp mobilise ses caisses de résonance pour imposer son interprétation du réel.</p><p class="p1">Mais la puissance narrative n'est pas symétrique. Les États-Unis disposent d'une infrastructure médiatique et institutionnelle sans équivalent pour diffuser et légitimer leur version des faits. La presse financière américaine, Bloomberg, le Wall Street Journal, relaie la thèse du dumping canadien sans la remettre en cause. Les agences de notation et les investisseurs institutionnels, largement ancrés dans l'écosystème informationnel américain, intègrent le risque réputationnel avant même que les tribunaux ne se prononcent.</p><h2><strong>L'instrumentalisation procédurale&nbsp;: la mécanique de la déstabilisation cognitive</strong></h2><p class="p1">Dans la guerre économique contemporaine, le droit n'est plus seulement un arbitre. Il est une arme. Les procédures antidumping et les droits compensatoires constituent des exceptions aux règles de l'OMC, offrant aux entreprises une opportunité protectionniste dès lors qu'il existe une apparence de dumping ou un soupçon de subvention. Entre 2000 et 2014, le Département du Commerce américain n'aurait rejeté que sept plaintes sur quatre cents, soit un taux de succès de 98 % pour les plaignants. Boeing le sait.</p><p class="p1">Déposer une plainte, c'est donc presque mécaniquement déclencher une qualification publique de la cible : « bénéficiaire de subventions illégales », « pratiquant le dumping ». Ces termes ne sont pas neutres. Ils sont des verdicts provisoires qui s'impriment dans l'espace médiatique et dans l'esprit des décideurs économiques bien avant que les juges n'aient tranché. Chaque nouvelle annonce du Département du Commerce, droits antidumping de 80 % ajoutés en octobre 2017 aux droits compensatoires de 220 %, portant la sanction totale à 300 %, est un nouveau cycle médiatique, une nouvelle occasion de faire circuler l'image d'un Bombardier subventionné et déloyal.</p><p class="p1">À chaque étape du processus, Boeing rappelle soigneusement que le Canada est un « partenaire commercial de longue date », ce qui rend d'autant plus percutante l'accusation de comportement déloyal. Le droit commercial devient ainsi un outil de mise en récit : il permet de présenter une action agressive comme légitime, défensive, voire vertueuse.</p><h2><strong>&nbsp;Les effets réels d'une victoire juridique incomplète</strong></h2><p class="p1">En janvier 2018, les quatre commissaires de l'USITC rejettent à l'unanimité la plainte de Boeing, estimant que le CSeries ne lui portait aucun préjudice. Victoire juridique totale pour Bombardier, mais victoire incomplète sur le plan informationnel. Le programme CSeries a changé de mains, la crédibilité de Bombardier a été entamée sur les marchés américains, et Boeing, qui n'a pas fait appel, a atteint une partie de ses objectifs sans jamais avoir à défendre ses arguments devant un juge.</p><p class="p1">La plainte n'était pas seulement un recours juridique : c'était une opération de déstabilisation, dont le droit n'était que l'instrument. Ses effets illustrent ce que Christian Harbulot désigne comme l'affaiblissement cognitif : une stratégie visant à saper la légitimité d'un acteur et à installer dans l'esprit des décideurs une représentation durablement défavorable, indépendamment de l'issue juridique du conflit.</p><p class="p1">Boeing réagit immédiatement à l'accord Airbus-Bombardier en le qualifiant «&nbsp;d'arrangement discutable entre deux concurrents lourdement subventionnés », perpétuant ainsi le récit de la concurrence déloyale, même après avoir perdu la bataille juridique. Le message cible les compagnies aériennes américaines hésitantes et les fonds d'investissement : le risque réputationnel associé à Bombardier n'a pas disparu avec le verdict de l'USITC.</p><h2><strong>&nbsp;La certification aéronautique comme levier d'influence : de la norme technique à l'arme politique</strong></h2><p class="p1">Si la procédure antidumping est l'arme lourde de la guerre économique aéronautique, la certification en est l'arme de précision. Discrète, technique, difficile à contester publiquement, elle conditionne l'accès au marché et repose sur un actif rare : la confiance réglementaire. Or la confiance, une fois érodée, résiste rarement à une campagne d'influence bien menée.</p><p class="p1">Le 29 janvier 2026, Donald Trump franchit un seuil inédit en menaçant de « décertifier » les Bombardier Global Express et « tous les avions fabriqués au Canada », accusant Ottawa d'avoir « injustement, illégalement et obstinément » refusé de certifier les jets d'affaires Gulfstream. La menace est juridiquement fragile : retirer la certification d'un avion exige de prouver des problèmes graves de sécurité, des documents falsifiés ou une détérioration rapide mettant en jeu la sécurité des passagers.</p><p class="p1">Mais là n'est pas le point. Ce qui importe, c'est l'effet immédiat de la déclaration. La publication sur Truth Social déclenche alarme et confusion parmi les acteurs du secteur, et le cours de Bombardier chute de 5 à 6 % en une seule séance. En quelques heures, sans qu'une seule procédure ait été enclenchée, sans qu'un seul avion ait été cloué au sol, la simple évocation d'une décertification a produit un effet économique et réputationnel concret. C'est la définition même d'une arme cognitive : elle n'a pas besoin d'être mise en œuvre pour produire ses effets. Il suffit qu'elle soit crédible.</p><h2><strong>&nbsp;La réalité technique étouffée par le récit présidentiel</strong></h2><p class="p1">La réalité technique du différend est pourtant tout autre. La FAA et l'Agence européenne de la sécurité aérienne avaient elles-mêmes accordé à Gulfstream une exemption jusqu'à fin 2026 pour démontrer la conformité de ses appareils face aux risques de givrage du carburant. Transport Canada n'avait pas refusé de certifier les Gulfstream : elle attendait simplement que Gulfstream termine les tests requis, une exigence de sécurité partagée par les autorités américaines et européennes.</p><p class="p1">Ces nuances techniques sont étouffées par le récit présidentiel. Trump ne s'adresse pas aux ingénieurs : il s'adresse aux marchés, aux compagnies aériennes, aux investisseurs. Des experts américains qualifient l'utilisation de la sécurité aéronautique comme outil de guerre commerciale de « très mauvaise idée », soulignant que jamais un président n'avait directement décertifié des avions. Mais l'avertissement arrive trop tard : le signal de menace est déjà envoyé, le doute est installé.</p><p class="p1">C'est en février 2026 que le directeur de la FAA annonce que le Canada s'apprête à certifier les Gulfstream, « résolvant » ainsi le différend, mais au prix d'une pression politique inédite sur un processus de certification censé être strictement technique. Le précédent est posé : la certification aéronautique, longtemps sanctuaire de l'expertise réglementaire, est désormais un terrain de manœuvre dans la guerre de l'information économique.</p><p class="p1">Cette instrumentalisation de la norme technique illustre ce que les études sur la guerre hybride désignent comme la convergence du <em>lawfare</em> et de l'information <em>warfare</em> : la norme juridique ou réglementaire est mobilisée non pour garantir un droit, mais pour produire un effet de signal sur les marchés et les opinions.</p><h2><strong>Les caisses de résonance médiatiques : la presse traditionnelle comme premier amplificateur</strong></h2><p class="p1">Le différend Boeing-Bombardier révèle le rôle central de la presse traditionnelle dans l'amplification des narratifs de guerre économique, une dimension que les analyses centrées sur les réseaux sociaux tendent à sous-estimer. Dès la plainte d'avril 2017, les grands titres de la presse financière américaine, Bloomberg, le Wall Street Journal, le New York Times, reprennent le cadrage de Boeing sans le mettre en cause fondamentalement. L'accusation de « dumping canadien » est traitée comme un fait établi, non comme une allégation contestée.</p><p class="p1">Cette asymétrie de traitement médiatique n'est pas accidentelle. Les États-Unis disposent d'une infrastructure de production et de diffusion du récit économique sans équivalent mondial : agences de presse (AP, Reuters en langue anglaise), chaînes d'information financière (CNBC, Bloomberg TV), et un réseau de think tanks et d'experts habitués à fournir des éléments de langage alignés sur les intérêts industriels américains. Face à cette machine narrative, la presse canadienne, La Presse, Le Devoir, le Globe and Mail, contre-attaque mais avec une portée internationale structurellement plus limitée.</p><p class="p1">Ce déséquilibre est précisément ce que la doctrine de l'intelligence économique française désigne comme une « suprématie informationnelle » : la capacité d'un acteur à définir les termes du débat avant que ses adversaires ne puissent le contester. Dans le cas Bombardier, cette suprématie se traduit par le fait que c'est le cadrage américain, dumping, subventions illégales, qui s'impose comme référence dans les enceintes internationales, y compris à l'OMC.</p><h2><strong>Les réseaux sociaux : niches d'influence ciblées</strong></h2><p class="p1">Les opérations d'influence ne se bornent plus à la sphère institutionnelle : elles investissent pleinement l'espace numérique. Chaque plateforme touche un écosystème distinct et est travaillée différemment selon les publics visés.</p><p class="p1">Sur X, la rumeur d'une possible décertification des appareils Bombardier par Washington a circulé à une vitesse sans rapport avec la réalité juridique du dossier. Des messages alarmistes, dépouillés de toute précision technique, ont été massivement relayés. Ce phénomène illustre ce que les spécialistes de la guerre de l'information appellent la précédence narrative : le récit s'installe dans l'opinion avant la décision, et conditionne la réception de cette dernière. Lorsque la décision arrive, elle est lue à travers le filtre d'une perception déjà construite. Pour Bombardier, le dommage réputationnel précède le verdict.</p><p class="p1">Sur LinkedIn, le débat prend une forme différente mais tout aussi stratégique. Des experts du secteur aéronautique y échangent des analyses contradictoires, dont certaines servent manifestement des intérêts industriels ou nationaux. Des posts accusant Ottawa d'entraver la certification d'appareils américains côtoient des tribunes dénonçant la politisation des normes de sécurité par Washington. Il s'agit d'une opération de gestion de la perception ciblant des décideurs et acheteurs spécifiques : les compagnies aériennes et les fonds d'investissement, qui fréquentent LinkedIn, constituent ici les véritables cibles de cette guerre invisible.</p><p class="p1">Reddit, enfin, joue un rôle de contre-influence spontanée. Sur les fils r/aviation et r/canada, des utilisateurs déconstruisent les affirmations simplifiées, réintroduisent la complexité juridique et technique, et rappellent les précédents historiques. Ce mouvement de réfutation organique, non coordonné, constitue une forme de résilience informationnelle, sans toutefois atteindre la même puissance de frappe que les narratifs initiaux.</p><h2><strong>&nbsp;L'architecture de la guerre cognitive</strong></h2><p class="p1">Ce que le cas Bombardier met au jour, c'est la fragmentation de l'espace informationnel en niches d'influence ciblées, chacune travaillée avec des instruments et des narratifs adaptés à ses publics spécifiques. La presse financière légitime le cadrage juridique. X amplifie le signal émotionnel auprès de l'opinion générale. LinkedIn cible les décideurs économiques. Reddit est laissé aux contre-narratifs, dont la portée reste limitée.</p><p class="p1">À l'ère des réseaux sociaux, les rapports de force ne se mesurent plus seulement en ressources mais en capacité de diffusion et en cohérence narrative. Boeing, porté par la puissance narrative américaine, occupe structurellement une position dominante dans cet espace. Le Canada doit courir après un récit déjà installé, ce qui constitue, dans la doctrine de l'intelligence économique, la position la plus défavorable qui soit.</p><h2><strong>&nbsp;Leçons stratégiques : vers une doctrine canadienne de la résilience informationnelle</strong></h2><p class="p1">Le différend Boeing-Bombardier n'est pas une anomalie. C'est un révélateur. Il donne à voir, avec une clarté rare, ce qui est identifié comme la grande vulnérabilité des nations face à la guerre économique moderne : la prédation sur leurs champions nationaux, l'attaque de leurs marchés et l'affaiblissement cognitif qui en résulte. Le Canada n'a pas seulement subi une offensive commerciale. Il a subi une offensive sur la crédibilité de son industrie, sur la légitimité de ses choix politiques, et sur la perception internationale de ses entreprises.</p><p class="p1">Ce qui se joue dans les salles d'audience de Washington ou dans les fils X n'est que la surface visible d'une transformation plus profonde. Les États-Unis exercent une supériorité structurelle : ils définissent les termes du débat, qualifient les comportements adverses, et imposent leur cadre d'analyse aux institutions internationales comme aux médias. Cette capacité repose sur trois piliers articulés : une infrastructure de production narrative (think tanks, presse financière, agences de notation) ; des instruments juridiques et réglementaires mobilisables comme leviers d'influence (procédures antidumping, menaces de décertification) ; et une présence numérique dominante qui garantit la diffusion virale des récits favorables.</p><p class="p1">Pour les acteurs qui, comme Bombardier, se retrouvent en position de cible, la leçon est dure mais claire : la guerre de l'information ne se gagne pas après la bataille juridique. Elle se prépare en amont, dans la construction patiente d'une réputation, d'alliances narratives, Airbus en 2017, les compagnies aériennes partenaires, les gouvernements européens, et d'une capacité à contre-attaquer dans l'espace public. La victoire de 2018 devant l'USITC n'a pu avoir d'effet que parce que Bombardier avait réussi, dans l'intervalle, à maintenir sa crédibilité auprès des compagnies aériennes et des gouvernements partenaires.</p><p class="p1">L'aéronautique préfigure ce que seront demain tous les grands conflits économiques : des guerres hybrides où le droit, la norme technique, le récit médiatique et l'influence numérique forment un continuum. Savoir y naviguer, anticiper les cadrages adverses, construire des alliances narratives durables, mobiliser les caisses de résonance appropriées avant que l'adversaire ne le fasse, n'est plus une compétence annexe pour les entreprises. C'est une condition de survie.</p><p class="p1">&nbsp;</p><p class="p1"><strong>&nbsp;</strong></p><h4><strong>Références</strong></h4><p class="p1"><em><span class="s1">Ouvrages et articles académiques</span></em></p><p class="p1">Harbulot, C. (1992). La machine de guerre économique : États-Unis, Japon, Europe. Economica.</p><p class="p1">Harbulot, C., &amp; Delbecque, É. (2011). La guerre économique. PUF.</p><p class="p1">Harbulot, C. (2016). Fabricants d'intox. La guerre mondialisée des propagandes. Lemieux Éditeurs. [Recension dans Revue Défense Nationale, 2016/9]</p><p class="p1">Harbulot, C. (2023). La guerre économique au XXIe siècle. VA Éditions. [Recension dans Revue internationale d'intelligence économique, 2024/1, Vol. 16]</p><p class="p1">Harbulot, C. (dir.) (2016). Manuel d'intelligence économique. PUF / Cairn.</p><p class="p1">Lachaux, C., Lacorne, D., &amp; Lamoureux, C. (1987). De l'arme économique. Fondation des Études de Défense Nationale.</p><p class="p1">Entman, R. M. (1993). Framing: Toward clarification of a fractured paradigm. Journal of Communication, 43(4), 51–58.</p><p class="p1">Stein, J. G. (ed.) (2010). Diplomacy in the Digital Age. House of Anansi Press.</p><p class="p1">Martre, H. (dir.) (1994). Intelligence économique et stratégie des entreprises. Commissariat général du Plan / La Documentation française.</p><p class="p1">European Court of Auditors. (2021). Disinformation affecting the EU: Tackling the challenge. Publications Office of the European Union.</p><p class="p1">OECD. (2020). Globalisation and industrial policy: The role of strategic sectors. OECD Publishing.</p><p class="p1"><em><span class="s1">&nbsp;</span></em></p><p class="p1"><em><span class="s1">Sources institutionnelles</span></em></p><p class="p1">U.S. Department of Commerce. (2017). Countervailing duty investigation of 100- to 150-seat large civil aircraft from Canada. Washington, DC.</p><p class="p1">U.S. International Trade Commission. (2018). 100- to 150-seat large civil aircraft from Canada: Final determination (Investigation No. 701-TA-578). Washington, DC.</p><p class="p1">OMC / WTO. (2012). Rapports du Groupe spécial et de l'Organe d'appel dans l'affaire DS353 (États-Unis — Boeing). Genève.</p><p class="p1">Congressional Research Service. (2018). Information Warfare: Issues for Congress (R45142). Library of Congress.</p><p class="p1">&nbsp;</p><p class="p1"><em><span class="s1">Presse et médias</span></em></p><p class="p1">Reuters. (2017–2018). Series of articles on the Boeing–Bombardier trade dispute.</p><p class="p1">Reuters. (2026, 30 janvier). Trump says U.S. could decertify Bombardier aircraft amid Canada dispute.</p><p class="p1">Financial Times. (2017–2020). Coverage of aerospace regulation and certification issues.</p><p class="p1">Le Monde. (2017). Guy Dutheil, « Airbus vole au secours du constructeur canadien Bombardier ».</p><p class="p1">La Tribune. (2017–2024). Articles sur les tensions industrielles dans l'aéronautique.</p><p class="p1">The Globe and Mail. (2017–2026). Coverage of Canada–U.S. aerospace trade relations.</p><p class="p1">BBC News. (2017). Déclarations officielles de Justin Trudeau sur le différend Bombardier–Boeing.</p><p class="p1"><em><span class="s1">&nbsp;</span></em></p><p class="p1"><em><span class="s1">Sources spécialisées en ligne</span></em></p><p class="p1">École de Guerre Économique / Infoguerre. (2019). La guerre économique pour la conquête du ciel. https://infoguerre.fr/2019/05/guerre-informationnelle-conquete-ciel</p><p class="p1">Enderi. (2022). Airbus-Boeing : guerre économique et guerre de l'information. https://www.enderi.fr</p><p class="p1">Jeunes IHEDN. (2018). Guerre économique et justice internationale : l'affaire Airbus. https://jeunes-ihedn.org</p><p class="p1">Lawfare Media. (2023). Developing Responses to Cyber-Enabled Information Warfare and Influence Operations.</p><p class="p1">Opex360. (2018–2025). Analyses sur les enjeux industriels et stratégiques de l'aéronautique.</p><p class="p1">D'Herbès, P. (2019). OPA américaine sur Latécoère. Billet de France.</p><p class="p1">Lemieux, P. (2017). Boeing vs. Bombardier. Econlibre.</p><p class="p1">Norris, A. (2026). Post LinkedIn sur le US-Canada aircraft certification dispute.</p><p class="p1">Finnamore, B. (2026). Post LinkedIn critiquant la position canadienne sur la certification Gulfstream.</p><p class="p1">Reddit. (2026). r/canada, fil « Canada to certify Gulfstream jets resolving Trump dispute? »</p><p class="p1">Reddit. (2026). r/aviation, discussions sur BASA et reconnaissance mutuelle FAA/Transport Canada.</p><p class="p2">&nbsp;</p>]]></description><content><![CDATA[<p class="p1">Le 29 janvier 2026, un post Truth Social suffit à faire chuter le cours de Bombardier de 6 % en une seule séance. Aucune procédure judiciaire, aucun avion cloué au sol : juste une menace de décertification postée par Donald Trump. Ce moment résume à lui seul la nature de la guerre économique contemporaine : une guerre où le récit précède la décision, où l'intention suffit à produire des effets réels, et où l'aéronautique est devenue l'un des théâtres les plus révélateurs de cet affrontement informationnel entre le Canada et les États-Unis.</p><p class="p1">L'industrie aéronautique n'est pas un secteur comme les autres. Elle concentre en un seul espace les enjeux les plus sensibles de la puissance contemporaine : souveraineté technologique, emploi qualifié, capacité de projection industrielle et prestige national. En Amérique du Nord, cette réalité est redoublée par une intégration profonde des chaînes de valeur entre le Canada et les États-Unis, qui rend les deux économies à la fois partenaires et concurrentes structurelles.</p><h2><strong>Une dimension narrative particulière dans de cet affrontement économique</strong></h2><p class="p1">Ce qui distingue l'aéronautique des autres secteurs stratégiques, c'est sa dimension intrinsèquement narrative. L'avion fait rêver et devient en cela un symbole autant qu'un produit. Chaque contrat signé, chaque certification accordée ou refusée, chaque subvention publique devient un événement susceptible d'être requalifié en enjeu politique, en preuve de loyauté ou de trahison envers une nation. Dans ce secteur plus qu'ailleurs, la guerre économique et la guerre de l'information se confondent : attaquer la réputation d'un appareil, c'est attaquer la crédibilité du pays qui le produit.</p><p class="p1">C'est précisément la thèse que défend Christian Harbulot, directeur de l'École de Guerre Economique, lorsqu'il souligne que la maîtrise de l'information constitue désormais un levier de puissance aussi déterminant que le capital ou la technologie, une réalité dont les États-Unis ont fait l'un de leurs avantages compétitifs structurels. Pierre d'Herbès observe, dans le même esprit, que l'abandon de champions nationaux aéronautiques constitue la face visible d'un phénomène plus large : la prédation organisée sur les actifs stratégiques des nations qui ne savent pas ou ne veulent pas se défendre. Le différend Boeing-Bombardier s'inscrit exactement dans cette logique.</p><p class="p1">Cet article analyse ce différend non comme un simple contentieux commercial, mais comme une opération de guerre informationnelle en plusieurs phases, mobilisant des instruments hybrides, juridiques, normatifs, médiatiques, numériques, au service d'objectifs stratégiques clairement définis. Elle s'articule en trois temps caractéristiques de la guerre de l'information moderne :</p><p class="p1">• Le cadrage initial, qui impose un récit avant que les faits ne soient établis.</p><p class="p1">• La déstabilisation cognitive, qui exploite la durée procédurale pour éroder la crédibilité de la cible.</p><p class="p1">• Le règlement sous pression, qui transforme une concession technique en victoire politique.</p><h2><strong>&nbsp;Une asymétrie informationnelle prononcée</strong></h2><p class="p1">Toute opération de guerre de l'information commence par l'identification des effets finaux recherchés (EFR) des belligérants. Dans le cas qui nous occupe, ces EFR sont asymétriques.</p><p class="p1">Du côté américain, l'EFR de Boeing est la préservation de sa position dominante sur le marché des avions commerciaux de 100 à 150 sièges, segment que le CSeries menaçait directement. Son EFR récurrent est le maintien d'un écosystème réglementaire et politique américain favorable, garantissant que tout concurrent étranger devra franchir des barrières coûteuses à l'entrée. Washington, de son côté, poursuit un EFR géoéconomique plus large : contenir l'émergence de toute industrie aéronautique étrangère susceptible de concurrencer les intérêts industriels américains, qu'il s'agisse d'Airbus ou de Bombardier.</p><p class="p1">Du côté canadien, l'EFR d'Ottawa est la survie de Bombardier en tant qu'acteur de souveraineté industrielle. L'EFR récurrent du Canada est la préservation de sa capacité à soutenir des champions nationaux dans les secteurs à haute valeur ajoutée, sans que cette politique soit systématiquement requalifiée en concurrence déloyale par ses partenaires commerciaux.</p><p class="p1">C'est ce déséquilibre fondamental des EFR, Boeing dispose du soutien institutionnel de l'État le plus puissant du monde, Bombardier est une entreprise privée appuyée par un État intermédiaire, qui explique l'asymétrie informationnelle du conflit.</p><h2><strong>&nbsp;La plainte de 2017 comme opération de cadrage initial</strong></h2><p class="p1">Le 27 avril 2017, Boeing dépose une plainte auprès du Département du Commerce américain, accusant Bombardier de vendre ses avions CSeries à des prix inférieurs à leur coût de production grâce à des subventions publiques massives du gouvernement canadien. Cinq mois plus tard, le Département du Commerce impose des droits compensatoires préliminaires de 220 %, soit presque trois fois plus que ce que Boeing avait demandé dans sa plainte initiale.</p><p class="p1">En apparence, il s'agit d'un contentieux commercial ordinaire. En réalité, le véritable enjeu se joue dans l'espace public : il s'agit d'imposer un cadrage cognitif favorable avant que les institutions ne tranchent. Boeing a réussi à faire inscrire Bombardier dans le registre de la concurrence déloyale, et ce cadrage a immédiatement structuré la perception des marchés.</p><p class="p1">La manœuvre s'appuie sur un mécanisme bien documenté par la littérature en sciences de la communication : le framing, ou cadrage, qui consiste selon Entman (1993) à « choisir certains éléments d'une réalité perçue et à construire un récit qui met en valeur les connexions entre eux pour promouvoir une interprétation particulière ». Boeing n'a pas simplement déposé une plainte juridique : il a activé un dispositif narratif destiné à faire de Bombardier le « vilain » du conflit commercial nord-américain.</p><p class="p1">Or les faits résistent à ce récit. Boeing n'avait même pas d'avion concurrent dans la catégorie recherchée par Delta Airlines, ce que les experts juridiques ont rapidement identifié comme une faille fondamentale de la plainte. L'hypocrisie de l'accusation mérite d'être soulignée : les programmes militaires de Boeing constituent eux-mêmes une forme de subventions déguisées, reconnues comme telles par l'OMC depuis 2012 à hauteur de dix milliards de dollars. Mais ces nuances juridiques importent peu dans la première phase du conflit. Ce qui compte, c'est la qualification publique.</p><h2><strong>&nbsp;La riposte canadienne et le choc des narratifs</strong></h2><p class="p1">Face à cette offensive, le Canada choisit la riposte frontale. Le Premier ministre du Québec Philippe Couillard accuse Boeing de vouloir carrément « tuer » Bombardier, tandis que des élus fédéraux dénoncent la mauvaise foi d'un avionneur américain gavé de subventions depuis des décennies. Ottawa mobilise simultanément ses canaux diplomatiques et ses relais médiatiques pour contrer le cadrage initial de Boeing.</p><p class="p1">Deux récits irréconciliables s'affrontent alors dans l'espace public : d'un côté, une concurrence faussée par des aides d'État illégales ; de l'autre, un protectionnisme abusif instrumentalisant le droit commercial pour éliminer un concurrent gênant. C'est précisément ce que les spécialistes de la guerre de l'information désignent comme un affrontement de narratifs : chaque camp mobilise ses caisses de résonance pour imposer son interprétation du réel.</p><p class="p1">Mais la puissance narrative n'est pas symétrique. Les États-Unis disposent d'une infrastructure médiatique et institutionnelle sans équivalent pour diffuser et légitimer leur version des faits. La presse financière américaine, Bloomberg, le Wall Street Journal, relaie la thèse du dumping canadien sans la remettre en cause. Les agences de notation et les investisseurs institutionnels, largement ancrés dans l'écosystème informationnel américain, intègrent le risque réputationnel avant même que les tribunaux ne se prononcent.</p><h2><strong>L'instrumentalisation procédurale&nbsp;: la mécanique de la déstabilisation cognitive</strong></h2><p class="p1">Dans la guerre économique contemporaine, le droit n'est plus seulement un arbitre. Il est une arme. Les procédures antidumping et les droits compensatoires constituent des exceptions aux règles de l'OMC, offrant aux entreprises une opportunité protectionniste dès lors qu'il existe une apparence de dumping ou un soupçon de subvention. Entre 2000 et 2014, le Département du Commerce américain n'aurait rejeté que sept plaintes sur quatre cents, soit un taux de succès de 98 % pour les plaignants. Boeing le sait.</p><p class="p1">Déposer une plainte, c'est donc presque mécaniquement déclencher une qualification publique de la cible : « bénéficiaire de subventions illégales », « pratiquant le dumping ». Ces termes ne sont pas neutres. Ils sont des verdicts provisoires qui s'impriment dans l'espace médiatique et dans l'esprit des décideurs économiques bien avant que les juges n'aient tranché. Chaque nouvelle annonce du Département du Commerce, droits antidumping de 80 % ajoutés en octobre 2017 aux droits compensatoires de 220 %, portant la sanction totale à 300 %, est un nouveau cycle médiatique, une nouvelle occasion de faire circuler l'image d'un Bombardier subventionné et déloyal.</p><p class="p1">À chaque étape du processus, Boeing rappelle soigneusement que le Canada est un « partenaire commercial de longue date », ce qui rend d'autant plus percutante l'accusation de comportement déloyal. Le droit commercial devient ainsi un outil de mise en récit : il permet de présenter une action agressive comme légitime, défensive, voire vertueuse.</p><h2><strong>&nbsp;Les effets réels d'une victoire juridique incomplète</strong></h2><p class="p1">En janvier 2018, les quatre commissaires de l'USITC rejettent à l'unanimité la plainte de Boeing, estimant que le CSeries ne lui portait aucun préjudice. Victoire juridique totale pour Bombardier, mais victoire incomplète sur le plan informationnel. Le programme CSeries a changé de mains, la crédibilité de Bombardier a été entamée sur les marchés américains, et Boeing, qui n'a pas fait appel, a atteint une partie de ses objectifs sans jamais avoir à défendre ses arguments devant un juge.</p><p class="p1">La plainte n'était pas seulement un recours juridique : c'était une opération de déstabilisation, dont le droit n'était que l'instrument. Ses effets illustrent ce que Christian Harbulot désigne comme l'affaiblissement cognitif : une stratégie visant à saper la légitimité d'un acteur et à installer dans l'esprit des décideurs une représentation durablement défavorable, indépendamment de l'issue juridique du conflit.</p><p class="p1">Boeing réagit immédiatement à l'accord Airbus-Bombardier en le qualifiant «&nbsp;d'arrangement discutable entre deux concurrents lourdement subventionnés », perpétuant ainsi le récit de la concurrence déloyale, même après avoir perdu la bataille juridique. Le message cible les compagnies aériennes américaines hésitantes et les fonds d'investissement : le risque réputationnel associé à Bombardier n'a pas disparu avec le verdict de l'USITC.</p><h2><strong>&nbsp;La certification aéronautique comme levier d'influence : de la norme technique à l'arme politique</strong></h2><p class="p1">Si la procédure antidumping est l'arme lourde de la guerre économique aéronautique, la certification en est l'arme de précision. Discrète, technique, difficile à contester publiquement, elle conditionne l'accès au marché et repose sur un actif rare : la confiance réglementaire. Or la confiance, une fois érodée, résiste rarement à une campagne d'influence bien menée.</p><p class="p1">Le 29 janvier 2026, Donald Trump franchit un seuil inédit en menaçant de « décertifier » les Bombardier Global Express et « tous les avions fabriqués au Canada », accusant Ottawa d'avoir « injustement, illégalement et obstinément » refusé de certifier les jets d'affaires Gulfstream. La menace est juridiquement fragile : retirer la certification d'un avion exige de prouver des problèmes graves de sécurité, des documents falsifiés ou une détérioration rapide mettant en jeu la sécurité des passagers.</p><p class="p1">Mais là n'est pas le point. Ce qui importe, c'est l'effet immédiat de la déclaration. La publication sur Truth Social déclenche alarme et confusion parmi les acteurs du secteur, et le cours de Bombardier chute de 5 à 6 % en une seule séance. En quelques heures, sans qu'une seule procédure ait été enclenchée, sans qu'un seul avion ait été cloué au sol, la simple évocation d'une décertification a produit un effet économique et réputationnel concret. C'est la définition même d'une arme cognitive : elle n'a pas besoin d'être mise en œuvre pour produire ses effets. Il suffit qu'elle soit crédible.</p><h2><strong>&nbsp;La réalité technique étouffée par le récit présidentiel</strong></h2><p class="p1">La réalité technique du différend est pourtant tout autre. La FAA et l'Agence européenne de la sécurité aérienne avaient elles-mêmes accordé à Gulfstream une exemption jusqu'à fin 2026 pour démontrer la conformité de ses appareils face aux risques de givrage du carburant. Transport Canada n'avait pas refusé de certifier les Gulfstream : elle attendait simplement que Gulfstream termine les tests requis, une exigence de sécurité partagée par les autorités américaines et européennes.</p><p class="p1">Ces nuances techniques sont étouffées par le récit présidentiel. Trump ne s'adresse pas aux ingénieurs : il s'adresse aux marchés, aux compagnies aériennes, aux investisseurs. Des experts américains qualifient l'utilisation de la sécurité aéronautique comme outil de guerre commerciale de « très mauvaise idée », soulignant que jamais un président n'avait directement décertifié des avions. Mais l'avertissement arrive trop tard : le signal de menace est déjà envoyé, le doute est installé.</p><p class="p1">C'est en février 2026 que le directeur de la FAA annonce que le Canada s'apprête à certifier les Gulfstream, « résolvant » ainsi le différend, mais au prix d'une pression politique inédite sur un processus de certification censé être strictement technique. Le précédent est posé : la certification aéronautique, longtemps sanctuaire de l'expertise réglementaire, est désormais un terrain de manœuvre dans la guerre de l'information économique.</p><p class="p1">Cette instrumentalisation de la norme technique illustre ce que les études sur la guerre hybride désignent comme la convergence du <em>lawfare</em> et de l'information <em>warfare</em> : la norme juridique ou réglementaire est mobilisée non pour garantir un droit, mais pour produire un effet de signal sur les marchés et les opinions.</p><h2><strong>Les caisses de résonance médiatiques : la presse traditionnelle comme premier amplificateur</strong></h2><p class="p1">Le différend Boeing-Bombardier révèle le rôle central de la presse traditionnelle dans l'amplification des narratifs de guerre économique, une dimension que les analyses centrées sur les réseaux sociaux tendent à sous-estimer. Dès la plainte d'avril 2017, les grands titres de la presse financière américaine, Bloomberg, le Wall Street Journal, le New York Times, reprennent le cadrage de Boeing sans le mettre en cause fondamentalement. L'accusation de « dumping canadien » est traitée comme un fait établi, non comme une allégation contestée.</p><p class="p1">Cette asymétrie de traitement médiatique n'est pas accidentelle. Les États-Unis disposent d'une infrastructure de production et de diffusion du récit économique sans équivalent mondial : agences de presse (AP, Reuters en langue anglaise), chaînes d'information financière (CNBC, Bloomberg TV), et un réseau de think tanks et d'experts habitués à fournir des éléments de langage alignés sur les intérêts industriels américains. Face à cette machine narrative, la presse canadienne, La Presse, Le Devoir, le Globe and Mail, contre-attaque mais avec une portée internationale structurellement plus limitée.</p><p class="p1">Ce déséquilibre est précisément ce que la doctrine de l'intelligence économique française désigne comme une « suprématie informationnelle » : la capacité d'un acteur à définir les termes du débat avant que ses adversaires ne puissent le contester. Dans le cas Bombardier, cette suprématie se traduit par le fait que c'est le cadrage américain, dumping, subventions illégales, qui s'impose comme référence dans les enceintes internationales, y compris à l'OMC.</p><h2><strong>Les réseaux sociaux : niches d'influence ciblées</strong></h2><p class="p1">Les opérations d'influence ne se bornent plus à la sphère institutionnelle : elles investissent pleinement l'espace numérique. Chaque plateforme touche un écosystème distinct et est travaillée différemment selon les publics visés.</p><p class="p1">Sur X, la rumeur d'une possible décertification des appareils Bombardier par Washington a circulé à une vitesse sans rapport avec la réalité juridique du dossier. Des messages alarmistes, dépouillés de toute précision technique, ont été massivement relayés. Ce phénomène illustre ce que les spécialistes de la guerre de l'information appellent la précédence narrative : le récit s'installe dans l'opinion avant la décision, et conditionne la réception de cette dernière. Lorsque la décision arrive, elle est lue à travers le filtre d'une perception déjà construite. Pour Bombardier, le dommage réputationnel précède le verdict.</p><p class="p1">Sur LinkedIn, le débat prend une forme différente mais tout aussi stratégique. Des experts du secteur aéronautique y échangent des analyses contradictoires, dont certaines servent manifestement des intérêts industriels ou nationaux. Des posts accusant Ottawa d'entraver la certification d'appareils américains côtoient des tribunes dénonçant la politisation des normes de sécurité par Washington. Il s'agit d'une opération de gestion de la perception ciblant des décideurs et acheteurs spécifiques : les compagnies aériennes et les fonds d'investissement, qui fréquentent LinkedIn, constituent ici les véritables cibles de cette guerre invisible.</p><p class="p1">Reddit, enfin, joue un rôle de contre-influence spontanée. Sur les fils r/aviation et r/canada, des utilisateurs déconstruisent les affirmations simplifiées, réintroduisent la complexité juridique et technique, et rappellent les précédents historiques. Ce mouvement de réfutation organique, non coordonné, constitue une forme de résilience informationnelle, sans toutefois atteindre la même puissance de frappe que les narratifs initiaux.</p><h2><strong>&nbsp;L'architecture de la guerre cognitive</strong></h2><p class="p1">Ce que le cas Bombardier met au jour, c'est la fragmentation de l'espace informationnel en niches d'influence ciblées, chacune travaillée avec des instruments et des narratifs adaptés à ses publics spécifiques. La presse financière légitime le cadrage juridique. X amplifie le signal émotionnel auprès de l'opinion générale. LinkedIn cible les décideurs économiques. Reddit est laissé aux contre-narratifs, dont la portée reste limitée.</p><p class="p1">À l'ère des réseaux sociaux, les rapports de force ne se mesurent plus seulement en ressources mais en capacité de diffusion et en cohérence narrative. Boeing, porté par la puissance narrative américaine, occupe structurellement une position dominante dans cet espace. Le Canada doit courir après un récit déjà installé, ce qui constitue, dans la doctrine de l'intelligence économique, la position la plus défavorable qui soit.</p><h2><strong>&nbsp;Leçons stratégiques : vers une doctrine canadienne de la résilience informationnelle</strong></h2><p class="p1">Le différend Boeing-Bombardier n'est pas une anomalie. C'est un révélateur. Il donne à voir, avec une clarté rare, ce qui est identifié comme la grande vulnérabilité des nations face à la guerre économique moderne : la prédation sur leurs champions nationaux, l'attaque de leurs marchés et l'affaiblissement cognitif qui en résulte. Le Canada n'a pas seulement subi une offensive commerciale. Il a subi une offensive sur la crédibilité de son industrie, sur la légitimité de ses choix politiques, et sur la perception internationale de ses entreprises.</p><p class="p1">Ce qui se joue dans les salles d'audience de Washington ou dans les fils X n'est que la surface visible d'une transformation plus profonde. Les États-Unis exercent une supériorité structurelle : ils définissent les termes du débat, qualifient les comportements adverses, et imposent leur cadre d'analyse aux institutions internationales comme aux médias. Cette capacité repose sur trois piliers articulés : une infrastructure de production narrative (think tanks, presse financière, agences de notation) ; des instruments juridiques et réglementaires mobilisables comme leviers d'influence (procédures antidumping, menaces de décertification) ; et une présence numérique dominante qui garantit la diffusion virale des récits favorables.</p><p class="p1">Pour les acteurs qui, comme Bombardier, se retrouvent en position de cible, la leçon est dure mais claire : la guerre de l'information ne se gagne pas après la bataille juridique. Elle se prépare en amont, dans la construction patiente d'une réputation, d'alliances narratives, Airbus en 2017, les compagnies aériennes partenaires, les gouvernements européens, et d'une capacité à contre-attaquer dans l'espace public. La victoire de 2018 devant l'USITC n'a pu avoir d'effet que parce que Bombardier avait réussi, dans l'intervalle, à maintenir sa crédibilité auprès des compagnies aériennes et des gouvernements partenaires.</p><p class="p1">L'aéronautique préfigure ce que seront demain tous les grands conflits économiques : des guerres hybrides où le droit, la norme technique, le récit médiatique et l'influence numérique forment un continuum. Savoir y naviguer, anticiper les cadrages adverses, construire des alliances narratives durables, mobiliser les caisses de résonance appropriées avant que l'adversaire ne le fasse, n'est plus une compétence annexe pour les entreprises. C'est une condition de survie.</p><p class="p1">&nbsp;</p><p class="p1"><strong>&nbsp;</strong></p><h4><strong>Références</strong></h4><p class="p1"><em><span class="s1">Ouvrages et articles académiques</span></em></p><p class="p1">Harbulot, C. (1992). La machine de guerre économique : États-Unis, Japon, Europe. Economica.</p><p class="p1">Harbulot, C., &amp; Delbecque, É. (2011). La guerre économique. PUF.</p><p class="p1">Harbulot, C. (2016). Fabricants d'intox. La guerre mondialisée des propagandes. Lemieux Éditeurs. [Recension dans Revue Défense Nationale, 2016/9]</p><p class="p1">Harbulot, C. (2023). La guerre économique au XXIe siècle. VA Éditions. [Recension dans Revue internationale d'intelligence économique, 2024/1, Vol. 16]</p><p class="p1">Harbulot, C. (dir.) (2016). Manuel d'intelligence économique. PUF / Cairn.</p><p class="p1">Lachaux, C., Lacorne, D., &amp; Lamoureux, C. (1987). De l'arme économique. Fondation des Études de Défense Nationale.</p><p class="p1">Entman, R. M. (1993). Framing: Toward clarification of a fractured paradigm. Journal of Communication, 43(4), 51–58.</p><p class="p1">Stein, J. G. (ed.) (2010). Diplomacy in the Digital Age. House of Anansi Press.</p><p class="p1">Martre, H. (dir.) (1994). Intelligence économique et stratégie des entreprises. Commissariat général du Plan / La Documentation française.</p><p class="p1">European Court of Auditors. (2021). Disinformation affecting the EU: Tackling the challenge. Publications Office of the European Union.</p><p class="p1">OECD. (2020). Globalisation and industrial policy: The role of strategic sectors. OECD Publishing.</p><p class="p1"><em><span class="s1">&nbsp;</span></em></p><p class="p1"><em><span class="s1">Sources institutionnelles</span></em></p><p class="p1">U.S. Department of Commerce. (2017). Countervailing duty investigation of 100- to 150-seat large civil aircraft from Canada. Washington, DC.</p><p class="p1">U.S. International Trade Commission. (2018). 100- to 150-seat large civil aircraft from Canada: Final determination (Investigation No. 701-TA-578). Washington, DC.</p><p class="p1">OMC / WTO. (2012). Rapports du Groupe spécial et de l'Organe d'appel dans l'affaire DS353 (États-Unis — Boeing). Genève.</p><p class="p1">Congressional Research Service. (2018). Information Warfare: Issues for Congress (R45142). Library of Congress.</p><p class="p1">&nbsp;</p><p class="p1"><em><span class="s1">Presse et médias</span></em></p><p class="p1">Reuters. (2017–2018). Series of articles on the Boeing–Bombardier trade dispute.</p><p class="p1">Reuters. (2026, 30 janvier). Trump says U.S. could decertify Bombardier aircraft amid Canada dispute.</p><p class="p1">Financial Times. (2017–2020). Coverage of aerospace regulation and certification issues.</p><p class="p1">Le Monde. (2017). Guy Dutheil, « Airbus vole au secours du constructeur canadien Bombardier ».</p><p class="p1">La Tribune. (2017–2024). Articles sur les tensions industrielles dans l'aéronautique.</p><p class="p1">The Globe and Mail. (2017–2026). Coverage of Canada–U.S. aerospace trade relations.</p><p class="p1">BBC News. (2017). Déclarations officielles de Justin Trudeau sur le différend Bombardier–Boeing.</p><p class="p1"><em><span class="s1">&nbsp;</span></em></p><p class="p1"><em><span class="s1">Sources spécialisées en ligne</span></em></p><p class="p1">École de Guerre Économique / Infoguerre. (2019). La guerre économique pour la conquête du ciel. https://infoguerre.fr/2019/05/guerre-informationnelle-conquete-ciel</p><p class="p1">Enderi. (2022). Airbus-Boeing : guerre économique et guerre de l'information. https://www.enderi.fr</p><p class="p1">Jeunes IHEDN. (2018). Guerre économique et justice internationale : l'affaire Airbus. https://jeunes-ihedn.org</p><p class="p1">Lawfare Media. (2023). Developing Responses to Cyber-Enabled Information Warfare and Influence Operations.</p><p class="p1">Opex360. (2018–2025). Analyses sur les enjeux industriels et stratégiques de l'aéronautique.</p><p class="p1">D'Herbès, P. (2019). OPA américaine sur Latécoère. Billet de France.</p><p class="p1">Lemieux, P. (2017). Boeing vs. Bombardier. Econlibre.</p><p class="p1">Norris, A. (2026). Post LinkedIn sur le US-Canada aircraft certification dispute.</p><p class="p1">Finnamore, B. (2026). Post LinkedIn critiquant la position canadienne sur la certification Gulfstream.</p><p class="p1">Reddit. (2026). r/canada, fil « Canada to certify Gulfstream jets resolving Trump dispute? »</p><p class="p1">Reddit. (2026). r/aviation, discussions sur BASA et reconnaissance mutuelle FAA/Transport Canada.</p><p class="p2">&nbsp;</p>]]></content><dc:creator>Malo</dc:creator></item><item><title>L’arme du gaz : décryptage de la manœuvre de coercition russe (2022-2026)</title><link>https://www.ege.fr/infoguerre/larme-du-gaz-decryptage-de-la-manoeuvre-de-coercition-russe-2022-2026</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/4A5A5627-FD58-4F1D-B942-AC7DA5432B60.png.webp?itok=YzgsVIBC" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/4A5A5627-FD58-4F1D-B942-AC7DA5432B60.png.webp?itok=BrxX-P1k</url><link>https://www.ege.fr/infoguerre/larme-du-gaz-decryptage-de-la-manoeuvre-de-coercition-russe-2022-2026</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/infoguerre/larme-du-gaz-decryptage-de-la-manoeuvre-de-coercition-russe-2022-2026</guid><category>articlee</category><pubDate>Wed, 08 Jul 2026 15:44:03 +0200</pubDate><description><![CDATA[<h2><strong>L’Énergie comme arme de sidération</strong></h2><p class="p1">La manœuvre initiale orchestrée par Moscou en 2022 ne relevait pas d'une simple dispute commerciale, mais d'une véritable opération stratégique. En utilisant le gaz comme vecteur, la Russie a cherché à saturer l'espace décisionnel européen pour induire une paralysie stratégique.</p><p class="p1">En réduisant progressivement les flux physiques via les gazoducs historiques de Yamal-Europe puis de Nord Stream, le Kremlin a créé une rareté artificielle destinée à projeter une image de vulnérabilité absolue de l'Europe. Ce vide matériel a immédiatement été comblé par un trop-plein informationnel. Le narratif de « l’hiver polaire » et de la « mort de l'industrie allemande », largement diffusé par les canaux de Sputnik et RT, visait à transformer une contrainte de marché en une angoisse existentielle. L'objectif tactique, tel que défini dans les rapports de VIGINUM, était de forcer les gouvernements, sous la pression de l'opinion, à abandonner leur soutien à l'Ukraine en échange d'une sécurité énergétique immédiate.</p><p class="p1">Plutôt que d'utiliser une propagande grossière, Moscou a mobilisé des réseaux d'influence constitués durant la décennie précédente. Certaines analyses produites par des think tanks européens, Bruegel et Oxford Institute of Energy Studies, ont souligné les contraintes techniques et économiques d’une sortie rapide du gaz russe, contribuant à installer l’idée d’une dépendance durable. Si ces travaux relèvent d’une approche analytique légitime, ils s’inscrivent néanmoins dans un environnement informationnel où les intérêts industriels et géopolitiques influencent la structuration du débat.</p><p class="p1">Le phénomène de la "Schröderisation" a servi de multiplicateur de force. Des anciens hauts responsables politiques et économiques européens, intégrés aux conseils d'administration de Gazprom ou Rosneft, ont agi comme des agents d'influence internes, plaidant pour le maintien du lien énergétique au nom d'un réalisme géoéconomique qui n'était, en réalité, qu'une dépendance consentie.</p><p class="p1">Face à une Union Européenne aux prises avec des processus de décision lents et transparents, la Russie a utilisé la centralisation de son outil énergétique pour frapper les esprits avant même que les premiers stocks ne soient réellement menacés. La sidération n'était pas le résultat d'une pénurie réelle, mais de la perception d'une fin irrémédiable du modèle de prospérité européen.</p><h2><strong>Nord Stream : L’ambiguïté comme arme</strong></h2><p class="p1">Si la première phase de la crise gazière reposait sur des narratifs de peur, l’explosion de Nord Stream 1 et 2 en septembre 2022 a déplacé l’affrontement sur le terrain des opérations d’influence clandestines. Au-delà du sabotage, la Russie a surtout créé un vide de certitude, aussitôt exploité par une ambiguïté informationnelle destinée à fissurer la solidarité occidentale.</p><p class="p1">Le sabotage de Nord Stream constitue une rupture doctrinale majeure. L'absence de revendication immédiate est une application directe de la manœuvre par l'ambiguïté. Comme le souligne le Centre d'excellence de l'OTAN pour la communication stratégique-StratCom COE, l'acte visait à créer une insécurité psychologique permanente. En frappant ses propres actifs, la Russie a envoyé un signal de déni d'accès cognitif : si ces gazoducs sont vulnérables, toutes les infrastructures sous-marines, câbles de données et parcs éoliens le sont aussi.</p><p class="p1">Paradoxalement, en détruisant ses propres infrastructures, Moscou a envoyé un signal de détermination absolue. Le message subliminal était clair : si les gazoducs sont vulnérables, toutes les infrastructures sous-marines européennes comme les câbles de données et les parcs éoliens le sont aussi. Contrairement aux données vérifiables, l'information ici générée visait à maintenir les services de renseignement européens dans une réaction permanente, les forçant à prouver une culpabilité dans un environnement de preuves dégradées.</p><h2><strong>La manœuvre d'influence a consisté à saturer l'espace médiatique de théories contradictoires</strong>&nbsp;</h2><p class="p1">L'utilisation de documents fuités souvent falsifiés ou décontextualisés pour accuser les États-Unis ou l'Ukraine, répond à la logique de saturation par le doute. Selon les analyses de l'Institut de Recherche Stratégique de l'École Militaire, cette Guerre de l’Information ne cherchait pas à convaincre d'une vérité alternative, mais à détruire la notion même de vérité partagée au sein de l'UE, rendant toute riposte politique coordonnée impossible. Cette phase illustre le passage de l'influence "douce" à une "Sharp Power" agressive où l'infrastructure devient un otage informationnel.</p><p class="p1">• <strong>Le ciblage de l’opinion allemande :</strong> À travers des réseaux sociaux, blogs spécialisés, comptes anonymes, relais diplomatiques, le narratif d'une implication américaine visant à forcer l'Allemagne à acheter du GNL plus cher a été massivement amplifié.</p><p class="p1">• <strong>La saturation par le doute :</strong> En multipliant les coupables potentiels comme les USA, l’Ukraine, le Royaume-Uni et la Pologne, la Russie a appliqué la stratégie du brouillard de guerre informationnel. L'objectif n'était pas d'innocenter Moscou, mais de rendre la</p><p class="p1">vérité indiscernable, paralysant ainsi toute riposte politique coordonnée de l'UE.</p><p class="p1">Avec le recul, en 2026, l’affaire Nord Stream apparaît comme le point de départ d'une insécurité psychologique permanente concernant les infrastructures critiques.</p><p class="p1">• <strong>La surveillance des flux :</strong> La réponse européenne a dû passer d'une veille économique classique à une surveillance hybride, intégrant des capteurs sous-marins et des outils de détection de signaux faibles sur les réseaux sociaux.</p><p class="p1">• <strong>La résilience par la transparence :</strong> Pour contrer ce brouillard, l'UE a été contrainte de développer une diplomatie de la preuve, publiant des rapports d'enquête partiels pour rassurer les marchés financiers et stabiliser les opinions publiques face aux théories du complot persistantes.</p><h2><strong>Le Nexus Gaz-Urée : L’extension du champ de bataille aux chaînes de valeur globales</strong></h2><p class="p1">Si la première phase de la manœuvre visait la psychologie des populations européennes, la seconde a ciblé les structures profondes de la sécurité économique mondiale. Cette stratégie s'apparente à une manœuvre par ricochet : frapper le gaz pour déstabiliser l'azote, et par extension, la souveraineté alimentaire mondiale.</p><p class="p1">Le gaz naturel représente environ 80 % du coût de production de l'ammoniac. En orchestrant la volatilité des prix, Moscou a activé un levier d'influence puissant. Selon les rapports de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la corrélation entre l'arrêt des flux gaziers russes et l'explosion du prix des engrais a été utilisée pour construire un narratif de responsabilité partagée. L'objectif était de faire porter à l'UE et à ses sanctions la responsabilité de l'envolée des prix, occultant l'utilisation de l'énergie comme arme par le Kremlin.</p><p class="p1">• <strong>La manœuvre narrative :</strong> Moscou a immédiatement utilisé ce levier pour construire un narratif de responsabilité partagée. L'objectif était de faire porter à l'Union européenne et à ses sanctions la responsabilité de l'envolée des prix des engrais, occultant le fait que l'énergie était utilisée comme une arme par le Kremlin.</p><p class="p1">• <strong>Le ciblage :</strong> Cette Guerre de l’Information ne visait plus seulement Bruxelles, mais les capitales du "Sud Global", très dépendantes des intrants russes pour leurs campagnes agricoles.</p><p class="p1">Moscou a mené une stratégie d’influence par la menace. Elle a rattaché les gazoducs européens à la sécurité alimentaire en Afrique et en Asie. Le discours russe a accusé l’Union européenne d’être responsable d’une crise alimentaire mondiale. Un exemple marquant est celui de l’urée : la Russie a menacé de restreindre ses exportations vers les marchés du Sud, risquant de compromettre les récoltes et d’aggraver la crise alimentaire dans ces régions.</p><p class="p1">Ce ciblage a visé les partenaires dont la stabilité dépend du coût des engrais. La crise énergétique est devenue un enjeu de sécurité mondiale. La Russie a utilisé le Sharp Power tout en transformant la dépendance au gaz et à l’urée en outil de pression politique. L’objectif était de pousser certains pays à remettre en cause les sanctions européennes pour des raisons humanitaires. C’est une manœuvre de découplage stratégique entre l’Occident et le reste du monde.</p><p class="p1">En contrôlant la production de gaz et d’ammoniac, la Russie a imposé un déni d’accès cognitif. Elle a fait croire qu’aucune alternative n’était possible à sa domination. Cette stratégie repose sur la structure réelle du secteur des engrais pour justifier la levée des sanctions.</p><p class="p1">En 2026, avec le recul, nous analysons cette période comme le moment où la "Guerre du Gaz" s'est muée en une "Guerre de la Souveraineté totale", où l'information sur la disponibilité des stocks d'engrais est devenue aussi stratégique que les mouvements de troupes sur le front.</p><h2><strong>&nbsp;La riposte par la donnée : REPowerEU ou la reconquête de la souveraineté narrative</strong></h2><p class="p1">Face à l'offensive russe, la réponse européenne s'est structurée autour d'une doctrine de réassurance par la preuve. En Intelligence économique, cette phase correspond à une contre-manœuvre de sanctuarisation de l'information : briser le chantage en rendant le marché lisible et prévisible.</p><p class="p1">Le levier principal de la riposte fut la plateforme AGSI+, rendant publics les niveaux de stockage de gaz. Cette diffusion massive de données certifiées a servi de contre-manœuvre de transparence pour casser les rumeurs de pénurie imminente.</p><p class="p1">• L'usage de l'information chiffrée : En rendant publiques des données certifiées et actualisées quotidiennement, l'UE a neutralisé les rumeurs de pénurie imminente distillées par Moscou.</p><p class="p1">• L'effet sur les marchés : Cette stratégie a permis de réduire la prime de risque liée à l'incertitude. La donnée brute est devenue le rempart contre la perception de crise, illustrant comment la transparence peut dégonfler une manœuvre de sidération.</p><h2><strong>La mise en œuvre du plan REPowerEU a marqué le passage d'une posture défensive à une manœuvre offensive de repositionnement géoéconomique</strong></h2><p class="p1">• La bataille du GNL : L'Europe a opéré une substitution ultra-rapide par le Gaz Naturel Liquéfié produit par les USA, le Qatar, la Norvège. Sur le plan informationnel, ce basculement a été présenté comme une libération du joug énergétique russe.</p><p class="p1">• Le décryptage de la manœuvre de substitution : La Guerre de l’Information européenne a insisté sur la fiabilité des nouveaux partenaires, opposant la prévisibilité contractuelle de l'Occident à l'arbitraire politique du Kremlin. Ce narratif visait à restaurer la confiance des investisseurs et des industriels européens.</p><p class="p1">La Russie pariait sur un éclatement de l'Union, où chaque État aurait négocié séparément son salut avec Gazprom.</p><p class="p1">• La contre-manœuvre par le collectif : La mise en place de la Plateforme énergétique de l'UE pour les achats groupés a envoyé un signal de puissance unifiée. En Intelligence économique, cela s'analyse comme une manœuvre de regroupement des forces pour contrer une stratégie de diviser pour mieux régner.</p><p class="p1">• Le résultat en 2026 : L'unité européenne, bien que mise à rude épreuve, est devenue un fait accompli informationnel, rendant la menace russe de moins en moins crédible auprès des chancelleries internationales.</p><h2><strong>&nbsp;Vers une nouvelle grammaire de la sécurité énergétique : Enjeux et vulnérabilités de l'après-2026</strong></h2><p class="p1">L'échec relatif de la manœuvre de coercition russe ne doit pas occulter la mutation profonde de la conflictualité hybride. En 2026, la <strong>Guerre du Gaz</strong> laisse place à une ère de surveillance accrue des flux immatériels et des dépendances critiques.</p><p class="p1">L'enseignement majeur de cette période est que la Guerre de l'Information ne se gagne pas par la simple réfutation des faits, mais par la maîtrise du temps court et du temps long.</p><p class="p1">• <strong>Le temps court :</strong> La réactivité face à la sidération</p><p class="p1">• <strong>Le temps long :</strong> La déconstruction des réseaux d'influence et la sécurisation des maillons faibles de la chaîne de valeur comme l'urée pour l'agrobusiness. La Russie a sous-estimé la capacité de l'Europe à transformer une vulnérabilité physique en un levier de souveraineté politique. Cependant, cette victoire est fragile : elle a déplacé le risque plus qu'elle ne l'a supprimé.</p><h2><strong>Le basculement vers le GNL et les énergies renouvelables crée de nouvelles lignes de front.</strong></h2><p class="p1">En Intelligence Économique, nous observons déjà les prémices d'une GI centrée sur les terres rares et les métaux critiques indispensables à la transition.</p><p class="p1">• <strong>Le risque de répétition :</strong> Les puissances concurrentes notamment la Chine observent les erreurs de Moscou. Elles privilégient désormais une manœuvre par l'infiltration silencieuse des chaînes d'approvisionnement plutôt que la rupture brutale, plus difficile à contrer par la simple transparence de l'information blanche.</p><h2><strong>&nbsp;La résilience cognitive comme impératif de défense</strong></h2><p class="p1">L'analyse critique de la période 2022-2026 démontre que la sécurité nationale dépend désormais de la capacité à surveiller les signaux faibles des dépendances critiques. La guerre du Gaz marque l'acte de naissance d'une Europe capable de penser sa puissance non plus seulement par le droit, mais par la maîtrise de ses flux vitaux. La protection du patrimoine immatériel et la culture de veille stratégique sont désormais les piliers de notre autonomie stratégique.</p><p class="p1">La crise du gaz n’est pas seulement énergétique. Elle est informationnelle. La Russie a utilisé le gaz pour influencer les perceptions. Elle a combiné actions physiques et narratifs. L’Europe a répondu en reprenant le contrôle du récit. Aujourd’hui, la puissance ne se mesure plus seulement en volumes ou en infrastructures. Elle dépend de la capacité à imposer une lecture du réel.</p><p class="p1">&nbsp;</p><p class="p2 text-align-right">Samba Ben Moussa Diakite</p><p class="p2 text-align-right"><a style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;letter-spacing:normal;orphans:2;outline:none;text-align:right;text-decoration:none;text-indent:0px;text-transform:none;transition:0.2s;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Auditeur de la 49ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p><p class="p1">&nbsp;</p>]]></description><content><![CDATA[<h2><strong>L’Énergie comme arme de sidération</strong></h2><p class="p1">La manœuvre initiale orchestrée par Moscou en 2022 ne relevait pas d'une simple dispute commerciale, mais d'une véritable opération stratégique. En utilisant le gaz comme vecteur, la Russie a cherché à saturer l'espace décisionnel européen pour induire une paralysie stratégique.</p><p class="p1">En réduisant progressivement les flux physiques via les gazoducs historiques de Yamal-Europe puis de Nord Stream, le Kremlin a créé une rareté artificielle destinée à projeter une image de vulnérabilité absolue de l'Europe. Ce vide matériel a immédiatement été comblé par un trop-plein informationnel. Le narratif de « l’hiver polaire » et de la « mort de l'industrie allemande », largement diffusé par les canaux de Sputnik et RT, visait à transformer une contrainte de marché en une angoisse existentielle. L'objectif tactique, tel que défini dans les rapports de VIGINUM, était de forcer les gouvernements, sous la pression de l'opinion, à abandonner leur soutien à l'Ukraine en échange d'une sécurité énergétique immédiate.</p><p class="p1">Plutôt que d'utiliser une propagande grossière, Moscou a mobilisé des réseaux d'influence constitués durant la décennie précédente. Certaines analyses produites par des think tanks européens, Bruegel et Oxford Institute of Energy Studies, ont souligné les contraintes techniques et économiques d’une sortie rapide du gaz russe, contribuant à installer l’idée d’une dépendance durable. Si ces travaux relèvent d’une approche analytique légitime, ils s’inscrivent néanmoins dans un environnement informationnel où les intérêts industriels et géopolitiques influencent la structuration du débat.</p><p class="p1">Le phénomène de la "Schröderisation" a servi de multiplicateur de force. Des anciens hauts responsables politiques et économiques européens, intégrés aux conseils d'administration de Gazprom ou Rosneft, ont agi comme des agents d'influence internes, plaidant pour le maintien du lien énergétique au nom d'un réalisme géoéconomique qui n'était, en réalité, qu'une dépendance consentie.</p><p class="p1">Face à une Union Européenne aux prises avec des processus de décision lents et transparents, la Russie a utilisé la centralisation de son outil énergétique pour frapper les esprits avant même que les premiers stocks ne soient réellement menacés. La sidération n'était pas le résultat d'une pénurie réelle, mais de la perception d'une fin irrémédiable du modèle de prospérité européen.</p><h2><strong>Nord Stream : L’ambiguïté comme arme</strong></h2><p class="p1">Si la première phase de la crise gazière reposait sur des narratifs de peur, l’explosion de Nord Stream 1 et 2 en septembre 2022 a déplacé l’affrontement sur le terrain des opérations d’influence clandestines. Au-delà du sabotage, la Russie a surtout créé un vide de certitude, aussitôt exploité par une ambiguïté informationnelle destinée à fissurer la solidarité occidentale.</p><p class="p1">Le sabotage de Nord Stream constitue une rupture doctrinale majeure. L'absence de revendication immédiate est une application directe de la manœuvre par l'ambiguïté. Comme le souligne le Centre d'excellence de l'OTAN pour la communication stratégique-StratCom COE, l'acte visait à créer une insécurité psychologique permanente. En frappant ses propres actifs, la Russie a envoyé un signal de déni d'accès cognitif : si ces gazoducs sont vulnérables, toutes les infrastructures sous-marines, câbles de données et parcs éoliens le sont aussi.</p><p class="p1">Paradoxalement, en détruisant ses propres infrastructures, Moscou a envoyé un signal de détermination absolue. Le message subliminal était clair : si les gazoducs sont vulnérables, toutes les infrastructures sous-marines européennes comme les câbles de données et les parcs éoliens le sont aussi. Contrairement aux données vérifiables, l'information ici générée visait à maintenir les services de renseignement européens dans une réaction permanente, les forçant à prouver une culpabilité dans un environnement de preuves dégradées.</p><h2><strong>La manœuvre d'influence a consisté à saturer l'espace médiatique de théories contradictoires</strong>&nbsp;</h2><p class="p1">L'utilisation de documents fuités souvent falsifiés ou décontextualisés pour accuser les États-Unis ou l'Ukraine, répond à la logique de saturation par le doute. Selon les analyses de l'Institut de Recherche Stratégique de l'École Militaire, cette Guerre de l’Information ne cherchait pas à convaincre d'une vérité alternative, mais à détruire la notion même de vérité partagée au sein de l'UE, rendant toute riposte politique coordonnée impossible. Cette phase illustre le passage de l'influence "douce" à une "Sharp Power" agressive où l'infrastructure devient un otage informationnel.</p><p class="p1">• <strong>Le ciblage de l’opinion allemande :</strong> À travers des réseaux sociaux, blogs spécialisés, comptes anonymes, relais diplomatiques, le narratif d'une implication américaine visant à forcer l'Allemagne à acheter du GNL plus cher a été massivement amplifié.</p><p class="p1">• <strong>La saturation par le doute :</strong> En multipliant les coupables potentiels comme les USA, l’Ukraine, le Royaume-Uni et la Pologne, la Russie a appliqué la stratégie du brouillard de guerre informationnel. L'objectif n'était pas d'innocenter Moscou, mais de rendre la</p><p class="p1">vérité indiscernable, paralysant ainsi toute riposte politique coordonnée de l'UE.</p><p class="p1">Avec le recul, en 2026, l’affaire Nord Stream apparaît comme le point de départ d'une insécurité psychologique permanente concernant les infrastructures critiques.</p><p class="p1">• <strong>La surveillance des flux :</strong> La réponse européenne a dû passer d'une veille économique classique à une surveillance hybride, intégrant des capteurs sous-marins et des outils de détection de signaux faibles sur les réseaux sociaux.</p><p class="p1">• <strong>La résilience par la transparence :</strong> Pour contrer ce brouillard, l'UE a été contrainte de développer une diplomatie de la preuve, publiant des rapports d'enquête partiels pour rassurer les marchés financiers et stabiliser les opinions publiques face aux théories du complot persistantes.</p><h2><strong>Le Nexus Gaz-Urée : L’extension du champ de bataille aux chaînes de valeur globales</strong></h2><p class="p1">Si la première phase de la manœuvre visait la psychologie des populations européennes, la seconde a ciblé les structures profondes de la sécurité économique mondiale. Cette stratégie s'apparente à une manœuvre par ricochet : frapper le gaz pour déstabiliser l'azote, et par extension, la souveraineté alimentaire mondiale.</p><p class="p1">Le gaz naturel représente environ 80 % du coût de production de l'ammoniac. En orchestrant la volatilité des prix, Moscou a activé un levier d'influence puissant. Selon les rapports de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la corrélation entre l'arrêt des flux gaziers russes et l'explosion du prix des engrais a été utilisée pour construire un narratif de responsabilité partagée. L'objectif était de faire porter à l'UE et à ses sanctions la responsabilité de l'envolée des prix, occultant l'utilisation de l'énergie comme arme par le Kremlin.</p><p class="p1">• <strong>La manœuvre narrative :</strong> Moscou a immédiatement utilisé ce levier pour construire un narratif de responsabilité partagée. L'objectif était de faire porter à l'Union européenne et à ses sanctions la responsabilité de l'envolée des prix des engrais, occultant le fait que l'énergie était utilisée comme une arme par le Kremlin.</p><p class="p1">• <strong>Le ciblage :</strong> Cette Guerre de l’Information ne visait plus seulement Bruxelles, mais les capitales du "Sud Global", très dépendantes des intrants russes pour leurs campagnes agricoles.</p><p class="p1">Moscou a mené une stratégie d’influence par la menace. Elle a rattaché les gazoducs européens à la sécurité alimentaire en Afrique et en Asie. Le discours russe a accusé l’Union européenne d’être responsable d’une crise alimentaire mondiale. Un exemple marquant est celui de l’urée : la Russie a menacé de restreindre ses exportations vers les marchés du Sud, risquant de compromettre les récoltes et d’aggraver la crise alimentaire dans ces régions.</p><p class="p1">Ce ciblage a visé les partenaires dont la stabilité dépend du coût des engrais. La crise énergétique est devenue un enjeu de sécurité mondiale. La Russie a utilisé le Sharp Power tout en transformant la dépendance au gaz et à l’urée en outil de pression politique. L’objectif était de pousser certains pays à remettre en cause les sanctions européennes pour des raisons humanitaires. C’est une manœuvre de découplage stratégique entre l’Occident et le reste du monde.</p><p class="p1">En contrôlant la production de gaz et d’ammoniac, la Russie a imposé un déni d’accès cognitif. Elle a fait croire qu’aucune alternative n’était possible à sa domination. Cette stratégie repose sur la structure réelle du secteur des engrais pour justifier la levée des sanctions.</p><p class="p1">En 2026, avec le recul, nous analysons cette période comme le moment où la "Guerre du Gaz" s'est muée en une "Guerre de la Souveraineté totale", où l'information sur la disponibilité des stocks d'engrais est devenue aussi stratégique que les mouvements de troupes sur le front.</p><h2><strong>&nbsp;La riposte par la donnée : REPowerEU ou la reconquête de la souveraineté narrative</strong></h2><p class="p1">Face à l'offensive russe, la réponse européenne s'est structurée autour d'une doctrine de réassurance par la preuve. En Intelligence économique, cette phase correspond à une contre-manœuvre de sanctuarisation de l'information : briser le chantage en rendant le marché lisible et prévisible.</p><p class="p1">Le levier principal de la riposte fut la plateforme AGSI+, rendant publics les niveaux de stockage de gaz. Cette diffusion massive de données certifiées a servi de contre-manœuvre de transparence pour casser les rumeurs de pénurie imminente.</p><p class="p1">• L'usage de l'information chiffrée : En rendant publiques des données certifiées et actualisées quotidiennement, l'UE a neutralisé les rumeurs de pénurie imminente distillées par Moscou.</p><p class="p1">• L'effet sur les marchés : Cette stratégie a permis de réduire la prime de risque liée à l'incertitude. La donnée brute est devenue le rempart contre la perception de crise, illustrant comment la transparence peut dégonfler une manœuvre de sidération.</p><h2><strong>La mise en œuvre du plan REPowerEU a marqué le passage d'une posture défensive à une manœuvre offensive de repositionnement géoéconomique</strong></h2><p class="p1">• La bataille du GNL : L'Europe a opéré une substitution ultra-rapide par le Gaz Naturel Liquéfié produit par les USA, le Qatar, la Norvège. Sur le plan informationnel, ce basculement a été présenté comme une libération du joug énergétique russe.</p><p class="p1">• Le décryptage de la manœuvre de substitution : La Guerre de l’Information européenne a insisté sur la fiabilité des nouveaux partenaires, opposant la prévisibilité contractuelle de l'Occident à l'arbitraire politique du Kremlin. Ce narratif visait à restaurer la confiance des investisseurs et des industriels européens.</p><p class="p1">La Russie pariait sur un éclatement de l'Union, où chaque État aurait négocié séparément son salut avec Gazprom.</p><p class="p1">• La contre-manœuvre par le collectif : La mise en place de la Plateforme énergétique de l'UE pour les achats groupés a envoyé un signal de puissance unifiée. En Intelligence économique, cela s'analyse comme une manœuvre de regroupement des forces pour contrer une stratégie de diviser pour mieux régner.</p><p class="p1">• Le résultat en 2026 : L'unité européenne, bien que mise à rude épreuve, est devenue un fait accompli informationnel, rendant la menace russe de moins en moins crédible auprès des chancelleries internationales.</p><h2><strong>&nbsp;Vers une nouvelle grammaire de la sécurité énergétique : Enjeux et vulnérabilités de l'après-2026</strong></h2><p class="p1">L'échec relatif de la manœuvre de coercition russe ne doit pas occulter la mutation profonde de la conflictualité hybride. En 2026, la <strong>Guerre du Gaz</strong> laisse place à une ère de surveillance accrue des flux immatériels et des dépendances critiques.</p><p class="p1">L'enseignement majeur de cette période est que la Guerre de l'Information ne se gagne pas par la simple réfutation des faits, mais par la maîtrise du temps court et du temps long.</p><p class="p1">• <strong>Le temps court :</strong> La réactivité face à la sidération</p><p class="p1">• <strong>Le temps long :</strong> La déconstruction des réseaux d'influence et la sécurisation des maillons faibles de la chaîne de valeur comme l'urée pour l'agrobusiness. La Russie a sous-estimé la capacité de l'Europe à transformer une vulnérabilité physique en un levier de souveraineté politique. Cependant, cette victoire est fragile : elle a déplacé le risque plus qu'elle ne l'a supprimé.</p><h2><strong>Le basculement vers le GNL et les énergies renouvelables crée de nouvelles lignes de front.</strong></h2><p class="p1">En Intelligence Économique, nous observons déjà les prémices d'une GI centrée sur les terres rares et les métaux critiques indispensables à la transition.</p><p class="p1">• <strong>Le risque de répétition :</strong> Les puissances concurrentes notamment la Chine observent les erreurs de Moscou. Elles privilégient désormais une manœuvre par l'infiltration silencieuse des chaînes d'approvisionnement plutôt que la rupture brutale, plus difficile à contrer par la simple transparence de l'information blanche.</p><h2><strong>&nbsp;La résilience cognitive comme impératif de défense</strong></h2><p class="p1">L'analyse critique de la période 2022-2026 démontre que la sécurité nationale dépend désormais de la capacité à surveiller les signaux faibles des dépendances critiques. La guerre du Gaz marque l'acte de naissance d'une Europe capable de penser sa puissance non plus seulement par le droit, mais par la maîtrise de ses flux vitaux. La protection du patrimoine immatériel et la culture de veille stratégique sont désormais les piliers de notre autonomie stratégique.</p><p class="p1">La crise du gaz n’est pas seulement énergétique. Elle est informationnelle. La Russie a utilisé le gaz pour influencer les perceptions. Elle a combiné actions physiques et narratifs. L’Europe a répondu en reprenant le contrôle du récit. Aujourd’hui, la puissance ne se mesure plus seulement en volumes ou en infrastructures. Elle dépend de la capacité à imposer une lecture du réel.</p><p class="p1">&nbsp;</p><p class="p2 text-align-right">Samba Ben Moussa Diakite</p><p class="p2 text-align-right"><a style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;letter-spacing:normal;orphans:2;outline:none;text-align:right;text-decoration:none;text-indent:0px;text-transform:none;transition:0.2s;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Auditeur de la 49ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p><p class="p1">&nbsp;</p>]]></content><dc:creator>Malo</dc:creator></item><item><title>L’industrie du jeu vidéo pris en étau dans une guerre culturelle</title><link>https://www.ege.fr/infoguerre/lindustrie-du-jeu-video-pris-en-etau-dans-une-guerre-culturelle</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/Pasted%20Graphic.jpg.webp?itok=gPNLXgUc" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/Pasted%20Graphic.jpg.webp?itok=mo-oLlx6</url><link>https://www.ege.fr/infoguerre/lindustrie-du-jeu-video-pris-en-etau-dans-une-guerre-culturelle</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/infoguerre/lindustrie-du-jeu-video-pris-en-etau-dans-une-guerre-culturelle</guid><category>articlee</category><pubDate>Wed, 08 Jul 2026 15:38:07 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">Alors que le gaming s’impose comme une activité grand public, faisant des jeux vidéo un immense levier de soft power, la guerre culturelle occidentale infiltre depuis 12 ans dans une industrie déchirée entre ses besoins créatifs et les attentes des joueurs.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Dans un contexte de forte tension idéologique globale se dessine un champ de bataille où journalistes, influenceurs et studios s’arment de boycotts, harcèlement, review bombing et censure pour tirer profit de ce conflit, pendant que l’Asie exploite cette compétition.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span></p><h2><span class="s1"><strong>Du placard à l’agora, la première industrie culturelle au monde</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">Le poids de l’industrie vidéoludique est aujourd’hui estimé à plus de 250 milliards de dollars, soit plus du double du cinéma. On recense 3,5 milliards de joueurs, dont un Américain sur deux et près de 700 millions de chinois. Le gaming s’impose naturellement comme une activité économique majeure et un puissant vecteur de soft power. Perçue il y a encore deux décennies comme une activité de niche et de nerds, elle s’est désormais imposée dans le quotidien où elle participe à façonner les opinions et les échanges. C’est donc tout naturellement que cette industrie est devenue, à l’instar du cinéma, un terrain d’affrontement pour la guerre culturelle qui s’est imposée dans le discours social et politique depuis plus de dix ans.</span></p><h2><span class="s1"><strong>Anatomie de Gamergate : ground zero de la guerre culturelle vidéoludique</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">On retrouve dans </span><a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/affaires-sensibles-du-mardi-17-decembre-2024-1149848"><span class="s1 s2">l’affaire Gamergate</span></a><span class="s1"> une grande partie des recettes qui prévaudront aux conflits culturels dans cette industrie pour la prochaine décennie&nbsp;: un activisme «&nbsp;antiwoke&nbsp;» particulièrement virulent qui prolifère sur les réseaux et se concrétise par des actions de boycott, harcèlements voire menaces physiques sur les victimes. Il se drape dans une indignation contre les attaques perçues envers l’exception sociologique du «&nbsp;gamer pur&nbsp;»&nbsp;: un consommateur libéré des débats culturels qui ne demande qu’à profiter de son hobby, se retrouvant malgré lui assiégé par des hordes de social justice warriors qui veulent bouleverser son univers (le fameux «&nbsp;we only wanted to play games, but they had to put girls in them&nbsp;» de </span><a href="https://www.bbc.com/news/articles/c75606vd3l6o"><span class="s1 s2">Zach Hoyt</span></a><span class="s1">, devenue une référence de ce mouvement). Il est donc en légitime défense, et cela excuserait tout. </span><span class="s1 Apple-tab-span"></span><br><span class="s1">Résumons l’affaire&nbsp;: début 2013, une développeuse indépendante, Zoe Quinn, publie son jeu Depression Quest, sorte d’autoportrait vidéoludique sur sa gestion d’une vie minée par la dépression. A l’époque, il s’agit d’un échantillon de ce qu’allait devenir l’industrie du jeu&nbsp;: un univers en mutation, qui voit s’accélérer la diversification de ses consommateurs et ses producteurs et dont la nature s’approche désormais du cinéma comme médium de réflexion. Transition illustrée par la Cour Suprême américaine, qui reconnaît depuis 2011 le statut de 10<sup>e</sup> art au jeu. C’est sans surprise que Depression Quest reçoit l’éloge des critiques comme une œuvre de bravoure individuelle. En réaction, une autre population de gamers s’empare du titre pour le démolir, le percevant comme la quintessence de ce mouvement progressiste naissant dans le vidéoludique, prenant la forme d’inclusion LGBT ou de causes féministes intégrées dans le médium par des développeuses queer aux cheveux colorées (devenues une sorte d’épouvantail pour cette audience).</span></p><p class="p1"><span class="s1">En août 2014, ce qui n’aurait été dans d’autres circonstances qu’un scandale insignifiant devient historique&nbsp;: le programmeur et ex-compagnon de Quinn, Eron Gjoni, publie un billet assassin contre elle et l’accuse de l’avoir trompé avec un journaliste de Kotaku, un grand nom de la presse vidéoludique, en échange d’une critique favorable sur Depression Quest. L’accusation s’avérera fausse, l’homme n’ayant jamais publié ladite critique.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Peu importe, une campagne de cyberactivisme s’enclenche, selon une recette devenue cas d’école&nbsp;: les photos intimes de Quinn et ses histoires romantiques sont déterrées, affichées sur le réseau 4chan. Des mails de menaces de mort et de viol sont envoyés. Les 4channers débattent de la valeur politique ou non de conduire Quinn au suicide. Le mouvement se propage sous le #GamerGate et étend ses cibles&nbsp;: la critique féministe Anita Sarkeesian, qui a pris la défense de Quinn, puis la développeuse Brianna Wu, qui avait tourné le mouvement en ridicule&nbsp;: «&nbsp;ils sont terrifiés par un futur où les femmes seraient 8&nbsp;% des développeurs et non&nbsp;3%&nbsp;».</span></p><p class="p1"><span class="s1">L’adresse de Wu est divulguée en ligne, les menaces s’accumulent&nbsp;: elle est contrainte de fuir son domicile. En parallèle du sujet politique, Gamergate a ses premiers impacts économiques&nbsp;: des milliers d’emails sont envoyés vers la presse et l’industrie vidéoludique, exigeant de lutter contre l’arrivée du wokisme dans le médium sous peine de boycott. Alors que le site de presse Gamasutra publie un article lapidaire contre le mouvement Gamergate, Intel cesse sa publicité sur le site, bien que démentant tout causalité. Un géant qui pèse 150 milliards plie le genou devant quelques milliers d’activistes. La recette fera date&nbsp;: le temps efface le #Gamergate, pas son héritage.</span></p><h2><span class="s1"></span><span class="s1"><strong>Les outils de la lutte&nbsp;: pétitions, boycott, harcèlement et review bombing</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">La logique d’une masse numérique qui écrase des individus isolés comme Zoe Quinn ou Brianna Wu est parfaitement intelligible. Il est intéressant d’en comparer l’effet cette fois sur des géants de l’industrie. Le cas d’Assassin's Creed&nbsp;: Shadows est révélateur de la capacité d’un acteur à encaisser ce type d’attaque économique et informationnelle.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Sorti en mars 2025 après des retards conséquents, le dernier opus de la très célèbre franchise canadienne, jusqu’alors mettant en scène des personnages peu polarisants (des assassins italiens, un viking ou un spartiate…), se tient cette fois où Japon et donne l’occasion d’incarner une femme shinobi et un samouraï nord-africain. L’existence historique de cette figure est scientifiquement inattaquable&nbsp;: Yasuke, originaire du Mozambique, était un esclave jésuite arrivé au Japon en 1579. Il sera recruté au service du ministre Nobunaga. Son existence est attestée par plusieurs écrits de la période. Peu importe, la réaction des fans de la franchise a été d’une grande brutalité.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Accusé de promouvoir un agenda woke en n’offrant, pour une campagne au Japon, pour tout héros qu’un homme noir ou une femme, le jeu est ciblé par une pétition de 84 000 signatures qui demandent sa révision. L’universitaire britannique Thomas Lockley, principal historien occidental ayant étudié l’histoire de Yasuke, est victime d’une campagne de harcèlement qui le conduit a fermé ses réseaux sociaux. Sachi Schmidt-Hori, professeure de littérature japonaise et consultante culturelle auprès du studio, s’attire également les foudres de l’audience, qui pointe du doigt ses études sur le rôle politique de l’homosexualité dans le Japon du XVIIe comme un exemple de «&nbsp;</span><a href="https://www.novethic.fr/economie-et-social/transformation-de-leconomie/chute-en-bourse-report-de-jeux-anti-wokisme-la-descente-aux-enfers-dubisoft"><span class="s1 s2">l’agenda woke&nbsp;» d’Ubisoft</span></a><span class="s1">, qui aurait sciemment recruté une activiste.</span></p><p class="p1"><span class="s1">L’impact sur les salariés est tel que le Comité Social et Économique de l’entreprise a été amené à proposer un </span><a href="https://lincorrect.org/wokes-creed-quand-ubisoft-reeduque-ses-employes-lincorrect/"><span class="s1 s2">plan anti-harcèlement</span></a><span class="s1">, incluant une surveillance numérique permanente pour détecter les attaques personnelles ainsi qu’un soutien psychologique et juridique pour les employés ciblés, qui sont encourager à ne pas mentionner sur leurs réseaux qu’ils appartiennent au réputé studio canadien. L’enjeu est grand pour la compagnie qui encaisse les revers depuis plusieurs années. En dépit de ces attaques, le jeu sera l’un des plus gros lancements de la franchise avec 230 millions de copie vendues. Il génère cependant des bénéfices décevants, avec un chiffre estimé à 180 millions pour un coût de développement de 100 millions. C’est notamment au Japon qu’il fait ses plus mauvais chiffres avant des ventes inférieures à 20 000 copies, le public japonais lui reprochant une réécriture de l’histoire du pays et une appropriation culturelle irrespectueuse. L’œuvre aura malgré tout plutôt bien encaissé les attaques, sans sous-estimer l’impact économique et managérial de la gestion de l’affaire&nbsp;: des mois de retard et beaucoup de ressources perdues dans la protection des employés et le traitement des affaires juridiques.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Le même constat peut être fait pour Last of Us 2. Le successeur du grand succès post-apocalyptique, qui suit un père et sa fille adoptive dans un monde ravagé par une épidémie, fait l’objet d’une campagne offensive après qu’un employé ait fait fuiter sur le net le casting de la suite. Les deux principales héroïnes sont une survivante homosexuelle et une militaire androgyne. On y retrouve également un personnage transgenre et plusieurs afro-américains. Au-delà des classiques campagnes de harcèlement (Laura Bailey, l’actrice qui prête sa voix à l’héroïne homosexuelle, publie sur twitter des dizaines de courriers de menaces de morts reçus par elle et ses proches) et de boycott, </span><a href="https://www.jeuxonline.info/societe/Naughty_Dog"><span class="s1 s2">le studio Naughty Dog</span></a><span class="s1"> apporte un bon exemple de l’usage du </span><a href="https://24pm.com/lexique/e-commerce/review-bombing"><span class="s1 s2">review bombing</span></a><span class="s1"> comme attaque économique. </span><span class="s1 Apple-tab-span"></span><br><span class="s1">Cette pratique, qui consiste à laisser en masse et de manière coordonnée des scores désastreux à une œuvre sur les plateformes de critiques comme Steam ou Metacritic afin d’impacter les ventes, aura ciblé Last of Us de manière inédite. Alors que l’œuvre reçoit un score Metacritic de 94/100 après 110 évaluations de la presse spécialisée, elle reçoit paradoxalement un score utilisateur de 4,8/10 après 100 000 évaluations de joueurs, placées quelques heures après sa sortie. Par comparaison, le Western à succès Red Dead Redemption, vendu à 82 millions de copies, a reçu seulement 11 000 critiques après 2 ans sur le marché. Une opération claire de review bombing qui conduit le directeur du studio, Neil Druckmann, à ironiser&nbsp;: «&nbsp;on a reçu en quelques heures plus du double des évaluations écrites en 7 ans sur le premier opus, quel succès&nbsp;!&nbsp;».</span></p><p class="p1"><span class="s1">Une attaque économique et informationnelle qui n’épargnera d’ailleurs pas son adaptation télévisée, dont la saison 2 sortie en 2025 reçoit cette fois une critique presse de 95/100 et un désastreux score audience de 47 sur la célèbre </span><a href="https://www.journaldugeek.com/2023/09/07/sur-rotten-tomatoes-des-notes-truquees-et-des-critiques-remunerees/"><span class="s1 s2">plateforme américaine Rotten Tomatoes</span></a><span class="s1">.</span></p><p class="p1"><span class="s1">En dépit des attaques, le second opus se vend à 4 millions de copie au lancement et reste un succès retentissant avec 15 millions d’exemplaires vendus. Après ces deux exemples, on peut se demander si la formule Gamergate ne serait finalement pas un outil limité face aux géants de l’industrie&nbsp;?&nbsp; Pour les franchises établies, sans doute. Pour les nouveaux venus sur le marché, le danger est incomparable&nbsp;: nombreux sont les studios qui n’ont pas survécu à ces attaques.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span></p><h2><span class="s1"><strong>Go woke, go broke&nbsp;: quand le D.E.I fait de Concord un antéchrist</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">Concord est le cas d’école de ce que peut coûter </span><a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/ege_vigilance_wokisme_2206.pdf"><span class="s1 s2">l’étiquette woke</span></a><span class="s1"> dans une industrie déchirée entre progressistes et réactionnaires. L’œuvre de Firewalk Studio, sortie en 2024, était censée permettre à Sony de construire ex-nihilo une nouvelle franchise capable de jouer des coudes avec les géants des jeux de tir compétitifs comme Overwatch, Valorant ou Fortnite (ce dernier revendique des bénéfices estimés à 43 milliards de dollar depuis 2018).</span></p><p class="p1"><span class="s1">Dès les premières minutes de son introduction globale, Concord s’attire les foudres de l’audience antiwoke&nbsp;: casting de héros multicolores, forte représentation raciale, personnages non-genrés dont les pronoms s’affichent jusque dans le menu de sélection… Le jeu est immédiatement victime d’attaques en masse qui harcèlent le studio et son consultant Sweet Baby Inc. On retrouve une nouvelle fois à la manœuvre des influenceurs souvent issus des communautés alt-right, comme le canadien Milan d’</span><a href="https://www.youtube.com/@EndymionTv"><span class="s1 s2">EndymionTV</span></a><span class="s1"> qui annonçait à ses 400 000 abonnés «&nbsp;un désastre à venir pour une œuvre de cultistes woke&nbsp;». Une publicité toxique massive qui a des effets immédiats&nbsp;: après 8 ans de développement et en dépit d’un budget de 200 millions de dollars et d’une équipe formée de vétérans de l’industrie, Concord explose en vol en moins de 15 jours. Avec un pic de 700 joueurs simultanés dans le monde et moins de 25 000 copies vendues, Concord est euthanasié par Sony le 6 septembre 2024 et </span><a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2024/10/30/jeu-video-sony-ferme-firewalk-le-studio-a-l-origine-de-l-echec-commercial-concord_6366919_4408996.html"><span class="s1 s2">Firewalk Studio est fermé un mois plus tard</span></a><span class="s1">. Un désastre qui causera des pertes financières estimées à plus de 300 millions de dollars et en fera le plus grand échec commercial de l’histoire vidéoludique.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Le jeu est aujourd’hui encore cité en exemple de go woke, go broke par les zélotes de l’anti-DEI (l’acronyme américain Diversity Equality Inclusion&nbsp;: en bref, les concepts et pratiques promouvant l’amélioration des droits et traitements pour toutes les catégories sociologiques, notamment celles discriminées pour leurs identités, handicaps ou races). Intéressons-nous au rôle prépondérant de ces gourous de l’antiwoke qui monétisent l’outrage culturel sur les réseaux voire organisent les attaques sur les studios.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span></p><h2><span class="s1"><strong>L’économie de l’outrage&nbsp;: comment les influenceurs monétisent les croisades culturelles</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">Selon le baromètre La Croix-Verian de 2025, </span><a href="https://siecledigital.fr/2026/06/17/les-internautes-sinforment-desormais-davantage-sur-les-reseaux-sociaux-que-via-les-medias-traditionnels/"><span class="s1 s2">plus de 40&nbsp;% des Français s’informent désormais régulièrement via des influenceurs</span></a><span class="s1">. C’est plus encore qu’aux US, où un sondage du Pew révèle que c’est le cas pour 37&nbsp;% des moins de 30 ans. Les influenceurs sont désormais des prismes incontournables de lecture du monde, et une étude Stream Charts de 2025 indique que la plateforme Twitch, originellement destinée au gaming, avait vu le visionnage de contenu politique augmenter de 56&nbsp;% en 2025.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Dans la communauté gamer, intrinsèquement plus connectée que d’autres catégories sociales, le rôle des influenceurs est plus puissant encore et nombreux sont ceux qui ont compris que la guerre culturelle était un filon de choix.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Zacharia Hoyt, plus connu sous son nom de scène Asmongold, est un pilier de cette nouvelle croisade&nbsp;: le streamer disposait déjà d’une large audience avant son «&nbsp;pivot&nbsp;politique&nbsp;». Incontournable de la scène World of Warcraft, en 2025 ses chaînes accumulent 2.5 milliards de vues et totalisent près de 8 millions d’abonnés. Surnommé «&nbsp;Roach King&nbsp;» à cause de son manque d’hygiène, le roi des cafards a vite compris l’intérêt business des tensions culturelles&nbsp;: une tirade politique virale génère plus d’interactions en direct, peut se convertir en clip sur Youtube, être repostée sur d’autres chaînes et les réseaux pour générer des discussions via d’autres streamers, être un point d’entrée vers la presse classique dans un article… Le contenu gaming reste dans le cercle gaming. Le contenu politique, lui, se libère de cette bulle cognitive. Dans ce registre politique, les contenus d’outrage culturel restent les plus performants. Prenons pour exemple ces quatre vidéos aux titres évocateurs, qui réalisent les plus fortes audiences sur la chaîne de Hoyt&nbsp;avec 10 millions de vues cumulées : «&nbsp;Comment le DEI ruine les jeux&nbsp;» «&nbsp;Pourquoi le mouvement LGBT est en échec&nbsp;» «&nbsp;c’est terminé pour les jeux wokes&nbsp;», «&nbsp;qui a tué la masculinité dans le gaming&nbsp;?&nbsp;».</span></p><p class="p1"><span class="s1">Ce constat joue également à l’inverse du spectre politique, en témoigne la très forte polémique autour de la sortie du jeu Hogwarth’s Legacy, basé sur l’univers d’Harry Potter. C’est la position transphobe attribuée à l’auteure JK Rowling qui est à l’origine de cette campagne de dénigrement et aux appels aux boycotts, qui a refroidi nombre de sponsors. Ainsi le streamer marxiste turco-américain Hasan Piker, qui totalise plus de 5 millions d’abonnés, a-t-il déclaré «&nbsp;la seule raison pour laquelle moi et d’autres influenceurs ne joueront pas à Hogwarth, c’est que nous savons que ça ne vaut pas le coup d’être harcelés sans fin et accusés d’être transphobes alors que nous avons des audiences queer massives&nbsp;». La cancel culture est une arme à double tranchant.</span></p><p class="p1"><span class="s1">D’ailleurs, à l’autre bout du monde, c’est une arme que l’industrie asiatique a appris à exploiter comme à craindre.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span></p><h2><span class="s1"><strong>L’Asie sur le piédestal des antiwokes&nbsp;: une opportunité économique</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">Alors que la Chine, Japon et Corée du Sud occupent respectivement la 1ère, 3<sup>e</sup> et 4<sup>e</sup> places mondiales en revenus vidéoludiques (53, 17.5 et 7.8 milliards de dollars en 2025), les studios asiatiques ont longtemps peiné à percer en Occident. De multiples causes ont été étudiées&nbsp;: barrières culturelles des langues, des mythes et de l’humour qui peinaient à passer le mur de la traduction, stratégies marketing incompatibles… Cette situation change rapidement depuis quelques années et les </span><a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/wokisme-et-education-nationale-silence-dans-les-rangs/"><span class="s1 s2">tensions culturelles occidentales</span></a><span class="s1"> ne sont pas pour rien dans cette dynamique. Le journalisme d’industrie a ainsi encensé plusieurs œuvres asiatiques récentes tekl que Back Myth&nbsp;: Wukong (Chine) ou Stellar Blade (Corée), des succès que certains activistes ont rapidement revendiqués comme la conséquence de leurs postures idéologiques. En effet, Black Myth, une œuvre qui exalte la culture chinoise en rejouant le mythe de Sun Wukong, figure mythologique la plus connue et populaire de Chine, avait fait polémique après l’envoi par le studio Game Science d’un ensemble de règles aux différents journalistes et influenceurs chargés de tester le jeu. Ces règles incluaient notamment «&nbsp;ne pas inclure de politiques et de propagande féministe dans vos vidéos&nbsp;». Si ces directives ont pu faire scandale et déclencher une campagne de boycott peu suivie, le jeu connaît cependant un succès immense en occident, permettant à des journalistes orientés comme Douglas Blair de titrer « l’apolitique Black Myth vend 10 millions de copies en trois jours quand les jeux inclusifs Dustborn et Concord font flop&nbsp;».</span></p><p class="p1"><span class="s1">Quant à Stellar Blade, son personnage principal Eve, au design particulièrement suggestif, a été modelée sur un scan corporel de la mannequin coréenne Shin Jae-eun, conduisant certains activistes à l’ériger comme le modèle d’un refus de la&nbsp;«&nbsp;wokisation&nbsp;» occidentale qui passerait par l’effacement de l’érotisme. Ainsi le critique écossais Will Jordan écrivait-il dans son réquisitoire à ses 2,5 millions d’abonnés&nbsp;: «&nbsp;violent et sexy, c’est le genre de jeu qui enragent les gauchistes&nbsp;», là où la rédaction d’IGN France s’insurgeait devant «&nbsp;une poupée sexuelle désignée par des créateurs qui n’ont jamais vu une femme&nbsp;», conduisant la branche centrale d’IGN à publier une lettre d’excuse au studio. L’œuvre elle-même a généré 100 millions de dollars et vendu 6 millions de copies. </span><span class="s1 Apple-tab-span"></span><br><span class="s1">Si l’industrie asiatique connaît donc des succès majeurs depuis 2024, Orient comme Occident ont également vite compris que le levier culturel peut devenir un bouclier compétitif.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span></p><h2><span class="s1"><strong>Les limites de la pénétration des marchés : la censure comme bouclier économique</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">La Chine a parfaitement saisi le double intérêt de la censure : derrière des préoccupations de mœurs et d’ordre public, elle déploie une capacité à protéger son marché national des œuvres étrangères. Les éditeurs ne peuvent publier des jeux en Chine qu’après l’obtention d’une licence ISBN auprès de la NRTA, l’administration chinoise pour la télévision et la radio. Dépendante du ministère de la culture, elle vérifie la conformité à certaines règles, comme l’interdiction des thèmes LGBT, toutes formes de sexualisation et toute remise en cause de l’image de la Chine ou de sa politique. C’est ainsi notamment que le jeu de rôle Baldur’s Gate 3 du studio Larian, qui a remporté en 2023 le prix GOTY (plus haute récompense de l’industrie) et a réalisé des ventes estimées à 1,6 milliards de dollars, n’a jamais pu être </span><a href="https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/en-chine-la-censure-se-resserre-pour-les-createurs-de-jeux-video-20210930"><span class="s1 s2">commercialisé en Chine</span></a><span class="s1">, eu égard à la forte présence de thématiques LGBT dans sa narration.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Réciproquement, l’Occident a également développé des défenses légales pouvant servir à des fins économiques contre la pénétration culturelle, dans un paysage où les industries nationales sont largement menacées par le soft power japonais : en France par exemple, le manga représente 50% du marché de la bande dessinée et les produits japonais (anime, manga et jeux) pas loin de 10% du marché du divertissement. Mais alors qu’au Japon, les jeux de ‘VN’, (visual novels, sorte de romans interactifs), représentent un marché de 5 milliards de dollars, ils s’exportent difficilement par leur contenu particulièrement abrasif : violence extrême, mise en scène de détresse psychologique ou suicide voire contenu paraphilique…</span></p><p class="p1"><span class="s1">Cet export s’est donc heurté aux restrictions du marché occidental. Si la plateforme STEAM, principal marché du jeu occidental, compte aujourd’hui plus de 10 000 œuvres de VN, la majorité ne sont vendues que sous des formes censurées voire éviscérées qui s’écoulent peu. Les processeurs de paiement comme Paypal et Mastercard, inquiets de leur réputation, ont d’ailleurs bloqué l’usage de leurs services pour l’achat de ce type de jeux sur les plateformes spécialisées. En réponse, le vice-ministre à la culture Ken Amatsu, lui-même auteur de VN, a condamné “une attaque économique sous couvert de censure” et a milité pour une protection législative des créations. Le METI, ministère de l’industrie, a ainsi proposé en octobre 2025 une loi visant à soutenir l’effort d’exportation culturelle (incluant celles des jeux) et à lutter contre le blocage unilatéral par les processeurs de paiement.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Dans un marché en pleine expansion qui reflète les tensions sociales comme géopolitiques, le leadership du ministre Amatsu est symbolique de l’état de l’industrie&nbsp;: la croisade de créateurs qui exploitent ou subissent tour à tour les outrages d’une audience déchirée entre progressisme, affirmation de valeurs et refus du New Normal. L’héritage du #Gamergate ne s’effacera plus.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span><br>&nbsp;</p><p class="p3"><span class="s1"></span><br>&nbsp;</p><p class="p3"><span class="s1"></span><br>&nbsp;</p><p class="p4"><span class="s1">Ecole de Guerre Economique</span></p>]]></description><content><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">Alors que le gaming s’impose comme une activité grand public, faisant des jeux vidéo un immense levier de soft power, la guerre culturelle occidentale infiltre depuis 12 ans dans une industrie déchirée entre ses besoins créatifs et les attentes des joueurs.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Dans un contexte de forte tension idéologique globale se dessine un champ de bataille où journalistes, influenceurs et studios s’arment de boycotts, harcèlement, review bombing et censure pour tirer profit de ce conflit, pendant que l’Asie exploite cette compétition.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span></p><h2><span class="s1"><strong>Du placard à l’agora, la première industrie culturelle au monde</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">Le poids de l’industrie vidéoludique est aujourd’hui estimé à plus de 250 milliards de dollars, soit plus du double du cinéma. On recense 3,5 milliards de joueurs, dont un Américain sur deux et près de 700 millions de chinois. Le gaming s’impose naturellement comme une activité économique majeure et un puissant vecteur de soft power. Perçue il y a encore deux décennies comme une activité de niche et de nerds, elle s’est désormais imposée dans le quotidien où elle participe à façonner les opinions et les échanges. C’est donc tout naturellement que cette industrie est devenue, à l’instar du cinéma, un terrain d’affrontement pour la guerre culturelle qui s’est imposée dans le discours social et politique depuis plus de dix ans.</span></p><h2><span class="s1"><strong>Anatomie de Gamergate : ground zero de la guerre culturelle vidéoludique</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">On retrouve dans </span><a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/affaires-sensibles-du-mardi-17-decembre-2024-1149848"><span class="s1 s2">l’affaire Gamergate</span></a><span class="s1"> une grande partie des recettes qui prévaudront aux conflits culturels dans cette industrie pour la prochaine décennie&nbsp;: un activisme «&nbsp;antiwoke&nbsp;» particulièrement virulent qui prolifère sur les réseaux et se concrétise par des actions de boycott, harcèlements voire menaces physiques sur les victimes. Il se drape dans une indignation contre les attaques perçues envers l’exception sociologique du «&nbsp;gamer pur&nbsp;»&nbsp;: un consommateur libéré des débats culturels qui ne demande qu’à profiter de son hobby, se retrouvant malgré lui assiégé par des hordes de social justice warriors qui veulent bouleverser son univers (le fameux «&nbsp;we only wanted to play games, but they had to put girls in them&nbsp;» de </span><a href="https://www.bbc.com/news/articles/c75606vd3l6o"><span class="s1 s2">Zach Hoyt</span></a><span class="s1">, devenue une référence de ce mouvement). Il est donc en légitime défense, et cela excuserait tout. </span><span class="s1 Apple-tab-span"></span><br><span class="s1">Résumons l’affaire&nbsp;: début 2013, une développeuse indépendante, Zoe Quinn, publie son jeu Depression Quest, sorte d’autoportrait vidéoludique sur sa gestion d’une vie minée par la dépression. A l’époque, il s’agit d’un échantillon de ce qu’allait devenir l’industrie du jeu&nbsp;: un univers en mutation, qui voit s’accélérer la diversification de ses consommateurs et ses producteurs et dont la nature s’approche désormais du cinéma comme médium de réflexion. Transition illustrée par la Cour Suprême américaine, qui reconnaît depuis 2011 le statut de 10<sup>e</sup> art au jeu. C’est sans surprise que Depression Quest reçoit l’éloge des critiques comme une œuvre de bravoure individuelle. En réaction, une autre population de gamers s’empare du titre pour le démolir, le percevant comme la quintessence de ce mouvement progressiste naissant dans le vidéoludique, prenant la forme d’inclusion LGBT ou de causes féministes intégrées dans le médium par des développeuses queer aux cheveux colorées (devenues une sorte d’épouvantail pour cette audience).</span></p><p class="p1"><span class="s1">En août 2014, ce qui n’aurait été dans d’autres circonstances qu’un scandale insignifiant devient historique&nbsp;: le programmeur et ex-compagnon de Quinn, Eron Gjoni, publie un billet assassin contre elle et l’accuse de l’avoir trompé avec un journaliste de Kotaku, un grand nom de la presse vidéoludique, en échange d’une critique favorable sur Depression Quest. L’accusation s’avérera fausse, l’homme n’ayant jamais publié ladite critique.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Peu importe, une campagne de cyberactivisme s’enclenche, selon une recette devenue cas d’école&nbsp;: les photos intimes de Quinn et ses histoires romantiques sont déterrées, affichées sur le réseau 4chan. Des mails de menaces de mort et de viol sont envoyés. Les 4channers débattent de la valeur politique ou non de conduire Quinn au suicide. Le mouvement se propage sous le #GamerGate et étend ses cibles&nbsp;: la critique féministe Anita Sarkeesian, qui a pris la défense de Quinn, puis la développeuse Brianna Wu, qui avait tourné le mouvement en ridicule&nbsp;: «&nbsp;ils sont terrifiés par un futur où les femmes seraient 8&nbsp;% des développeurs et non&nbsp;3%&nbsp;».</span></p><p class="p1"><span class="s1">L’adresse de Wu est divulguée en ligne, les menaces s’accumulent&nbsp;: elle est contrainte de fuir son domicile. En parallèle du sujet politique, Gamergate a ses premiers impacts économiques&nbsp;: des milliers d’emails sont envoyés vers la presse et l’industrie vidéoludique, exigeant de lutter contre l’arrivée du wokisme dans le médium sous peine de boycott. Alors que le site de presse Gamasutra publie un article lapidaire contre le mouvement Gamergate, Intel cesse sa publicité sur le site, bien que démentant tout causalité. Un géant qui pèse 150 milliards plie le genou devant quelques milliers d’activistes. La recette fera date&nbsp;: le temps efface le #Gamergate, pas son héritage.</span></p><h2><span class="s1"></span><span class="s1"><strong>Les outils de la lutte&nbsp;: pétitions, boycott, harcèlement et review bombing</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">La logique d’une masse numérique qui écrase des individus isolés comme Zoe Quinn ou Brianna Wu est parfaitement intelligible. Il est intéressant d’en comparer l’effet cette fois sur des géants de l’industrie. Le cas d’Assassin's Creed&nbsp;: Shadows est révélateur de la capacité d’un acteur à encaisser ce type d’attaque économique et informationnelle.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Sorti en mars 2025 après des retards conséquents, le dernier opus de la très célèbre franchise canadienne, jusqu’alors mettant en scène des personnages peu polarisants (des assassins italiens, un viking ou un spartiate…), se tient cette fois où Japon et donne l’occasion d’incarner une femme shinobi et un samouraï nord-africain. L’existence historique de cette figure est scientifiquement inattaquable&nbsp;: Yasuke, originaire du Mozambique, était un esclave jésuite arrivé au Japon en 1579. Il sera recruté au service du ministre Nobunaga. Son existence est attestée par plusieurs écrits de la période. Peu importe, la réaction des fans de la franchise a été d’une grande brutalité.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Accusé de promouvoir un agenda woke en n’offrant, pour une campagne au Japon, pour tout héros qu’un homme noir ou une femme, le jeu est ciblé par une pétition de 84 000 signatures qui demandent sa révision. L’universitaire britannique Thomas Lockley, principal historien occidental ayant étudié l’histoire de Yasuke, est victime d’une campagne de harcèlement qui le conduit a fermé ses réseaux sociaux. Sachi Schmidt-Hori, professeure de littérature japonaise et consultante culturelle auprès du studio, s’attire également les foudres de l’audience, qui pointe du doigt ses études sur le rôle politique de l’homosexualité dans le Japon du XVIIe comme un exemple de «&nbsp;</span><a href="https://www.novethic.fr/economie-et-social/transformation-de-leconomie/chute-en-bourse-report-de-jeux-anti-wokisme-la-descente-aux-enfers-dubisoft"><span class="s1 s2">l’agenda woke&nbsp;» d’Ubisoft</span></a><span class="s1">, qui aurait sciemment recruté une activiste.</span></p><p class="p1"><span class="s1">L’impact sur les salariés est tel que le Comité Social et Économique de l’entreprise a été amené à proposer un </span><a href="https://lincorrect.org/wokes-creed-quand-ubisoft-reeduque-ses-employes-lincorrect/"><span class="s1 s2">plan anti-harcèlement</span></a><span class="s1">, incluant une surveillance numérique permanente pour détecter les attaques personnelles ainsi qu’un soutien psychologique et juridique pour les employés ciblés, qui sont encourager à ne pas mentionner sur leurs réseaux qu’ils appartiennent au réputé studio canadien. L’enjeu est grand pour la compagnie qui encaisse les revers depuis plusieurs années. En dépit de ces attaques, le jeu sera l’un des plus gros lancements de la franchise avec 230 millions de copie vendues. Il génère cependant des bénéfices décevants, avec un chiffre estimé à 180 millions pour un coût de développement de 100 millions. C’est notamment au Japon qu’il fait ses plus mauvais chiffres avant des ventes inférieures à 20 000 copies, le public japonais lui reprochant une réécriture de l’histoire du pays et une appropriation culturelle irrespectueuse. L’œuvre aura malgré tout plutôt bien encaissé les attaques, sans sous-estimer l’impact économique et managérial de la gestion de l’affaire&nbsp;: des mois de retard et beaucoup de ressources perdues dans la protection des employés et le traitement des affaires juridiques.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Le même constat peut être fait pour Last of Us 2. Le successeur du grand succès post-apocalyptique, qui suit un père et sa fille adoptive dans un monde ravagé par une épidémie, fait l’objet d’une campagne offensive après qu’un employé ait fait fuiter sur le net le casting de la suite. Les deux principales héroïnes sont une survivante homosexuelle et une militaire androgyne. On y retrouve également un personnage transgenre et plusieurs afro-américains. Au-delà des classiques campagnes de harcèlement (Laura Bailey, l’actrice qui prête sa voix à l’héroïne homosexuelle, publie sur twitter des dizaines de courriers de menaces de morts reçus par elle et ses proches) et de boycott, </span><a href="https://www.jeuxonline.info/societe/Naughty_Dog"><span class="s1 s2">le studio Naughty Dog</span></a><span class="s1"> apporte un bon exemple de l’usage du </span><a href="https://24pm.com/lexique/e-commerce/review-bombing"><span class="s1 s2">review bombing</span></a><span class="s1"> comme attaque économique. </span><span class="s1 Apple-tab-span"></span><br><span class="s1">Cette pratique, qui consiste à laisser en masse et de manière coordonnée des scores désastreux à une œuvre sur les plateformes de critiques comme Steam ou Metacritic afin d’impacter les ventes, aura ciblé Last of Us de manière inédite. Alors que l’œuvre reçoit un score Metacritic de 94/100 après 110 évaluations de la presse spécialisée, elle reçoit paradoxalement un score utilisateur de 4,8/10 après 100 000 évaluations de joueurs, placées quelques heures après sa sortie. Par comparaison, le Western à succès Red Dead Redemption, vendu à 82 millions de copies, a reçu seulement 11 000 critiques après 2 ans sur le marché. Une opération claire de review bombing qui conduit le directeur du studio, Neil Druckmann, à ironiser&nbsp;: «&nbsp;on a reçu en quelques heures plus du double des évaluations écrites en 7 ans sur le premier opus, quel succès&nbsp;!&nbsp;».</span></p><p class="p1"><span class="s1">Une attaque économique et informationnelle qui n’épargnera d’ailleurs pas son adaptation télévisée, dont la saison 2 sortie en 2025 reçoit cette fois une critique presse de 95/100 et un désastreux score audience de 47 sur la célèbre </span><a href="https://www.journaldugeek.com/2023/09/07/sur-rotten-tomatoes-des-notes-truquees-et-des-critiques-remunerees/"><span class="s1 s2">plateforme américaine Rotten Tomatoes</span></a><span class="s1">.</span></p><p class="p1"><span class="s1">En dépit des attaques, le second opus se vend à 4 millions de copie au lancement et reste un succès retentissant avec 15 millions d’exemplaires vendus. Après ces deux exemples, on peut se demander si la formule Gamergate ne serait finalement pas un outil limité face aux géants de l’industrie&nbsp;?&nbsp; Pour les franchises établies, sans doute. Pour les nouveaux venus sur le marché, le danger est incomparable&nbsp;: nombreux sont les studios qui n’ont pas survécu à ces attaques.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span></p><h2><span class="s1"><strong>Go woke, go broke&nbsp;: quand le D.E.I fait de Concord un antéchrist</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">Concord est le cas d’école de ce que peut coûter </span><a href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/ege_vigilance_wokisme_2206.pdf"><span class="s1 s2">l’étiquette woke</span></a><span class="s1"> dans une industrie déchirée entre progressistes et réactionnaires. L’œuvre de Firewalk Studio, sortie en 2024, était censée permettre à Sony de construire ex-nihilo une nouvelle franchise capable de jouer des coudes avec les géants des jeux de tir compétitifs comme Overwatch, Valorant ou Fortnite (ce dernier revendique des bénéfices estimés à 43 milliards de dollar depuis 2018).</span></p><p class="p1"><span class="s1">Dès les premières minutes de son introduction globale, Concord s’attire les foudres de l’audience antiwoke&nbsp;: casting de héros multicolores, forte représentation raciale, personnages non-genrés dont les pronoms s’affichent jusque dans le menu de sélection… Le jeu est immédiatement victime d’attaques en masse qui harcèlent le studio et son consultant Sweet Baby Inc. On retrouve une nouvelle fois à la manœuvre des influenceurs souvent issus des communautés alt-right, comme le canadien Milan d’</span><a href="https://www.youtube.com/@EndymionTv"><span class="s1 s2">EndymionTV</span></a><span class="s1"> qui annonçait à ses 400 000 abonnés «&nbsp;un désastre à venir pour une œuvre de cultistes woke&nbsp;». Une publicité toxique massive qui a des effets immédiats&nbsp;: après 8 ans de développement et en dépit d’un budget de 200 millions de dollars et d’une équipe formée de vétérans de l’industrie, Concord explose en vol en moins de 15 jours. Avec un pic de 700 joueurs simultanés dans le monde et moins de 25 000 copies vendues, Concord est euthanasié par Sony le 6 septembre 2024 et </span><a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2024/10/30/jeu-video-sony-ferme-firewalk-le-studio-a-l-origine-de-l-echec-commercial-concord_6366919_4408996.html"><span class="s1 s2">Firewalk Studio est fermé un mois plus tard</span></a><span class="s1">. Un désastre qui causera des pertes financières estimées à plus de 300 millions de dollars et en fera le plus grand échec commercial de l’histoire vidéoludique.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Le jeu est aujourd’hui encore cité en exemple de go woke, go broke par les zélotes de l’anti-DEI (l’acronyme américain Diversity Equality Inclusion&nbsp;: en bref, les concepts et pratiques promouvant l’amélioration des droits et traitements pour toutes les catégories sociologiques, notamment celles discriminées pour leurs identités, handicaps ou races). Intéressons-nous au rôle prépondérant de ces gourous de l’antiwoke qui monétisent l’outrage culturel sur les réseaux voire organisent les attaques sur les studios.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span></p><h2><span class="s1"><strong>L’économie de l’outrage&nbsp;: comment les influenceurs monétisent les croisades culturelles</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">Selon le baromètre La Croix-Verian de 2025, </span><a href="https://siecledigital.fr/2026/06/17/les-internautes-sinforment-desormais-davantage-sur-les-reseaux-sociaux-que-via-les-medias-traditionnels/"><span class="s1 s2">plus de 40&nbsp;% des Français s’informent désormais régulièrement via des influenceurs</span></a><span class="s1">. C’est plus encore qu’aux US, où un sondage du Pew révèle que c’est le cas pour 37&nbsp;% des moins de 30 ans. Les influenceurs sont désormais des prismes incontournables de lecture du monde, et une étude Stream Charts de 2025 indique que la plateforme Twitch, originellement destinée au gaming, avait vu le visionnage de contenu politique augmenter de 56&nbsp;% en 2025.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Dans la communauté gamer, intrinsèquement plus connectée que d’autres catégories sociales, le rôle des influenceurs est plus puissant encore et nombreux sont ceux qui ont compris que la guerre culturelle était un filon de choix.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Zacharia Hoyt, plus connu sous son nom de scène Asmongold, est un pilier de cette nouvelle croisade&nbsp;: le streamer disposait déjà d’une large audience avant son «&nbsp;pivot&nbsp;politique&nbsp;». Incontournable de la scène World of Warcraft, en 2025 ses chaînes accumulent 2.5 milliards de vues et totalisent près de 8 millions d’abonnés. Surnommé «&nbsp;Roach King&nbsp;» à cause de son manque d’hygiène, le roi des cafards a vite compris l’intérêt business des tensions culturelles&nbsp;: une tirade politique virale génère plus d’interactions en direct, peut se convertir en clip sur Youtube, être repostée sur d’autres chaînes et les réseaux pour générer des discussions via d’autres streamers, être un point d’entrée vers la presse classique dans un article… Le contenu gaming reste dans le cercle gaming. Le contenu politique, lui, se libère de cette bulle cognitive. Dans ce registre politique, les contenus d’outrage culturel restent les plus performants. Prenons pour exemple ces quatre vidéos aux titres évocateurs, qui réalisent les plus fortes audiences sur la chaîne de Hoyt&nbsp;avec 10 millions de vues cumulées : «&nbsp;Comment le DEI ruine les jeux&nbsp;» «&nbsp;Pourquoi le mouvement LGBT est en échec&nbsp;» «&nbsp;c’est terminé pour les jeux wokes&nbsp;», «&nbsp;qui a tué la masculinité dans le gaming&nbsp;?&nbsp;».</span></p><p class="p1"><span class="s1">Ce constat joue également à l’inverse du spectre politique, en témoigne la très forte polémique autour de la sortie du jeu Hogwarth’s Legacy, basé sur l’univers d’Harry Potter. C’est la position transphobe attribuée à l’auteure JK Rowling qui est à l’origine de cette campagne de dénigrement et aux appels aux boycotts, qui a refroidi nombre de sponsors. Ainsi le streamer marxiste turco-américain Hasan Piker, qui totalise plus de 5 millions d’abonnés, a-t-il déclaré «&nbsp;la seule raison pour laquelle moi et d’autres influenceurs ne joueront pas à Hogwarth, c’est que nous savons que ça ne vaut pas le coup d’être harcelés sans fin et accusés d’être transphobes alors que nous avons des audiences queer massives&nbsp;». La cancel culture est une arme à double tranchant.</span></p><p class="p1"><span class="s1">D’ailleurs, à l’autre bout du monde, c’est une arme que l’industrie asiatique a appris à exploiter comme à craindre.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span></p><h2><span class="s1"><strong>L’Asie sur le piédestal des antiwokes&nbsp;: une opportunité économique</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">Alors que la Chine, Japon et Corée du Sud occupent respectivement la 1ère, 3<sup>e</sup> et 4<sup>e</sup> places mondiales en revenus vidéoludiques (53, 17.5 et 7.8 milliards de dollars en 2025), les studios asiatiques ont longtemps peiné à percer en Occident. De multiples causes ont été étudiées&nbsp;: barrières culturelles des langues, des mythes et de l’humour qui peinaient à passer le mur de la traduction, stratégies marketing incompatibles… Cette situation change rapidement depuis quelques années et les </span><a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/wokisme-et-education-nationale-silence-dans-les-rangs/"><span class="s1 s2">tensions culturelles occidentales</span></a><span class="s1"> ne sont pas pour rien dans cette dynamique. Le journalisme d’industrie a ainsi encensé plusieurs œuvres asiatiques récentes tekl que Back Myth&nbsp;: Wukong (Chine) ou Stellar Blade (Corée), des succès que certains activistes ont rapidement revendiqués comme la conséquence de leurs postures idéologiques. En effet, Black Myth, une œuvre qui exalte la culture chinoise en rejouant le mythe de Sun Wukong, figure mythologique la plus connue et populaire de Chine, avait fait polémique après l’envoi par le studio Game Science d’un ensemble de règles aux différents journalistes et influenceurs chargés de tester le jeu. Ces règles incluaient notamment «&nbsp;ne pas inclure de politiques et de propagande féministe dans vos vidéos&nbsp;». Si ces directives ont pu faire scandale et déclencher une campagne de boycott peu suivie, le jeu connaît cependant un succès immense en occident, permettant à des journalistes orientés comme Douglas Blair de titrer « l’apolitique Black Myth vend 10 millions de copies en trois jours quand les jeux inclusifs Dustborn et Concord font flop&nbsp;».</span></p><p class="p1"><span class="s1">Quant à Stellar Blade, son personnage principal Eve, au design particulièrement suggestif, a été modelée sur un scan corporel de la mannequin coréenne Shin Jae-eun, conduisant certains activistes à l’ériger comme le modèle d’un refus de la&nbsp;«&nbsp;wokisation&nbsp;» occidentale qui passerait par l’effacement de l’érotisme. Ainsi le critique écossais Will Jordan écrivait-il dans son réquisitoire à ses 2,5 millions d’abonnés&nbsp;: «&nbsp;violent et sexy, c’est le genre de jeu qui enragent les gauchistes&nbsp;», là où la rédaction d’IGN France s’insurgeait devant «&nbsp;une poupée sexuelle désignée par des créateurs qui n’ont jamais vu une femme&nbsp;», conduisant la branche centrale d’IGN à publier une lettre d’excuse au studio. L’œuvre elle-même a généré 100 millions de dollars et vendu 6 millions de copies. </span><span class="s1 Apple-tab-span"></span><br><span class="s1">Si l’industrie asiatique connaît donc des succès majeurs depuis 2024, Orient comme Occident ont également vite compris que le levier culturel peut devenir un bouclier compétitif.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span></p><h2><span class="s1"><strong>Les limites de la pénétration des marchés : la censure comme bouclier économique</strong></span></h2><p class="p1"><span class="s1">La Chine a parfaitement saisi le double intérêt de la censure : derrière des préoccupations de mœurs et d’ordre public, elle déploie une capacité à protéger son marché national des œuvres étrangères. Les éditeurs ne peuvent publier des jeux en Chine qu’après l’obtention d’une licence ISBN auprès de la NRTA, l’administration chinoise pour la télévision et la radio. Dépendante du ministère de la culture, elle vérifie la conformité à certaines règles, comme l’interdiction des thèmes LGBT, toutes formes de sexualisation et toute remise en cause de l’image de la Chine ou de sa politique. C’est ainsi notamment que le jeu de rôle Baldur’s Gate 3 du studio Larian, qui a remporté en 2023 le prix GOTY (plus haute récompense de l’industrie) et a réalisé des ventes estimées à 1,6 milliards de dollars, n’a jamais pu être </span><a href="https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/en-chine-la-censure-se-resserre-pour-les-createurs-de-jeux-video-20210930"><span class="s1 s2">commercialisé en Chine</span></a><span class="s1">, eu égard à la forte présence de thématiques LGBT dans sa narration.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Réciproquement, l’Occident a également développé des défenses légales pouvant servir à des fins économiques contre la pénétration culturelle, dans un paysage où les industries nationales sont largement menacées par le soft power japonais : en France par exemple, le manga représente 50% du marché de la bande dessinée et les produits japonais (anime, manga et jeux) pas loin de 10% du marché du divertissement. Mais alors qu’au Japon, les jeux de ‘VN’, (visual novels, sorte de romans interactifs), représentent un marché de 5 milliards de dollars, ils s’exportent difficilement par leur contenu particulièrement abrasif : violence extrême, mise en scène de détresse psychologique ou suicide voire contenu paraphilique…</span></p><p class="p1"><span class="s1">Cet export s’est donc heurté aux restrictions du marché occidental. Si la plateforme STEAM, principal marché du jeu occidental, compte aujourd’hui plus de 10 000 œuvres de VN, la majorité ne sont vendues que sous des formes censurées voire éviscérées qui s’écoulent peu. Les processeurs de paiement comme Paypal et Mastercard, inquiets de leur réputation, ont d’ailleurs bloqué l’usage de leurs services pour l’achat de ce type de jeux sur les plateformes spécialisées. En réponse, le vice-ministre à la culture Ken Amatsu, lui-même auteur de VN, a condamné “une attaque économique sous couvert de censure” et a milité pour une protection législative des créations. Le METI, ministère de l’industrie, a ainsi proposé en octobre 2025 une loi visant à soutenir l’effort d’exportation culturelle (incluant celles des jeux) et à lutter contre le blocage unilatéral par les processeurs de paiement.</span></p><p class="p1"><span class="s1">Dans un marché en pleine expansion qui reflète les tensions sociales comme géopolitiques, le leadership du ministre Amatsu est symbolique de l’état de l’industrie&nbsp;: la croisade de créateurs qui exploitent ou subissent tour à tour les outrages d’une audience déchirée entre progressisme, affirmation de valeurs et refus du New Normal. L’héritage du #Gamergate ne s’effacera plus.</span></p><p class="p2"><span class="s1"></span><br>&nbsp;</p><p class="p3"><span class="s1"></span><br>&nbsp;</p><p class="p3"><span class="s1"></span><br>&nbsp;</p><p class="p4"><span class="s1">Ecole de Guerre Economique</span></p>]]></content><dc:creator>Malo</dc:creator></item><item><title>Remise des diplômes 2026 : des promotions prêtes à relever les défis de la guerre économique</title><link>https://www.ege.fr/actualites/remise-des-diplomes-2026-des-promotions-pretes-relever-les-defis-de-la-guerre-economique</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/diplomesGALA_2026.jpeg.webp?itok=rcS1tTYo" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/diplomesGALA_2026.jpeg.webp?itok=i4nZG3Co</url><link>https://www.ege.fr/actualites/remise-des-diplomes-2026-des-promotions-pretes-relever-les-defis-de-la-guerre-economique</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/actualites/remise-des-diplomes-2026-des-promotions-pretes-relever-les-defis-de-la-guerre-economique</guid><category>news</category><pubDate>Tue, 07 Jul 2026 18:50:56 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p class="PDq2pG_selectionAnchorContainer" data-start="100" data-end="488"><strong>La cérémonie de remise des diplômes de l’École de Guerre Économique s’est tenue dans le cadre prestigieux de l’École Militaire, réunissant étudiants, auditeurs, enseignants et partenaires de l’établissement. Ce moment solennel a été marqué par l’intervention du parrain des promotions, Gustave Gauquelin, chef du Service de l’Information Stratégique et de la Sécurité Économiques (SISSE) et Christian Harbulot, fondateur de l'EGE, qui participait à sa dernière cérémonie de remise des diplomes.</strong><span class="PDq2pG_selectionAnchor" aria-hidden="true"></span></p><p data-start="490" data-end="1116">Dans son discours, il a dressé un constat lucide de l’environnement stratégique contemporain : les entreprises françaises font aujourd’hui face à des menaces plus nombreuses, plus diffuses et plus complexes qu’auparavant. Au-delà des enjeux de contrôle capitalistique, ces risques concernent désormais la cybersécurité, la réputation, les contentieux extraterritoriaux, la captation de talents ou encore la protection des technologies critiques. Face à cette réalité, il a rappelé que la sécurité économique repose sur une mobilisation collective articulée autour de trois impératifs : <strong data-start="1076" data-end="1115">sensibiliser, détecter et anticiper</strong>.</p><p data-start="1118" data-end="1595">Ce message trouve un écho naturel dans les valeurs portées par l’École de Guerre Économique. Depuis plus de vingt-cinq ans, l’EGE forme des professionnels capables de comprendre les rapports de force économiques, d’identifier les stratégies d’influence et de protéger les actifs stratégiques des organisations. La culture du renseignement, l’analyse des risques, l’anticipation des menaces et la défense des intérêts économiques français constituent le cœur de cette formation.</p><p data-start="1597" data-end="2119">Pour les nouveaux diplômés, l’intervention de Gustave Gauquelin avait valeur d’encouragement autant que de responsabilité. Elle rappelle que les compétences acquises à l’EGE dépassent le cadre de l’entreprise : elles contribuent à la résilience économique nationale. En rejoignant le monde professionnel, ces diplômés deviennent à leur tour des acteurs de cette vigilance collective, capables d’éclairer la décision, de protéger les savoir-faire stratégiques et de participer à la défense des intérêts économiques du pays.</p><p data-start="2121" data-end="2779" data-is-last-node="" data-is-only-node="">La cérémonie a ensuite laissé place au traditionnel Gala de l’Intelligence Économique. Les jeunes diplômés ont ainsi rejoint les quelque 850 participants réunis pour l’occasion : représentants des pouvoirs publics, praticiens de l’intelligence économique, enseignants, étudiants, chercheurs et acteurs de l’écosystème français. Dans l’atmosphère chaleureuse d’une soirée estivale, ce rendez-vous a illustré la vitalité d’une communauté unie par une même conviction : dans un monde de compétition accrue, l’information, l’anticipation et la maîtrise des rapports de force demeurent des atouts essentiels pour préserver notre souveraineté et préparer l’avenir.</p>]]></description><content><![CDATA[<p class="PDq2pG_selectionAnchorContainer" data-start="100" data-end="488"><strong>La cérémonie de remise des diplômes de l’École de Guerre Économique s’est tenue dans le cadre prestigieux de l’École Militaire, réunissant étudiants, auditeurs, enseignants et partenaires de l’établissement. Ce moment solennel a été marqué par l’intervention du parrain des promotions, Gustave Gauquelin, chef du Service de l’Information Stratégique et de la Sécurité Économiques (SISSE) et Christian Harbulot, fondateur de l'EGE, qui participait à sa dernière cérémonie de remise des diplomes.</strong><span class="PDq2pG_selectionAnchor" aria-hidden="true"></span></p><p data-start="490" data-end="1116">Dans son discours, il a dressé un constat lucide de l’environnement stratégique contemporain : les entreprises françaises font aujourd’hui face à des menaces plus nombreuses, plus diffuses et plus complexes qu’auparavant. Au-delà des enjeux de contrôle capitalistique, ces risques concernent désormais la cybersécurité, la réputation, les contentieux extraterritoriaux, la captation de talents ou encore la protection des technologies critiques. Face à cette réalité, il a rappelé que la sécurité économique repose sur une mobilisation collective articulée autour de trois impératifs : <strong data-start="1076" data-end="1115">sensibiliser, détecter et anticiper</strong>.</p><p data-start="1118" data-end="1595">Ce message trouve un écho naturel dans les valeurs portées par l’École de Guerre Économique. Depuis plus de vingt-cinq ans, l’EGE forme des professionnels capables de comprendre les rapports de force économiques, d’identifier les stratégies d’influence et de protéger les actifs stratégiques des organisations. La culture du renseignement, l’analyse des risques, l’anticipation des menaces et la défense des intérêts économiques français constituent le cœur de cette formation.</p><p data-start="1597" data-end="2119">Pour les nouveaux diplômés, l’intervention de Gustave Gauquelin avait valeur d’encouragement autant que de responsabilité. Elle rappelle que les compétences acquises à l’EGE dépassent le cadre de l’entreprise : elles contribuent à la résilience économique nationale. En rejoignant le monde professionnel, ces diplômés deviennent à leur tour des acteurs de cette vigilance collective, capables d’éclairer la décision, de protéger les savoir-faire stratégiques et de participer à la défense des intérêts économiques du pays.</p><p data-start="2121" data-end="2779" data-is-last-node="" data-is-only-node="">La cérémonie a ensuite laissé place au traditionnel Gala de l’Intelligence Économique. Les jeunes diplômés ont ainsi rejoint les quelque 850 participants réunis pour l’occasion : représentants des pouvoirs publics, praticiens de l’intelligence économique, enseignants, étudiants, chercheurs et acteurs de l’écosystème français. Dans l’atmosphère chaleureuse d’une soirée estivale, ce rendez-vous a illustré la vitalité d’une communauté unie par une même conviction : dans un monde de compétition accrue, l’information, l’anticipation et la maîtrise des rapports de force demeurent des atouts essentiels pour préserver notre souveraineté et préparer l’avenir.</p>]]></content><dc:creator>fsimon</dc:creator></item><item><title>La désillusion chinoise d’une conquête du secteur aéronautique mondial</title><link>https://www.ege.fr/infoguerre/la-desillusion-chinoise-dune-conquete-du-secteur-aeronautique-mondial</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/chine_c919.jpg.webp?itok=Mou9KAzJ" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/chine_c919.jpg.webp?itok=ScrQW61n</url><link>https://www.ege.fr/infoguerre/la-desillusion-chinoise-dune-conquete-du-secteur-aeronautique-mondial</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/infoguerre/la-desillusion-chinoise-dune-conquete-du-secteur-aeronautique-mondial</guid><category>articlee</category><pubDate>Tue, 07 Jul 2026 18:36:00 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p><strong>Il devait être la vitrine de la réussite nationale en matière d’aéronautique et bousculer les leaders du secteur. Pourtant, l’avion C919 de COMAC est loin d’avoir les moyens de ses ambitions. En 2025, seuls 15 appareils ont été livrés sur les 75 initialement annoncés. Les retours élogieux de la presse chinoise et les plans politiques de développement au service de cette industrie dénotent avec cet écart de résultats. Tandis que l’absence de COMAC dans les espaces aériens internationaux souligne les limites d’un entrisme offensif dans les organes internationaux de régulation de l’aviation, l’absence d’effet sur les délais de certification hors Chine interroge sur l’efficacité du lobbying chinois en la matière.</strong><br>Le projet de développer un moyen-courrier chinois débute en 2007. Les ambitions sont grandes: «&nbsp;briser le monopole&nbsp;» d’Airbus et Boeing. La Chine se projette aux côtés de l’Europe et des États-Unis comme puissance égale dans le domaine aéronautique.</p><h2>La tentative de réduire une dépendance technologique dans le domaine aéronautique</h2><p>Afin d’y parvenir, les plans quinquennaux successifs depuis le 12ème, n’ont de cesse de qualifier l’aéronautique de «&nbsp;secteur-pilier de la stratégie de puissance manufacturière&nbsp;». Le cadre politique qui permet de justifier les investissements publics et les politiques de substitutions aux importations dans la supply chain. Les engagements budgétaires de l’État chinois vont bien au-delà de la symbolique. Ils sont réels et effectifs. Garantir la souveraineté nationale dans un domaine aussi important est une priorité fièrement affichée. Les bilans de chaque plan présentent les avancées du projet comme un progrès technologique et d’innovation majeur.<br>Il faut néanmoins attendre 2017 pour avoir les premiers vols du C919, et 2022 pour qu’il soit exposé au grand public lors d’un évènement au palais du Peuple à Pékin. Xi Jinping en personne a félicité l’équipe projet. Les médias officiels comme le Global Times et le South China Morning Post saluent cette «&nbsp;étape majeure dans le développement d’une industrie chinoise de construction de gros-porteurs&nbsp;».<br>Cette même fièvre patriotique transparaît lors de la cérémonie de livraison des premiers appareils à la China Eastern Airlines diffusée en direct par les médias d’État depuis l’aéroport international de Shanghai Pudong.<br>Le message est clair. Désormais la Chine construit ses propres aéronefs et bénéficient des infrastructures nécessaires pour leur déploiement domestique et mondial.<br>Toute la mise en scène et la communication contrôlée autour de cet appareil made in China occultent la réalité. Loin de limiter les dépendances de la Chine aux technologies occidentales et aux matières premières, le projet les met en évidence et les exacerbe.<br>Le C919 est équipé d’un moteur LEAP-1. Une technologie maîtrisée par... les Européens et les Américains avec la co-entreprise CFM International. Le cœur de l’appareil est donc d’origine étrangère...<br>De même pour le métal et l’électronique qui proviennent majoritairement de l’importation. Ils sont vulnérables aux évènements géopolitiques et aux différents droits de douane qui peuvent être mis en place. Le jeu de l’export control sur les biens duals entraîne une hausse des coûts exponentielle difficilement soutenable même avec le soutien étatique.<br>Les tensions entre la Chine et les USA ont entraîné des ruptures importantes dans les chaînes d’approvisionnement. Ce qui explique le retard dans la livraison des commandes en plus des difficultés de production pour passer à une échelle industrielle.<br>Et si le C919 a fait sa première démonstration hors de Chine au salon de l’aéronautique à Singapour le 18 février 2024, les premiers vols internes n’ont eu lieu qu’en mai. Le tout, en restant seulement homologué en Chine.</p><h2>Un entrisme dans les instances de régulation internationales à l’efficacité relative</h2><p>À travers le C919, la Chine n’aspire pas seulement à la maîtrise du marché international des moyen-courriers. Plus visionnaire, l’objectif est également d’imposer au monde ses propres normes, édictées par l’Administration de l’Aviation Civile de Chine (CAAC). Pour ce faire, elle procède de manière systématique à une infiltration des instances de gouvernance internationale pour influencer les futures réglementations.<br>Elle est ainsi membre de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) créée par la Convention relative à l’aviation civile internationale en 1944. Institution spécialisée et autonome des Nations Unies, elle a pour rôle d’établir le cadre réglementaire mondial de la sécurité de l’aviation civile internationale.<br>D’abord simple pays au sein du Partie II du Conseil, la Chine est inlassablement réélue membre de Partie I du Conseil de l’OACI depuis 2004. Le passage du Partie II du Conseil au Partie I n’est certainement pas anecdotique. Il est capital&nbsp;: les membres du Conseil sont élus de manière à assurer une représentation appropriée des États d’importance majeure en matière aéronautique. La Partie I regroupe les puissances aéronautiques les plus importantes du monde telles que les États-Unis, la France, le Royaume-Unis, l’Allemagne, le Brésil etc.<br>Une reconnaissance complétée par la nomination en 2015 de Liu Fang, ancienne membre de la CAAC, en tant que secrétaire générale de l’OACI. Jusqu’en 2021, fin de ses mandats, Liu Fang a eu tout le temps de mettre en avant la vision chinoise de l’aéronautique et d’imposer ses experts au sein de l’organe des Nations Unies. Une pratique qui bafoue l’interdiction pour les fonctionnaires internationaux de promouvoir ou travailler pour un État. La Chine a ainsi influencé le contenu des standards approuvés par la Commission de Navigation Aérienne (CNA&nbsp;/ ANC), l’organe technique central qui valide les textes avant leur adoption par le Conseil de l’OACI. Une stratégie que l’on retrouve au sein du comité juridique de l’OACI, responsable du droit aérien international.<br>L’activisme de la Chine est également visible dans le Comité de la protection de l’environnement en aviation (CAEP) et le Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation (CORSIA). Une présence qui lui permet diriger les standards environnementaux du secteur vers des objectifs et technologies qu’elle maîtrise davantage que ses concurrents occidentaux. Elle promeut ainsi activement l’hydrogène dans le secteur où elle est en avance sur l’Europe et les USA.<br>Les représentants du Parti communiste Chinois (PCC), conscients des enjeux et des progrès rapides qui peuvent être faits dans la matière, défendent aussi une application différenciée des normes selon les intérêts de chaque État.<br>Si par ces actions la Chine est parvenue à faire du chinois une des langues reconnues comme langue aéronautique internationale, cela ne résout pas son l’absence d’expertise pour la conception certifiée au processus d’industrialisation devant répondre à un carnet de commande ambitieux.<br>Au-delà de la vision à long terme, cette stratégie souligne toutes les difficultés que le C919 rencontre lors des processus d’homologation internationaux puisqu’elle cherche à tout prix à imposer ses propres standards.</p><h2>Une ambition internationale suspendue à des homologations encore incertaines</h2><p>En avril 2026, seuls l’Indonésie, le Vietnam, le Laos et Brunei ont autorisé l’exploitation d’avion chinois. Et uniquement des ARJ21-C909 dont la Lao Airlines a déjà suspendu leurs vols en 2025, peu de temps après leur livraison, pour cause de coût d’entretien trop élevés et un manque de fiabilité.<br>Des signaux peu favorables aux processus d’homologation en cours pour le C919 par l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA) et la Federal Aviation Administration (FAA). Les deux références en termes de certifications des aéronefs qui servent d’indicateurs aux autres instances du secteur pour valider ou non l’exploitation d’un appareil dans l’espace aérien des pays. Une reconnaissance appuyée par des accords bilatéraux de validation mutuelle (BASA) entre ces deux organes.<br>L’homologation par l’EASA et la FAA sont des prérequis pour qui souhaite se développer à l’international. Obtenir l’homologation c’est la garantie de pouvoir se lancer à la conquête des différents marchés nationaux, régionaux et internationaux.<br>L’absence de certification internationale unifiée retarde ses ambitions hégémoniques et pénalise moins ses concurrents bien implantés dans le secteur que la Chine.<br>Dans le même temps, elle est dépendante des délais de contrôle de la part de l’EASA. Le directeur général de l’époque, Florian Guillermet, déclarait en avril 2025 que la certification ne serait pas accordée avant 2028 au plus tôt. Précisant que le processus pourrait prendre entre 3 à 6 supplémentaires depuis cette date.<br>Les volumes de données opérationnelles présenté par les autorités chinoises comme un argument d’autorité avec 4 millions de passagers transportés sur 46 routes depuis son entrée en service commercial ne semblent pas aboutir à une accélération des processus d’évaluation.<br>Faute de pouvoir siéger au sein de l’EASA, la Chine s’adapte. Elle mobilise le groupe d’amitié UE-Chine (GAUEC, l’Association pour l’Amitié sino-européenne (AASE), la China Joint Innovation Commission (EUCNC) ou encore la Europe-China Culture and Economy Commission. Des organisations sino-européennes informelles permettant à la République populaire de Chine de subrepticement influencer les élites politiques européennes. En approchant les bons interlocuteurs, ces derniers se font consciemment ou inconsciemment portes paroles des intérêts chinois. Ils peuvent ainsi remettre en question les délais d’homologation et demander une accélération du processus. Une stratégie dépourvue d’effet à ce jour…<br>L’Europe étant leader du domaine et l’organe de certification indépendant des gouvernements, le lobbying ciblé par pays pour faire rentrer sa marchandise ne fonctionne pas. La Hongrie, «&nbsp;tête de pont de la Chine en Europe&nbsp;» n’est pas utile dans le domaine. Contrairement aux manœuvres faites pour la 5G de Huawei ou l’homologation du vaccin chinois Sinopharm contre la COVID 19, la sécurité des passagers et la réputation de l’agence européenne priment.<br>Face à ces absences de résultats et aux tensions internes pour respecter un calendrier politique planifié, la Chine tente les mesures de rétorsion. Ainsi, technique agressive ou recours désespéré, la RPC est réduite à bloquer depuis 4 mois les livraisons d’Airbus vers son territoire pour faire pression sur les experts de l’EASA… Action dont on cherche toujours les effets...</p><p class="text-align-right"><strong>Hermance Bereta</strong><br><a style="background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;outline:none;text-decoration:none;transition:0.2s;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong>Auditeur de la 49ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p><p><br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Courrier International, « Livraison – Le C919, premier moyen-courrier chinois, pour briser le monopole d'Airbus et Boeing », www.courrierinternational.com/article/livraison-le-c919-premier-moyen-courrier-chinois-pour-briser-le-monopole-d-airbus-et-boeing<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Courrier International, « Aéronautique – Les débuts du premier avion de ligne chinois à l'étranger n'inquiètent pas la concurrence », www.courrierinternational.com/article/aeronautique-les-debuts-du-premier-avion-de-ligne-chinois-a-l-etranger-n-inquietent-pas-la-concurrence<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Center for Security and Emerging Technology (CSET), China's 14th Five-Year Plan, Georgetown University, cset.georgetown.edu/publication/china-14th-five-year-plan/<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Center for Security and Emerging Technology (CSET), National 13th Five-Year Plan for the Development of Strategic Emerging Industries, Georgetown University, cset.georgetown.edu/publication/national-13th-five-year-plan-for-the-development-of-strategic-emerging-industries/<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Xinhua (French), french.xinhuanet.com/20260313/fe91254ceb6f46d992262716594733bf/c.html, 13 mars 2026.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Xinhua (French), french.xinhuanet.com/20251028/3efbb0710cf3400aa6d674ba3b783f7f/c.html, 28 octobre 2025.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Reuters, « U.S. suspends sales of some U.S. technologies to China’s airplane maker COMAC », 29 mai 2025, www.reuters.com/sustainability/boards-policy-regulation/us-suspends-sales-some-us-technologies-chinas-airplane-maker-comac-new-york-2025-05-29/.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Reuters, «&nbsp;U.S. lifts licence suspensions for GE jet engines for China’s COMAC&nbsp;», 3 juillet 2025, www.reuters.com/business/aerospace-defense/us-lifts-license-suspensions-ge-jet-engines-chinas-comac-2025-07-03/.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Paul Charon, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Les opérations d'influences chinoises – Un moment machiavélien.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Organisation de l'aviation civile internationale (OACI/ICAO), www.icao.int/fr.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Planespotters.net, COMAC ARJ21 – Production list, www.planespotters.net/aircraft/production/comac-arj21.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; AirDataNews, « Brunei Allows Chinese-Built Aircraft », www.airdatanews.com/brunei-allows-chinese-built-aircraft/.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; VietJet Air, « VietJet and SPDB Financial Leasing sign agreement for finance lease of 10 COMAC aircraft », www.vietjetair.com/en/news/news-1697697232035/vietjet-and-spdb-financial-leasing-sign-agreement-for-finance-lease-of-10-comac-aircraft-1776394350003.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Usine Nouvelle, « Le C919 de Comac ne sera pas certifié en Europe avant 3 à 6 ans selon le directeur de l'AESA », www.usinenouvelle.com/article/le-c919-de-comac-ne-sera-pas-certifie-en-europe-avant-3-a-6-ans-selon-le-directeur-de-l-aesa.N2231172.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA/EASA), www.easa.europa.eu/en/home.</p>]]></description><content><![CDATA[<p><strong>Il devait être la vitrine de la réussite nationale en matière d’aéronautique et bousculer les leaders du secteur. Pourtant, l’avion C919 de COMAC est loin d’avoir les moyens de ses ambitions. En 2025, seuls 15 appareils ont été livrés sur les 75 initialement annoncés. Les retours élogieux de la presse chinoise et les plans politiques de développement au service de cette industrie dénotent avec cet écart de résultats. Tandis que l’absence de COMAC dans les espaces aériens internationaux souligne les limites d’un entrisme offensif dans les organes internationaux de régulation de l’aviation, l’absence d’effet sur les délais de certification hors Chine interroge sur l’efficacité du lobbying chinois en la matière.</strong><br>Le projet de développer un moyen-courrier chinois débute en 2007. Les ambitions sont grandes: «&nbsp;briser le monopole&nbsp;» d’Airbus et Boeing. La Chine se projette aux côtés de l’Europe et des États-Unis comme puissance égale dans le domaine aéronautique.</p><h2>La tentative de réduire une dépendance technologique dans le domaine aéronautique</h2><p>Afin d’y parvenir, les plans quinquennaux successifs depuis le 12ème, n’ont de cesse de qualifier l’aéronautique de «&nbsp;secteur-pilier de la stratégie de puissance manufacturière&nbsp;». Le cadre politique qui permet de justifier les investissements publics et les politiques de substitutions aux importations dans la supply chain. Les engagements budgétaires de l’État chinois vont bien au-delà de la symbolique. Ils sont réels et effectifs. Garantir la souveraineté nationale dans un domaine aussi important est une priorité fièrement affichée. Les bilans de chaque plan présentent les avancées du projet comme un progrès technologique et d’innovation majeur.<br>Il faut néanmoins attendre 2017 pour avoir les premiers vols du C919, et 2022 pour qu’il soit exposé au grand public lors d’un évènement au palais du Peuple à Pékin. Xi Jinping en personne a félicité l’équipe projet. Les médias officiels comme le Global Times et le South China Morning Post saluent cette «&nbsp;étape majeure dans le développement d’une industrie chinoise de construction de gros-porteurs&nbsp;».<br>Cette même fièvre patriotique transparaît lors de la cérémonie de livraison des premiers appareils à la China Eastern Airlines diffusée en direct par les médias d’État depuis l’aéroport international de Shanghai Pudong.<br>Le message est clair. Désormais la Chine construit ses propres aéronefs et bénéficient des infrastructures nécessaires pour leur déploiement domestique et mondial.<br>Toute la mise en scène et la communication contrôlée autour de cet appareil made in China occultent la réalité. Loin de limiter les dépendances de la Chine aux technologies occidentales et aux matières premières, le projet les met en évidence et les exacerbe.<br>Le C919 est équipé d’un moteur LEAP-1. Une technologie maîtrisée par... les Européens et les Américains avec la co-entreprise CFM International. Le cœur de l’appareil est donc d’origine étrangère...<br>De même pour le métal et l’électronique qui proviennent majoritairement de l’importation. Ils sont vulnérables aux évènements géopolitiques et aux différents droits de douane qui peuvent être mis en place. Le jeu de l’export control sur les biens duals entraîne une hausse des coûts exponentielle difficilement soutenable même avec le soutien étatique.<br>Les tensions entre la Chine et les USA ont entraîné des ruptures importantes dans les chaînes d’approvisionnement. Ce qui explique le retard dans la livraison des commandes en plus des difficultés de production pour passer à une échelle industrielle.<br>Et si le C919 a fait sa première démonstration hors de Chine au salon de l’aéronautique à Singapour le 18 février 2024, les premiers vols internes n’ont eu lieu qu’en mai. Le tout, en restant seulement homologué en Chine.</p><h2>Un entrisme dans les instances de régulation internationales à l’efficacité relative</h2><p>À travers le C919, la Chine n’aspire pas seulement à la maîtrise du marché international des moyen-courriers. Plus visionnaire, l’objectif est également d’imposer au monde ses propres normes, édictées par l’Administration de l’Aviation Civile de Chine (CAAC). Pour ce faire, elle procède de manière systématique à une infiltration des instances de gouvernance internationale pour influencer les futures réglementations.<br>Elle est ainsi membre de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) créée par la Convention relative à l’aviation civile internationale en 1944. Institution spécialisée et autonome des Nations Unies, elle a pour rôle d’établir le cadre réglementaire mondial de la sécurité de l’aviation civile internationale.<br>D’abord simple pays au sein du Partie II du Conseil, la Chine est inlassablement réélue membre de Partie I du Conseil de l’OACI depuis 2004. Le passage du Partie II du Conseil au Partie I n’est certainement pas anecdotique. Il est capital&nbsp;: les membres du Conseil sont élus de manière à assurer une représentation appropriée des États d’importance majeure en matière aéronautique. La Partie I regroupe les puissances aéronautiques les plus importantes du monde telles que les États-Unis, la France, le Royaume-Unis, l’Allemagne, le Brésil etc.<br>Une reconnaissance complétée par la nomination en 2015 de Liu Fang, ancienne membre de la CAAC, en tant que secrétaire générale de l’OACI. Jusqu’en 2021, fin de ses mandats, Liu Fang a eu tout le temps de mettre en avant la vision chinoise de l’aéronautique et d’imposer ses experts au sein de l’organe des Nations Unies. Une pratique qui bafoue l’interdiction pour les fonctionnaires internationaux de promouvoir ou travailler pour un État. La Chine a ainsi influencé le contenu des standards approuvés par la Commission de Navigation Aérienne (CNA&nbsp;/ ANC), l’organe technique central qui valide les textes avant leur adoption par le Conseil de l’OACI. Une stratégie que l’on retrouve au sein du comité juridique de l’OACI, responsable du droit aérien international.<br>L’activisme de la Chine est également visible dans le Comité de la protection de l’environnement en aviation (CAEP) et le Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation (CORSIA). Une présence qui lui permet diriger les standards environnementaux du secteur vers des objectifs et technologies qu’elle maîtrise davantage que ses concurrents occidentaux. Elle promeut ainsi activement l’hydrogène dans le secteur où elle est en avance sur l’Europe et les USA.<br>Les représentants du Parti communiste Chinois (PCC), conscients des enjeux et des progrès rapides qui peuvent être faits dans la matière, défendent aussi une application différenciée des normes selon les intérêts de chaque État.<br>Si par ces actions la Chine est parvenue à faire du chinois une des langues reconnues comme langue aéronautique internationale, cela ne résout pas son l’absence d’expertise pour la conception certifiée au processus d’industrialisation devant répondre à un carnet de commande ambitieux.<br>Au-delà de la vision à long terme, cette stratégie souligne toutes les difficultés que le C919 rencontre lors des processus d’homologation internationaux puisqu’elle cherche à tout prix à imposer ses propres standards.</p><h2>Une ambition internationale suspendue à des homologations encore incertaines</h2><p>En avril 2026, seuls l’Indonésie, le Vietnam, le Laos et Brunei ont autorisé l’exploitation d’avion chinois. Et uniquement des ARJ21-C909 dont la Lao Airlines a déjà suspendu leurs vols en 2025, peu de temps après leur livraison, pour cause de coût d’entretien trop élevés et un manque de fiabilité.<br>Des signaux peu favorables aux processus d’homologation en cours pour le C919 par l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA) et la Federal Aviation Administration (FAA). Les deux références en termes de certifications des aéronefs qui servent d’indicateurs aux autres instances du secteur pour valider ou non l’exploitation d’un appareil dans l’espace aérien des pays. Une reconnaissance appuyée par des accords bilatéraux de validation mutuelle (BASA) entre ces deux organes.<br>L’homologation par l’EASA et la FAA sont des prérequis pour qui souhaite se développer à l’international. Obtenir l’homologation c’est la garantie de pouvoir se lancer à la conquête des différents marchés nationaux, régionaux et internationaux.<br>L’absence de certification internationale unifiée retarde ses ambitions hégémoniques et pénalise moins ses concurrents bien implantés dans le secteur que la Chine.<br>Dans le même temps, elle est dépendante des délais de contrôle de la part de l’EASA. Le directeur général de l’époque, Florian Guillermet, déclarait en avril 2025 que la certification ne serait pas accordée avant 2028 au plus tôt. Précisant que le processus pourrait prendre entre 3 à 6 supplémentaires depuis cette date.<br>Les volumes de données opérationnelles présenté par les autorités chinoises comme un argument d’autorité avec 4 millions de passagers transportés sur 46 routes depuis son entrée en service commercial ne semblent pas aboutir à une accélération des processus d’évaluation.<br>Faute de pouvoir siéger au sein de l’EASA, la Chine s’adapte. Elle mobilise le groupe d’amitié UE-Chine (GAUEC, l’Association pour l’Amitié sino-européenne (AASE), la China Joint Innovation Commission (EUCNC) ou encore la Europe-China Culture and Economy Commission. Des organisations sino-européennes informelles permettant à la République populaire de Chine de subrepticement influencer les élites politiques européennes. En approchant les bons interlocuteurs, ces derniers se font consciemment ou inconsciemment portes paroles des intérêts chinois. Ils peuvent ainsi remettre en question les délais d’homologation et demander une accélération du processus. Une stratégie dépourvue d’effet à ce jour…<br>L’Europe étant leader du domaine et l’organe de certification indépendant des gouvernements, le lobbying ciblé par pays pour faire rentrer sa marchandise ne fonctionne pas. La Hongrie, «&nbsp;tête de pont de la Chine en Europe&nbsp;» n’est pas utile dans le domaine. Contrairement aux manœuvres faites pour la 5G de Huawei ou l’homologation du vaccin chinois Sinopharm contre la COVID 19, la sécurité des passagers et la réputation de l’agence européenne priment.<br>Face à ces absences de résultats et aux tensions internes pour respecter un calendrier politique planifié, la Chine tente les mesures de rétorsion. Ainsi, technique agressive ou recours désespéré, la RPC est réduite à bloquer depuis 4 mois les livraisons d’Airbus vers son territoire pour faire pression sur les experts de l’EASA… Action dont on cherche toujours les effets...</p><p class="text-align-right"><strong>Hermance Bereta</strong><br><a style="background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;outline:none;text-decoration:none;transition:0.2s;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong>Auditeur de la 49ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p><p><br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Courrier International, « Livraison – Le C919, premier moyen-courrier chinois, pour briser le monopole d'Airbus et Boeing », www.courrierinternational.com/article/livraison-le-c919-premier-moyen-courrier-chinois-pour-briser-le-monopole-d-airbus-et-boeing<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Courrier International, « Aéronautique – Les débuts du premier avion de ligne chinois à l'étranger n'inquiètent pas la concurrence », www.courrierinternational.com/article/aeronautique-les-debuts-du-premier-avion-de-ligne-chinois-a-l-etranger-n-inquietent-pas-la-concurrence<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Center for Security and Emerging Technology (CSET), China's 14th Five-Year Plan, Georgetown University, cset.georgetown.edu/publication/china-14th-five-year-plan/<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Center for Security and Emerging Technology (CSET), National 13th Five-Year Plan for the Development of Strategic Emerging Industries, Georgetown University, cset.georgetown.edu/publication/national-13th-five-year-plan-for-the-development-of-strategic-emerging-industries/<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Xinhua (French), french.xinhuanet.com/20260313/fe91254ceb6f46d992262716594733bf/c.html, 13 mars 2026.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Xinhua (French), french.xinhuanet.com/20251028/3efbb0710cf3400aa6d674ba3b783f7f/c.html, 28 octobre 2025.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Reuters, « U.S. suspends sales of some U.S. technologies to China’s airplane maker COMAC », 29 mai 2025, www.reuters.com/sustainability/boards-policy-regulation/us-suspends-sales-some-us-technologies-chinas-airplane-maker-comac-new-york-2025-05-29/.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Reuters, «&nbsp;U.S. lifts licence suspensions for GE jet engines for China’s COMAC&nbsp;», 3 juillet 2025, www.reuters.com/business/aerospace-defense/us-lifts-license-suspensions-ge-jet-engines-chinas-comac-2025-07-03/.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Paul Charon, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Les opérations d'influences chinoises – Un moment machiavélien.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Organisation de l'aviation civile internationale (OACI/ICAO), www.icao.int/fr.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Planespotters.net, COMAC ARJ21 – Production list, www.planespotters.net/aircraft/production/comac-arj21.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; AirDataNews, « Brunei Allows Chinese-Built Aircraft », www.airdatanews.com/brunei-allows-chinese-built-aircraft/.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; VietJet Air, « VietJet and SPDB Financial Leasing sign agreement for finance lease of 10 COMAC aircraft », www.vietjetair.com/en/news/news-1697697232035/vietjet-and-spdb-financial-leasing-sign-agreement-for-finance-lease-of-10-comac-aircraft-1776394350003.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Usine Nouvelle, « Le C919 de Comac ne sera pas certifié en Europe avant 3 à 6 ans selon le directeur de l'AESA », www.usinenouvelle.com/article/le-c919-de-comac-ne-sera-pas-certifie-en-europe-avant-3-a-6-ans-selon-le-directeur-de-l-aesa.N2231172.<br>&nbsp; &nbsp;• &nbsp; Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA/EASA), www.easa.europa.eu/en/home.</p>]]></content><dc:creator>fsimon</dc:creator></item><item><title>Comment le renseignement russe a testé le piratage cyber dans le sport</title><link>https://www.ege.fr/infoguerre/comment-le-renseignement-russe-teste-le-piratage-cyber-dans-le-sport</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/piratage_cyber_sport1.jpg.webp?itok=mIdTdDRa" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/piratage_cyber_sport1.jpg.webp?itok=sfGzWKla</url><link>https://www.ege.fr/infoguerre/comment-le-renseignement-russe-teste-le-piratage-cyber-dans-le-sport</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/infoguerre/comment-le-renseignement-russe-teste-le-piratage-cyber-dans-le-sport</guid><category>articlee</category><pubDate>Tue, 07 Jul 2026 18:22:04 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p><strong>9 février 2018, 20 heures. À la seconde où s'ouvre la cérémonie des Jeux de Pyeongchang, devant près de 4 milliards de personnes, l'infrastructure numérique de l'événement s'effondre. Le maliciel responsable ne vole rien et ne rançonne rien. Sa cible n'est pas le serveur, mais la perception : humilier l'hôte, et brouiller l'enquête sur son auteur. Derrière « Olympic Destroyer », une opération de guerre de l'information signée du renseignement militaire russe. Décryptage.</strong></p><h2>Un sabotage minuté</h2><p>Sang-jin Oh, directeur technique des Jeux, ne voit rien de la cérémonie. Au lancement des feux d'artifice, il regarde l'informatique de l'événement s'éteindre.<br>Le bilan est net. Le Wi-Fi des journalistes tombe. Les écrans de 12 sites olympiques deviennent noirs. Les portiques d'accès à badge se bloquent. L'application officielle ne répond plus, et la billetterie avec elle. Faute de billets imprimés, des spectateurs restent dehors. Les drones du show ne décollent pas. La réalisation glisse des images pré-enregistrées dans la diffusion mondiale.<br>La riposte est radicale. Les équipes coupent tout le système de minuit à 8 heures, soit 12 heures de paralysie choisie, le temps de restaurer depuis les sauvegardes. Le maliciel a touché plus de 300 systèmes. Au matin, l'essentiel tient. Le téléspectateur, lui, n'a presque rien vu.<br>C'est là que se referme le piège. L'incident reste contenu. Mais il frappe à l'instant le plus exposé de la vie d'un État hôte. Le sabotage est synchronisé sur la cérémonie. Cette minuterie trahit un accès maintenu de longue date, et des semaines de patience.</p><h2>Une arme qui épargne les données</h2><p>Dès le lendemain, les chercheurs de Cisco Talos puis de Kaspersky autopsient le code. Le constat est précis. Le maliciel est un ver, c'est-à-dire un programme qui se propage seul de machine en machine. Il vole au passage les mots de passe, les inscrit dans son propre corps, et s'en sert pour avancer. Talos relève 44 identifiants du personnel des Jeux écrits en clair dans le programme.<br>Une fois sur une machine, le ver détruit les sauvegardes, efface les journaux et corrompt le démarrage. L'ordinateur ne redémarre plus. Un détail tranche, pourtant. Le ver épargne les données utiles. Là où NotPetya, l'autre arme de la même unité, ravageait tout, Olympic Destroyer s'arrête au seuil de l'irréversible.<br>Cette retenue est un message. L'objectif n'est pas le dégât maximal. C'est l'humiliation maximale, à la seconde près. Le sabotage ne cherche pas à détruire. Il cherche à signifier.</p><h2>Punir un bannissement</h2><p>Pour comprendre le mobile, il faut remonter au 5 décembre 2017. Ce jour-là, le Comité international olympique suspend la Russie pour dopage d'État. Ses athlètes concourront sans drapeau ni hymne, sous une bannière neutre. L'humiliation est nationale. Deux mois plus tard, le sabotage répond à la sanction.<br>L'état final recherché (EFR) par l'attaquant se lit alors clairement. Il veut d'abord punir l'institution olympique et le pays hôte. Il veut ensuite exposer une faille de sécurité au pic d'audience mondial, pour entamer le prestige de l'organisateur. Il veut enfin installer un doute durable sur la capacité d'une nation à sécuriser un grand événement. Ici, le cyber n'est qu'un outil. L'effet visé est politique.</p><h2>Le vrai coup : le faux drapeau</h2><p>La vraie charge utile n'est pas le fichier effacé. C'est la confusion semée chez les enquêteurs.&nbsp;<br>Les opérateurs ont truffé le code d'indices contradictoires. Ils pointent tour à tour vers la Chine, l'Iran, la Corée du Nord et la Russie.<br>Le leurre le plus soigné copie une signature de compilation propre au groupe nord-coréen Lazarus.&nbsp;<br>La correspondance paraît parfaite, et la « preuve » semble irréfutable. Les premières analyses accusent donc Pyongyang. C'est l'équipe de Kaspersky, menée par Costin Raiu, qui démonte la supercherie. La signature ne colle pas au reste du programme. On l'a forgée pour égarer les enquêteurs. Dès février 2018, le Washington Post écrit, sur la foi de responsables américains, que le renseignement russe s'est déguisé en Corée du Nord. L'inculpation de 2020 confirmera cette piste.<br>Le calendrier alourdit le leurre. Ces Jeux scellent un rapprochement entre les deux Corées, qui défilent sous une bannière commune. Faire accuser Pyongyang pouvait briser ce dégel. Le faux drapeau ne sert donc pas qu'à se cacher. Il vise aussi à dresser Séoul contre son voisin.</p><h2>WADA, l'autre visage de la manœuvre</h2><p>Olympic Destroyer n'est pas un accident isolé. C'est l'application d'une doctrine. En septembre 2016, le groupe Fancy Bear, autre vitrine du renseignement militaire russe, pirate la base médicale de l'Agence mondiale antidopage. Il diffuse les autorisations thérapeutiques de sportifs occidentaux.&nbsp;<br>La gymnaste Simone Biles, traitée pour un trouble de l'attention, les sœurs Williams et d'autres y figurent.<br>Aucune de ces autorisations n'est illégale. Toutes respectent les règles. Mais là n'est pas le but.&nbsp;<br>En les présentant comme des « licences de dopage », Fancy Bear fabrique un faux équilibre moral.&nbsp;<br>Le message martèle que tout le monde triche, et que les Occidentaux ne sont que des hypocrites protégés. La fuite avance masquée. Le « Fancy Bears Hack Team » se présente en collectif de hacktivistes pour le sport propre. Cette façade masque un service d'État, que Moscou s'empresse de désavouer.<br>Le procédé est redoutable, car il ne diffuse aucune fausse information. Il sort de vraies données médicales de leur contexte pour nuire. Des années plus tard, ces dossiers ressurgissent encore pour contester les sanctions visant les athlètes russes.</p><h2>La grammaire d'une guerre de l'information</h2><p>Réunis, ces deux cas dévoilent une même grammaire. Sa première règle est une question de cible. Une attaque informationnelle traverse trois couches. La couche physique, faite de serveurs et de réseaux. La couche logique, faite de données et de code. La couche cognitive, faite de perceptions et de croyances. À Pyeongchang comme contre la WADA, l'assaut ne fait que franchir les deux premières. Son vrai champ de bataille est la troisième. Détruire un fichier reste un moyen. La cible, c'est ce que le public et les analystes vont croire.<br>Une opération aboutie joue sur trois registres. La captation d'abord, quand on vole des identifiants ou une base de données. Le déni ensuite, quand on prive l'adversaire de ses outils. Le récit enfin, quand on transforme l'information en arme. Capter, dénier, raconter : la manœuvre combine les trois.<br>Ses leviers sont identifiables. Le faux drapeau applique une vieille doctrine russe, le contrôle réflexif. Le principe : offrir à l'adversaire une fausse preuve pour qu'il se trompe de lui-même.<br>Son effet le plus corrosif vient après. Une fois le leurre démasqué, toute attribution future devient suspecte. Le doute devient l'arme. Le piratage-divulgation et le faux équilibre moral complètent la panoplie. Leur force tient à un ressort simple. Ils n'inventent pas de mensonge. Ils détournent des faits vrais.</p><h2>Deux opérations, une même grammaire</h2><drupal-media data-entity-type="media" data-entity-uuid="2e182ad3-2303-480c-8437-c87cc6ee0366">&nbsp;</drupal-media><p>Reste la chronologie de l'affrontement. Elle est toujours la même. Reconnaissance, pré-positionnement, déclenchement sur le temps fort, brouillage de l'attribution, puis exploitation du récit dans la durée.</p><h2>Nommer, et tenir</h2><p>Face au doute, la riposte la plus efficace n'a pas été technique. Elle a été un acte de nomination.<br>Le 19 octobre 2020, la justice américaine inculpe six officiers de l'unité 74455 du renseignement militaire russe. Le dossier leur attribue Olympic Destroyer, mais aussi les coupures électriques en Ukraine, le ver NotPetya et le piratage de la campagne d'Emmanuel Macron en 2017. Aucun de ces hommes ne sera jugé. L'enjeu n'est pas judiciaire. Il est informationnel. Nommer l'auteur, preuves à l'appui, défait le contrôle réflexif. C'est reprendre la main sur la couche cognitive.<br>Six ans après Pyeongchang, Paris offre la démonstration inverse. Entre mai et septembre 2024, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information recense 548 événements cyber liés aux Jeux, dont 83 attaques abouties. Pourtant, aucun n'a perturbé les cérémonies ni les épreuves. La France a traité l'événement comme un conflit de haute intensité. Là où la cérémonie de Pyeongchang s'était éteinte, celle de Paris a tenu. La leçon est claire. Protéger les serveurs ne suffit plus. Il faut défendre le récit, et savoir expliquer vite pour priver l'adversaire de sa narration.</p><h2>Le stade, théâtre de défaite ?</h2><p>Olympic Destroyer résume toute la guerre de l'information appliquée au sport. Le fichier effacé n'était qu'un prétexte. La vraie cible était la confiance d'un public et la crédibilité d'un État. Dans cette arène, la neutralité affichée des fédérations est la première des vulnérabilités. La souveraineté numérique du sport ne se mesure plus à la seule solidité des serveurs. Elle se mesure à la capacité de tenir, en même temps, l'infrastructure et le récit. Faute de quoi le stade cesse d'être un terrain de jeu. Il devient un théâtre de défaite.</p><p class="text-align-right"><strong>Samir Amireche</strong><br><a style="background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;outline:none;text-decoration:none;transition:0.2s;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong>Auditeur de la 49ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p><p><strong>Sources</strong>&nbsp;<br>• &nbsp;Department of Justice (États-Unis) — acte d'inculpation de six officiers du GRU (unité 74455), 19 octobre 2020. &nbsp;https://www.justice.gov/archives/opa/pr/six-russian-gru-officers-charged-connection-worldwide-deployment-destructive-malware-and<br>• &nbsp;Cisco Talos — « Olympic Destroyer Takes Aim At Winter Olympics » (12 février 2018), autopsie technique du ver. &nbsp;https://blog.talosintelligence.com/olympic-destroyer/<br>• &nbsp;Kaspersky / Securelist (Costin Raiu) — « OlympicDestroyer is here to trick the industry » (2018), démontage du faux drapeau. &nbsp;https://securelist.com/olympicdestroyer-is-here-to-trick-the-industry/84295/<br>• &nbsp;ANSSI — « Bilan cyber des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 » (septembre 2024). &nbsp;https://cyber.gouv.fr/actualites/bilan-cyber-des-jeux-olympiques-et-paralympiques-de-paris-2024/<br>• &nbsp;Agence mondiale antidopage (WADA) — « Cyber Security Update: WADA's Incident Response » (2016). &nbsp;https://www.wada-ama.org/en/news/cyber-security-update-wadas-incident-response<br>Presse et enquête<br>• &nbsp;Andy Greenberg, Wired — « The Untold Story of the 2018 Olympics Cyberattack, the Most Deceptive Hack in History » (2019). &nbsp;https://www.wired.com/story/untold-story-2018-olympics-destroyer-cyberattack/<br>• &nbsp;Ellen Nakashima, The Washington Post — « Russian spies hacked the Olympics… » (24 février 2018) ; révélation confirmée par l'inculpation de 2020. &nbsp;https://www.washingtonpost.com/world/national-security/russian-spies-hacked-the-olympics-and-tried-to-make-it-look-like-north-korea-did-it-us-officials-say/2018/02/24/44b5468e-18f2-11e8-92c9-376b4fe57ff7_story.html<br>Cadre doctrinal<br>• &nbsp;Conseil de l'Europe (C. Wardle &amp; H. Derakhshan) — « Information Disorder » (2017) : typologie dés-, més- et mal-information. &nbsp;https://rm.coe.int/information-disorder-toward-an-interdisciplinary-framework-for-researc/168076277c<br>• &nbsp;Daniel Ventre — La Guerre de l'information (Hermès-Lavoisier) : registres « pour / par / contre » l'information.<br>• &nbsp;Timothy L. Thomas — « Russia's Reflexive Control Theory and the Military » (Journal of Slavic Military Studies, 2004) ; doctrine du contrôle réflexif et maskirovka.</p>]]></description><content><![CDATA[<p><strong>9 février 2018, 20 heures. À la seconde où s'ouvre la cérémonie des Jeux de Pyeongchang, devant près de 4 milliards de personnes, l'infrastructure numérique de l'événement s'effondre. Le maliciel responsable ne vole rien et ne rançonne rien. Sa cible n'est pas le serveur, mais la perception : humilier l'hôte, et brouiller l'enquête sur son auteur. Derrière « Olympic Destroyer », une opération de guerre de l'information signée du renseignement militaire russe. Décryptage.</strong></p><h2>Un sabotage minuté</h2><p>Sang-jin Oh, directeur technique des Jeux, ne voit rien de la cérémonie. Au lancement des feux d'artifice, il regarde l'informatique de l'événement s'éteindre.<br>Le bilan est net. Le Wi-Fi des journalistes tombe. Les écrans de 12 sites olympiques deviennent noirs. Les portiques d'accès à badge se bloquent. L'application officielle ne répond plus, et la billetterie avec elle. Faute de billets imprimés, des spectateurs restent dehors. Les drones du show ne décollent pas. La réalisation glisse des images pré-enregistrées dans la diffusion mondiale.<br>La riposte est radicale. Les équipes coupent tout le système de minuit à 8 heures, soit 12 heures de paralysie choisie, le temps de restaurer depuis les sauvegardes. Le maliciel a touché plus de 300 systèmes. Au matin, l'essentiel tient. Le téléspectateur, lui, n'a presque rien vu.<br>C'est là que se referme le piège. L'incident reste contenu. Mais il frappe à l'instant le plus exposé de la vie d'un État hôte. Le sabotage est synchronisé sur la cérémonie. Cette minuterie trahit un accès maintenu de longue date, et des semaines de patience.</p><h2>Une arme qui épargne les données</h2><p>Dès le lendemain, les chercheurs de Cisco Talos puis de Kaspersky autopsient le code. Le constat est précis. Le maliciel est un ver, c'est-à-dire un programme qui se propage seul de machine en machine. Il vole au passage les mots de passe, les inscrit dans son propre corps, et s'en sert pour avancer. Talos relève 44 identifiants du personnel des Jeux écrits en clair dans le programme.<br>Une fois sur une machine, le ver détruit les sauvegardes, efface les journaux et corrompt le démarrage. L'ordinateur ne redémarre plus. Un détail tranche, pourtant. Le ver épargne les données utiles. Là où NotPetya, l'autre arme de la même unité, ravageait tout, Olympic Destroyer s'arrête au seuil de l'irréversible.<br>Cette retenue est un message. L'objectif n'est pas le dégât maximal. C'est l'humiliation maximale, à la seconde près. Le sabotage ne cherche pas à détruire. Il cherche à signifier.</p><h2>Punir un bannissement</h2><p>Pour comprendre le mobile, il faut remonter au 5 décembre 2017. Ce jour-là, le Comité international olympique suspend la Russie pour dopage d'État. Ses athlètes concourront sans drapeau ni hymne, sous une bannière neutre. L'humiliation est nationale. Deux mois plus tard, le sabotage répond à la sanction.<br>L'état final recherché (EFR) par l'attaquant se lit alors clairement. Il veut d'abord punir l'institution olympique et le pays hôte. Il veut ensuite exposer une faille de sécurité au pic d'audience mondial, pour entamer le prestige de l'organisateur. Il veut enfin installer un doute durable sur la capacité d'une nation à sécuriser un grand événement. Ici, le cyber n'est qu'un outil. L'effet visé est politique.</p><h2>Le vrai coup : le faux drapeau</h2><p>La vraie charge utile n'est pas le fichier effacé. C'est la confusion semée chez les enquêteurs.&nbsp;<br>Les opérateurs ont truffé le code d'indices contradictoires. Ils pointent tour à tour vers la Chine, l'Iran, la Corée du Nord et la Russie.<br>Le leurre le plus soigné copie une signature de compilation propre au groupe nord-coréen Lazarus.&nbsp;<br>La correspondance paraît parfaite, et la « preuve » semble irréfutable. Les premières analyses accusent donc Pyongyang. C'est l'équipe de Kaspersky, menée par Costin Raiu, qui démonte la supercherie. La signature ne colle pas au reste du programme. On l'a forgée pour égarer les enquêteurs. Dès février 2018, le Washington Post écrit, sur la foi de responsables américains, que le renseignement russe s'est déguisé en Corée du Nord. L'inculpation de 2020 confirmera cette piste.<br>Le calendrier alourdit le leurre. Ces Jeux scellent un rapprochement entre les deux Corées, qui défilent sous une bannière commune. Faire accuser Pyongyang pouvait briser ce dégel. Le faux drapeau ne sert donc pas qu'à se cacher. Il vise aussi à dresser Séoul contre son voisin.</p><h2>WADA, l'autre visage de la manœuvre</h2><p>Olympic Destroyer n'est pas un accident isolé. C'est l'application d'une doctrine. En septembre 2016, le groupe Fancy Bear, autre vitrine du renseignement militaire russe, pirate la base médicale de l'Agence mondiale antidopage. Il diffuse les autorisations thérapeutiques de sportifs occidentaux.&nbsp;<br>La gymnaste Simone Biles, traitée pour un trouble de l'attention, les sœurs Williams et d'autres y figurent.<br>Aucune de ces autorisations n'est illégale. Toutes respectent les règles. Mais là n'est pas le but.&nbsp;<br>En les présentant comme des « licences de dopage », Fancy Bear fabrique un faux équilibre moral.&nbsp;<br>Le message martèle que tout le monde triche, et que les Occidentaux ne sont que des hypocrites protégés. La fuite avance masquée. Le « Fancy Bears Hack Team » se présente en collectif de hacktivistes pour le sport propre. Cette façade masque un service d'État, que Moscou s'empresse de désavouer.<br>Le procédé est redoutable, car il ne diffuse aucune fausse information. Il sort de vraies données médicales de leur contexte pour nuire. Des années plus tard, ces dossiers ressurgissent encore pour contester les sanctions visant les athlètes russes.</p><h2>La grammaire d'une guerre de l'information</h2><p>Réunis, ces deux cas dévoilent une même grammaire. Sa première règle est une question de cible. Une attaque informationnelle traverse trois couches. La couche physique, faite de serveurs et de réseaux. La couche logique, faite de données et de code. La couche cognitive, faite de perceptions et de croyances. À Pyeongchang comme contre la WADA, l'assaut ne fait que franchir les deux premières. Son vrai champ de bataille est la troisième. Détruire un fichier reste un moyen. La cible, c'est ce que le public et les analystes vont croire.<br>Une opération aboutie joue sur trois registres. La captation d'abord, quand on vole des identifiants ou une base de données. Le déni ensuite, quand on prive l'adversaire de ses outils. Le récit enfin, quand on transforme l'information en arme. Capter, dénier, raconter : la manœuvre combine les trois.<br>Ses leviers sont identifiables. Le faux drapeau applique une vieille doctrine russe, le contrôle réflexif. Le principe : offrir à l'adversaire une fausse preuve pour qu'il se trompe de lui-même.<br>Son effet le plus corrosif vient après. Une fois le leurre démasqué, toute attribution future devient suspecte. Le doute devient l'arme. Le piratage-divulgation et le faux équilibre moral complètent la panoplie. Leur force tient à un ressort simple. Ils n'inventent pas de mensonge. Ils détournent des faits vrais.</p><h2>Deux opérations, une même grammaire</h2><drupal-media data-entity-type="media" data-entity-uuid="2e182ad3-2303-480c-8437-c87cc6ee0366">&nbsp;</drupal-media><p>Reste la chronologie de l'affrontement. Elle est toujours la même. Reconnaissance, pré-positionnement, déclenchement sur le temps fort, brouillage de l'attribution, puis exploitation du récit dans la durée.</p><h2>Nommer, et tenir</h2><p>Face au doute, la riposte la plus efficace n'a pas été technique. Elle a été un acte de nomination.<br>Le 19 octobre 2020, la justice américaine inculpe six officiers de l'unité 74455 du renseignement militaire russe. Le dossier leur attribue Olympic Destroyer, mais aussi les coupures électriques en Ukraine, le ver NotPetya et le piratage de la campagne d'Emmanuel Macron en 2017. Aucun de ces hommes ne sera jugé. L'enjeu n'est pas judiciaire. Il est informationnel. Nommer l'auteur, preuves à l'appui, défait le contrôle réflexif. C'est reprendre la main sur la couche cognitive.<br>Six ans après Pyeongchang, Paris offre la démonstration inverse. Entre mai et septembre 2024, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information recense 548 événements cyber liés aux Jeux, dont 83 attaques abouties. Pourtant, aucun n'a perturbé les cérémonies ni les épreuves. La France a traité l'événement comme un conflit de haute intensité. Là où la cérémonie de Pyeongchang s'était éteinte, celle de Paris a tenu. La leçon est claire. Protéger les serveurs ne suffit plus. Il faut défendre le récit, et savoir expliquer vite pour priver l'adversaire de sa narration.</p><h2>Le stade, théâtre de défaite ?</h2><p>Olympic Destroyer résume toute la guerre de l'information appliquée au sport. Le fichier effacé n'était qu'un prétexte. La vraie cible était la confiance d'un public et la crédibilité d'un État. Dans cette arène, la neutralité affichée des fédérations est la première des vulnérabilités. La souveraineté numérique du sport ne se mesure plus à la seule solidité des serveurs. Elle se mesure à la capacité de tenir, en même temps, l'infrastructure et le récit. Faute de quoi le stade cesse d'être un terrain de jeu. Il devient un théâtre de défaite.</p><p class="text-align-right"><strong>Samir Amireche</strong><br><a style="background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;outline:none;text-decoration:none;transition:0.2s;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong>Auditeur de la 49ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p><p><strong>Sources</strong>&nbsp;<br>• &nbsp;Department of Justice (États-Unis) — acte d'inculpation de six officiers du GRU (unité 74455), 19 octobre 2020. &nbsp;https://www.justice.gov/archives/opa/pr/six-russian-gru-officers-charged-connection-worldwide-deployment-destructive-malware-and<br>• &nbsp;Cisco Talos — « Olympic Destroyer Takes Aim At Winter Olympics » (12 février 2018), autopsie technique du ver. &nbsp;https://blog.talosintelligence.com/olympic-destroyer/<br>• &nbsp;Kaspersky / Securelist (Costin Raiu) — « OlympicDestroyer is here to trick the industry » (2018), démontage du faux drapeau. &nbsp;https://securelist.com/olympicdestroyer-is-here-to-trick-the-industry/84295/<br>• &nbsp;ANSSI — « Bilan cyber des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 » (septembre 2024). &nbsp;https://cyber.gouv.fr/actualites/bilan-cyber-des-jeux-olympiques-et-paralympiques-de-paris-2024/<br>• &nbsp;Agence mondiale antidopage (WADA) — « Cyber Security Update: WADA's Incident Response » (2016). &nbsp;https://www.wada-ama.org/en/news/cyber-security-update-wadas-incident-response<br>Presse et enquête<br>• &nbsp;Andy Greenberg, Wired — « The Untold Story of the 2018 Olympics Cyberattack, the Most Deceptive Hack in History » (2019). &nbsp;https://www.wired.com/story/untold-story-2018-olympics-destroyer-cyberattack/<br>• &nbsp;Ellen Nakashima, The Washington Post — « Russian spies hacked the Olympics… » (24 février 2018) ; révélation confirmée par l'inculpation de 2020. &nbsp;https://www.washingtonpost.com/world/national-security/russian-spies-hacked-the-olympics-and-tried-to-make-it-look-like-north-korea-did-it-us-officials-say/2018/02/24/44b5468e-18f2-11e8-92c9-376b4fe57ff7_story.html<br>Cadre doctrinal<br>• &nbsp;Conseil de l'Europe (C. Wardle &amp; H. Derakhshan) — « Information Disorder » (2017) : typologie dés-, més- et mal-information. &nbsp;https://rm.coe.int/information-disorder-toward-an-interdisciplinary-framework-for-researc/168076277c<br>• &nbsp;Daniel Ventre — La Guerre de l'information (Hermès-Lavoisier) : registres « pour / par / contre » l'information.<br>• &nbsp;Timothy L. Thomas — « Russia's Reflexive Control Theory and the Military » (Journal of Slavic Military Studies, 2004) ; doctrine du contrôle réflexif et maskirovka.</p>]]></content><dc:creator>fsimon</dc:creator></item><item><title>La France, pionnière dans la lutte anti &quot;fast fashion&quot;</title><link>https://www.ege.fr/infoguerre/la-france-pionniere-dans-la-lutte-anti-fast-fashion</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/fast_fashion_infog.jpg.webp?itok=5gkyDJEV" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/fast_fashion_infog.jpg.webp?itok=16BxUxmF</url><link>https://www.ege.fr/infoguerre/la-france-pionniere-dans-la-lutte-anti-fast-fashion</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/infoguerre/la-france-pionniere-dans-la-lutte-anti-fast-fashion</guid><category>articlee</category><pubDate>Thu, 02 Jul 2026 16:23:29 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p><strong>En seulement quelques années, la plateforme de e-commerce Shein s’est hissée au 2ème rang mondial du marché de la mode. En France aussi, la marque chinoise a réussi à imposer son modèle et séduire un large public. Ses pratiques sont aujourd’hui contestées par les acteurs de la filière et par les pouvoirs publics. L’adoption de la loi contre la Fast Fashion et les procédures engagées marquent le début d’une longue bataille. Le géant chinois préfère parler de son impact positif pour l’économie et la société françaises. Mais cette contre-offensive suffira-t-elle à affaiblir le numéro 2 mondial du marché de la mode ?</strong></p><h2><br>Le modèle de Shein est-il menacé ?</h2><p>Le constat est le suivant : « Le modèle de la fast-fashion repose sur l’accélération des cycles de la mode qui pousse les clients à consommer toujours plus et à jeter de plus en plus de vêtements, et les producteurs à baisser les prix et à augmenter les volumes » résume Julia Faure du Mouvement Impact France. La Loi Fast Fashion est la réponse apportée par les pouvoirs publics pour tenter de réduire l’impact environnemental des enseignes de fast fashion implantées majoritairement dans des pays d’Asie du Sud-Est et présentes sur le continent comme Shein. C’est une première mondiale. Le texte porté par la députée Horizons Anne-Cécile Violland a été adopté en 1ère lecture par l'Assemblée nationale le 14 mars 2024 et à l’unanimité par le Sénat le 10 juin 2025. Très attendu par la filière textile, il doit définir ce qu’est la Fast Fashion, encadrer les plateformes, rétablir une forme de concurrence loyale avec les commerçants locaux et défendre les intérêts de l’industrie française. Il est aussi question de sensibiliser le public à l’impact environnemental de la mode éphémère, d’appliquer le principe de pollueur payeur et de réglementer la publicité des plateformes.<br>L’application d’un malus écologique progressif - jusqu’à 10 euros par vêtement - est l’une des mesures phare. Depuis le 1er mars 2026, une taxe de 2 euros est appliquée par catégorie de produit sur les petits colis de moins de 150 euros en provenance des pays hors Union européenne. Le but de la loi est d’augmenter le prix de la livraison des petits colis pour "inciter les consommateurs à réduire les achats impulsifs de produits très bon marché" et réduire l’empreinte carbone du transport aérien concentrant l’essentiel du fret de petits colis. En 2025, Shein a expédié 5000 tonnes de vêtements par jour dans le monde essentiellement par avion. Un tsunami de petits colis amplifié par les droits de douane, le flux des Etats Unis s’étant redirigé vers l’Europe entre temps. 828 millions de colis chinois d'une valeur de 5,58 milliards d'euros ont été livrés en France toujours en 2025.<br>Dans un avis rendu l’automne dernier, la Commission Européenne a validé la grande majorité des dispositions de la loi française. Rappelons que la France a devancé l’Europe dans son combat contre la Fast Fashion. Les états membres ont suivi avec attention les étapes de construction du texte. Mais Bruxelles a aussi émis des réserves. Le principe d’interdiction de la publicité entrait selon elle en contradiction avec la loi européenne sur l'e-commerce (…). Un détail technique qui ne remet pas en cause les objectifs de la loi, restant partagés par la Commission. D’ailleurs, un dispositif européen similaire doit voir le jour contre les risques de contournement via des bases logistiques situées hors de France et pour harmoniser la réglementation sur le continent. En juillet 2026, un droit de douane de 3 euros par article commandé s’appliquera sur le sol européen. En France, il s’ajoutera aux 2 euros de taxe déjà appliqués. La loi française doit être adoptée en Commission mixte paritaire courant 2026.</p><h2><br>L’action de la filière sur le terrain judiciaire et de la communication</h2><p>La Fédération Française du Prêt à Porter féminin (FFPAPF), à la tête de 12 fédérations du commerce et de l'industrie, est à l’initiative d’une première plainte déposée contre Shein, début 2026. Plus de 63 entreprises et une centaine de marques y sont représentées. L’objectif est de faire reconnaître le préjudice économique subi par les entreprises françaises depuis 5 ans, de faire cesser les pratiques illégales de la plateforme (dark patterns, communication trompeuse…) et d’obtenir réparation.&nbsp;<br>Selon le collectif, le modèle de Shein et d’autres plateformes en ligne extra européennes repose sur le non-respect des réglementations applicables aux acteurs implantés en France, créant de fait une distorsion de concurrence. La filière a choisi de dénoncer devant les tribunaux les pratiques déloyales de Shein et ses effets destructeurs avérés sur l’économie, l’emploi et l’environnement. Cette action de groupe est aussi destinée à déconstruire le discours de la plateforme chinoise.&nbsp;<br>Toujours selon les représentants du secteur, Shein participe depuis des années à l’affaiblissement de l’outil de production français avec la mise en liquidation de marques françaises, la fermeture d’usines textile. Le nombre d'emplois dans le secteur de l’habillement a été divisé par trois depuis 1990. Actuellement, 20 000 emplois sont menacés en France et 50 000 à terme. Les commerces en centre-ville sont aussi impactés : 1600 boutiques ont fermé en un an selon l’Alliance du Commerce.<br>Les industriels français évoquent enfin les risques de pollution causée par les tonnes de vêtements à usage presque unique arrivant par avion et l’impact négatif de l’ultra fast fashion sur la filière de recyclage. Nous ne sommes guère éloignés de ce qui est défendu par le texte voté au Parlement.</p><h2>La filière est donc fortement mobilisée sur le terrain judiciaire et sur le front de la communication.</h2><p>Peu avant l’adoption de la loi, la FFPAPF parlait d’un combat mené contre la fast fashion depuis 2022. D’un travail quotidien pour dénoncer les méthodes et abus de Shein, sensibiliser les consommateurs, les médias et les pouvoirs publics face aux risques de perte souveraineté, aux atteintes environnementales et aux problèmes sociétaux de la fast fashion. Une action renforcée dans le temps contre le lobbying XXL de Shein dont le budget a été multiplié par dix en 2024 d’après le registre de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie publique (HATVP).&nbsp;<br>A l’automne 2025, l’ouverture très médiatisée d’un espace Shein au BHV Marais et aux Galeries Lafayette est suivie d’une sévère riposte des acteurs français. Dans son communiqué, la FFPAPF emploie des termes forts et parle de « manque de respect pour la clientèle fidèle de ces enseignes prestigieuses », de risque d’affaiblissement de l’image de la mode française. Pierre Talamon de la FNH (33 000 boutiques de mode indépendantes en France) est dans le même registre. Cet accord contribue selon lui « à tirer les grands magasins vers le bas » et à les détourner de leur mission historique, le « soutien à l’innovation, la diversité et la responsabilité ».<br>Quelques semaines plus tard, survient l’épisode des « poupées de la honte » pour reprendre l’expression de Yann Rivoallan. L’affaire déclenche de nouvelles poursuites et des contrôles sur les marchandises importées. Peu après, les services douaniers français communiquent le chiffre de « 80% de produits non conformes et dangereux ». La DGCCRF saisit la justice et le gouvernement demande le blocage de la plateforme pendant 3 mois. Les chiffres des douanes sont largement repris par les médias. Les suites données à l’affaire également. Malgré cela, le tribunal de Paris rejette la demande de l’Etat. Ce dernier fait appel « convaincu du risque systémique du modèle lié à Shein ».&nbsp;<br>Face au tollé général, l’arrivée de Shein au BHV prend une nouvelle dimension. Certaines marques partenaires de l’enseigne comme la Maison Lejaby, Dior, Guerlain, Sandro, Claudie Pierlot, Tara Jarmon ou Zapa décident de quitter le grand magasin parisien. Le scandale des poupées sert de catalyseur. Et à mesure que l’on se rapproche des fêtes de fin d’année, les annonces de départs se multiplient. Les fournisseurs ne cautionnent pas le positionnement du géant chinois ni les choix de Frédéric Merlin, le nouveau directeur du magasin derrière le rapprochement avec Shein. Cependant, le vrai motif de départ est ailleurs. Ce sont les retards de paiement et les « plus de 6 millions d’euros d’impayés » qui sont à l’origine du retrait des marques françaises si l’on écoute la FFPAPF.&nbsp;<br>Le 10 décembre, les instances représentatives du secteur sont reçues par la commission des Affaires économiques du Sénat. Elles en profitent pour demander aux sénateurs à « frapper vite et fort contre Shein ». Olivier Ducatillion de l’Union des Industries Textiles parle de la multiplication des normes contournées par la concurrence étrangère. Yann Rivoallan (FFPAPF) utilise ce moment d’échange pour lâcher "On vend de la merde aux Français". Allusion directe à Shein et ses 10 000 à 50 000 nouvelles pièces par jour.&nbsp;<br>Emmanuel Macron s’empare à son tour du sujet lors de sa visite en Chine début décembre, évoquant de manière voilée la distorsion de concurrence et la menace des plateformes chinoises sur le commerce français.<br>Cette défiance du secteur à l’égard du géant asiatique s’exprime également en amont, dans l’enseignement supérieur. Selon Libération, le directeur de l’Institut Français de la Mode (IFM), l’établissement public qui accueille 1300 étudiants de 70 nationalités et symbolise l’excellence dans le secteur, a refusé un partenariat avec Shein. La proposition financière pourtant supérieure à la contribution du plus grand donateur de la Fondation de l’école n’a pas suffi à convaincre la direction qui revendique des valeurs à l’opposé du modèle chinois.<br>Les prises de position très fermes de la profession peuvent aboutir à des mises à l’écart. En septembre 2025, l’Alliance française du commerce a vertement critiqué Pimkie après que la marque française a annoncé un partenariat stratégique avec Shein. Accord conclu pour accéder à son écosystème, développer son activité en ligne, 2 ans après avoir engagé une vaste restructuration. Une initiative qui ne passe pas au sein des organisations professionnelles qui veulent envoyer un signal. « Situation inacceptable » pour l'Alliance. La Fédération des enseignes de l'habillement décide en représailles et à l'unanimité d’exclure Pimkie. La mesure ne manque pas de faire réagir Salih Halassiva, le dirigeant de la PME française. Celui-ci rappelle à l’AFP le manque de soutien des instances lorsque son entreprise était en grande difficulté et cherchait à se relever. On se retrouve dans une période où l’on demande de choisir son camp.</p><h2>Comment Shein tente d’influer sur le débat public et de légitimer son action</h2><p>La plateforme s’est offert les services de Magali Berdah (1,7 M de followers sur Instagram, 1,1 M sur Snapshat) et a monté en mai 2025 une campagne sur les réseaux sociaux pour y dénoncer la proposition de loi Fast Fashion. L’opération montre l’influenceuse interviewer des passants dans la rue et les faire réagir au projet de taxe sur les ventes de produits chinois. L’angle d’attaque est celui de la défense du pouvoir d’achat. La séquence doit montrer que la future loi pénalisera les catégories les plus modestes en ciblant Shein. Le message inspiré d’une campagne de l’agence Havas est très politique : « la mode est un droit, pas un privilège ». Un travail de construction et d’amplification de soutien populaire pour instrumentaliser l’opinion et tenter de peser dans le débat parlementaire. France Nature Environnement évoque une communication trompeuse et saisit le juge de déontologie publicitaire. D’autres associations comme l’Observatoire des multinationales et les Amis de la Terre lui emboitent le pas mais pour d’autres raisons. Elles saisissent la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, pointant certaines irrégularités dans les activités de lobbying du chinois.<br>Au même moment, Shein intensifie sa campagne de lobbying et adresse un rapport de 37 pages à tous les parlementaires, avant l’examen du texte au Sénat. L’étude signée Frédéric Jenny, professeur d'économie à l'Essec ? explique pourquoi la taxe est synonyme de perte de pouvoir d’achat des classes populaires. On y retrouve le narratif de l’agence Havas.&nbsp;<br>L’équipe de lobbystes tente de déclencher des rencontres avec des conseillers de l’Elysée, de Matignon, de Bercy et du ministère de la Transition écologique pour gagner des soutiens et temporiser.&nbsp;<br>Le recours à des personnalités politiques de premier rang comme l'ancien ministre de l'Intérieur Christophe Castaner - reconverti dans le conseil et dont la mission officielle depuis décembre 2024 est d’accompagner la plateforme chinoise dans sa démarche sociétale et environnementale (…) permet des ouvertures de porte même si celui-ci s’en défend. En mars, lors de sa venue en France, le CEO Donald Tang rencontre le Medef. D’autres ministres et anciens collègues de Castaner sont approchés et préfèrent décliner. Peu avant l’arrivée du texte au Sénat, l’ancien ministre régalien prend la parole et dénonce les « moralisateurs dégueulasses » qui veulent taxer « des produits jugés trop populaires ».<br>Shein prend aussi contact avec des élus pour partager une note et orienter les travaux en commission. Le travail de Fabrice Layer, ex responsable affaires publiques de Huawei, à l’initiative ici avec d’autres anciens conseillers ministériels, semble porter ses fruits. Le texte définitif propose une définition de la fast fashion moins contraignante pour Shein, qui réduit les malus et écarte le projet d’interdiction totale de la publicité.<br>L’agence Plead en charge des affaires publiques de Shein, dirigée par Yannick Bolloré, profite de l’arrêt à Paris de son client pour réserver la Une du Journal du Dimanche (propriété de Vincent Bolloré) et défendre la cause de la plateforme après que le texte a été adopté à l’Assemblée. Le travail des lobbystes consiste à se défaire de cette image d’entreprise de fast fashion : Shein est une « entreprise vertueuse » peut-on lire dans les colonnes du JDD.<br>A noter que d’autres journaux sollicités refusent de servir de tribune à l’entreprise chinoise.<br>Bien plus tard, lors de son audition devant la Commission des Affaires Economiques du Sénat le 20 janvier 2026, le directeur des relations extérieures de Shein France, Quentin Ruffat, reprend des éléments de langage de son collègue Fabrice Layer. Mais le contexte s’est durci depuis. Nous sommes à quelques semaines de l’affaire des poupées sexuelles. Le discours du porte-parole est recentré sur l’activité de Shein, ses retombées sur l’économie. Dans ce nouvel épisode de guerre informationnelle, la marque veut apparaître comme un acteur clé du secteur, non comme un fossoyeur de l’industrie textile. Une intervention à des fins de neutralisation du récit adverse et pour allumer des contre feux.<br>Devant les sénateurs, Mr Ruffat rappelle que Shein n’est pas à l’origine des difficultés historiques de la filière, que son entreprise contribue à la croissance du PIB et à la création d’emplois en France. Il explique soutenir le secteur et prendre part à la structuration de l’écosystème. Le programme Shein Accelerator est cité en exemple de l’accompagnement des marques françaises et des créateurs émergents. Si l’on décrypte, les micro et macro-créateurs sont utilisés comme des vecteurs de légitimation de la méthode Shein. Sylvain Maillard, député et président du groupe d’amitié France-Chine, s’est félicité sur les réseaux sociaux de l’existence de la Creative House de Shein, un atelier dédié aux jeunes designers français. La reconnaissance en un tweet du soutien de Shein à la création.<br>Mais le plus important est à venir. Shein se revendique comme une marque qui répond aux attentes des clients modestes, éloignés des centre villes et satisfait des besoins non couverts par les autres acteurs. Les propos bien choisis font écho aux déclarations du PDG quelques mois plus tôt. Shein, c’est une mode accessible, pour tous, « du triple XS au triple XL ». Le champion de la fast fashion continue à se poser en défenseur des consommateurs exposés à la vie chère. Ces arguments autour de l’inclusivité, de la défense du pouvoir d’achat et du soutien de l’économie locale doivent peser dans un contexte de récession et retourner les critiques qui prétendent que la fermeture des commerces et la désertification des centre villes sont la conséquence directe de la fast fashion.<br>Le représentant de Shein ajoute qu’il n’y a pas d’injonction à « consommer plus » sur le site. Le consommateur est « libre de choisir quand, comment et à quel prix s’habiller ». Autre assertion renvoyant à l’arbitraire du consommateur, en réponse aux détracteurs.<br>Côté fabrication, Shein développe des petites séries, produit à la demande, ce qui limite les invendus. Le porte-parole précise que les vêtements Shein sont autant portés que les autres marques pour casser l’image du pollueur inondant la planète de vêtements jetables. Shein se réclame « entreprise responsable ». Mais sa communication continue de s’apparenter à du greenwashing. La DGCCRF l’a en effet épinglée en 2025 pour publicité mensongère.<br>Devant les sénateurs, Shein dit renforcer les contrôles, en collaboration avec les autorités. Il détaille ses procédures et audits pour se conformer à la réglementation et protéger les consommateurs. L’objectif est de montrer sa bonne volonté, de maintenir le dialogue et d’apaiser le débat tandis que des poursuites sont engagées et que la loi anti fast fashion doit entrer en application.&nbsp;<br>Cependant, ce long plaidoyer et la séance de questions-réponses qui suit ne permet pas de lever les doutes des élus présents.</p><h2>L’avenir de la marque chinoise en France</h2><p>Il est difficile d’apprécier les effets de la contre-offensive informationnelle des opposants de Shein sur son activité. Cependant, d’après LSA, le chiffre d’affaires de la plateforme a fortement chuté depuis la découverte très médiatisée de produits illicites sur sa marketplace. Une baisse des ventes en valeur en novembre de 45% par rapport au mois précédent et un recul de 5,2% de parts de marché en France.&nbsp;<br>L’image de Shein aurait-elle souffert à la suite des récents événements ? Pas si sûr. A Rouen, l’ouverture mi-février d’un magasin éphémère de produits issus de la plateforme Shein a été un franc succès. Les clients ont afflué en masse pour trouver des produits à moitié prix. Fin février, l’AFP annonçait l’ouverture de boutiques Shein dans cinq BHV de province, quatre mois après la vague d’indignations qui a accompagné l’ouverture du premier magasin de la marque de mode asiatique dans le plus grand BHV.&nbsp;<br>Dans les faits, la clientèle GenZ reste peu réceptive aux discours autour de la protection de la planète, de la sauvegarde des emplois. Le travail sur l’éducation, les incitations à se tourner vers une mode locale et responsable ne suffisent pas à faire évoluer les comportements. Le prix et la nouveauté priment. Shein incarne cette envie de consommation plus immédiate, plus impulsive et plus économique. Elle se donne un rôle social, presque une responsabilité. Ses détracteurs peinent encore à décrédibiliser son action et ses paroles.&nbsp;<br>L’arsenal anti fast fashion n’est pas le rempart espéré. La loi pourtant votée par les deux chambres n’est pas encore entrée en vigueur, ce que déplorait récemment la FFPAPF.<br>Malgré cela, la séquence répressive se poursuit. Le 3 juin 2026, la DGCCRF a infligé à la plateforme chinoise deux amendes totalisant 22,5 millions d'euros pour des manquements aux règles encadrant la vente à distance et l'information environnementale. Un total de 210 millions d’amendes ces 12 derniers mois, rien qu’en France.<br>La filière parle de nouvelles initiatives d’envergure politique et citoyenne. Du maintien d’une surveillance active des plateformes chinoises et d’actions de sensibilisation notamment autour du textile non normé, de ses dangers pour la santé et l’environnement. Avec toujours pour mot d’ordre, la poursuite de la bataille pour le climat, les droits humains et les entreprises françaises. Le combat est loin d’être terminé. Le retrait de Shein du BHV en est un premier signe.</p><p class="text-align-right"><strong>Benoit Aimond</strong><br><a style="background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;outline:none;text-decoration:none;transition:0.2s;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong>Auditeur de la 50ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p><p>Autres sources<br>https://www.reuters.com/business/retail-consumer/rise-fast-fashion-shein-temu-roils-global-air-cargo-industry-2024-02-21/<br>https://www.franceinfo.fr/culture/mode/enquete-prix-casses-ecologie-et-lobbying-en-france-dans-les-coulisses-de-shein-le-geant-de-la-mode-jetable_7250967.html?utm_source=firefox-newtab-fr-fr<br>https://www.lsa-conso.fr/dior-guerlain-paraboot-sandro-des-grandes-marques-quittent-le-bhv-et-pas-uniquement-a-cause-de-shein,463194<br>https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/05/26/le-gendarme-des-lobbys-saisi-a-propos-des-pratiques-de-shein-en-france_6608666_3234.html<br>https://videos.senat.fr/video.5659163_6970bdac5d7e6.audition-des-representants-de-shein-et-du-bhv</p>]]></description><content><![CDATA[<p><strong>En seulement quelques années, la plateforme de e-commerce Shein s’est hissée au 2ème rang mondial du marché de la mode. En France aussi, la marque chinoise a réussi à imposer son modèle et séduire un large public. Ses pratiques sont aujourd’hui contestées par les acteurs de la filière et par les pouvoirs publics. L’adoption de la loi contre la Fast Fashion et les procédures engagées marquent le début d’une longue bataille. Le géant chinois préfère parler de son impact positif pour l’économie et la société françaises. Mais cette contre-offensive suffira-t-elle à affaiblir le numéro 2 mondial du marché de la mode ?</strong></p><h2><br>Le modèle de Shein est-il menacé ?</h2><p>Le constat est le suivant : « Le modèle de la fast-fashion repose sur l’accélération des cycles de la mode qui pousse les clients à consommer toujours plus et à jeter de plus en plus de vêtements, et les producteurs à baisser les prix et à augmenter les volumes » résume Julia Faure du Mouvement Impact France. La Loi Fast Fashion est la réponse apportée par les pouvoirs publics pour tenter de réduire l’impact environnemental des enseignes de fast fashion implantées majoritairement dans des pays d’Asie du Sud-Est et présentes sur le continent comme Shein. C’est une première mondiale. Le texte porté par la députée Horizons Anne-Cécile Violland a été adopté en 1ère lecture par l'Assemblée nationale le 14 mars 2024 et à l’unanimité par le Sénat le 10 juin 2025. Très attendu par la filière textile, il doit définir ce qu’est la Fast Fashion, encadrer les plateformes, rétablir une forme de concurrence loyale avec les commerçants locaux et défendre les intérêts de l’industrie française. Il est aussi question de sensibiliser le public à l’impact environnemental de la mode éphémère, d’appliquer le principe de pollueur payeur et de réglementer la publicité des plateformes.<br>L’application d’un malus écologique progressif - jusqu’à 10 euros par vêtement - est l’une des mesures phare. Depuis le 1er mars 2026, une taxe de 2 euros est appliquée par catégorie de produit sur les petits colis de moins de 150 euros en provenance des pays hors Union européenne. Le but de la loi est d’augmenter le prix de la livraison des petits colis pour "inciter les consommateurs à réduire les achats impulsifs de produits très bon marché" et réduire l’empreinte carbone du transport aérien concentrant l’essentiel du fret de petits colis. En 2025, Shein a expédié 5000 tonnes de vêtements par jour dans le monde essentiellement par avion. Un tsunami de petits colis amplifié par les droits de douane, le flux des Etats Unis s’étant redirigé vers l’Europe entre temps. 828 millions de colis chinois d'une valeur de 5,58 milliards d'euros ont été livrés en France toujours en 2025.<br>Dans un avis rendu l’automne dernier, la Commission Européenne a validé la grande majorité des dispositions de la loi française. Rappelons que la France a devancé l’Europe dans son combat contre la Fast Fashion. Les états membres ont suivi avec attention les étapes de construction du texte. Mais Bruxelles a aussi émis des réserves. Le principe d’interdiction de la publicité entrait selon elle en contradiction avec la loi européenne sur l'e-commerce (…). Un détail technique qui ne remet pas en cause les objectifs de la loi, restant partagés par la Commission. D’ailleurs, un dispositif européen similaire doit voir le jour contre les risques de contournement via des bases logistiques situées hors de France et pour harmoniser la réglementation sur le continent. En juillet 2026, un droit de douane de 3 euros par article commandé s’appliquera sur le sol européen. En France, il s’ajoutera aux 2 euros de taxe déjà appliqués. La loi française doit être adoptée en Commission mixte paritaire courant 2026.</p><h2><br>L’action de la filière sur le terrain judiciaire et de la communication</h2><p>La Fédération Française du Prêt à Porter féminin (FFPAPF), à la tête de 12 fédérations du commerce et de l'industrie, est à l’initiative d’une première plainte déposée contre Shein, début 2026. Plus de 63 entreprises et une centaine de marques y sont représentées. L’objectif est de faire reconnaître le préjudice économique subi par les entreprises françaises depuis 5 ans, de faire cesser les pratiques illégales de la plateforme (dark patterns, communication trompeuse…) et d’obtenir réparation.&nbsp;<br>Selon le collectif, le modèle de Shein et d’autres plateformes en ligne extra européennes repose sur le non-respect des réglementations applicables aux acteurs implantés en France, créant de fait une distorsion de concurrence. La filière a choisi de dénoncer devant les tribunaux les pratiques déloyales de Shein et ses effets destructeurs avérés sur l’économie, l’emploi et l’environnement. Cette action de groupe est aussi destinée à déconstruire le discours de la plateforme chinoise.&nbsp;<br>Toujours selon les représentants du secteur, Shein participe depuis des années à l’affaiblissement de l’outil de production français avec la mise en liquidation de marques françaises, la fermeture d’usines textile. Le nombre d'emplois dans le secteur de l’habillement a été divisé par trois depuis 1990. Actuellement, 20 000 emplois sont menacés en France et 50 000 à terme. Les commerces en centre-ville sont aussi impactés : 1600 boutiques ont fermé en un an selon l’Alliance du Commerce.<br>Les industriels français évoquent enfin les risques de pollution causée par les tonnes de vêtements à usage presque unique arrivant par avion et l’impact négatif de l’ultra fast fashion sur la filière de recyclage. Nous ne sommes guère éloignés de ce qui est défendu par le texte voté au Parlement.</p><h2>La filière est donc fortement mobilisée sur le terrain judiciaire et sur le front de la communication.</h2><p>Peu avant l’adoption de la loi, la FFPAPF parlait d’un combat mené contre la fast fashion depuis 2022. D’un travail quotidien pour dénoncer les méthodes et abus de Shein, sensibiliser les consommateurs, les médias et les pouvoirs publics face aux risques de perte souveraineté, aux atteintes environnementales et aux problèmes sociétaux de la fast fashion. Une action renforcée dans le temps contre le lobbying XXL de Shein dont le budget a été multiplié par dix en 2024 d’après le registre de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie publique (HATVP).&nbsp;<br>A l’automne 2025, l’ouverture très médiatisée d’un espace Shein au BHV Marais et aux Galeries Lafayette est suivie d’une sévère riposte des acteurs français. Dans son communiqué, la FFPAPF emploie des termes forts et parle de « manque de respect pour la clientèle fidèle de ces enseignes prestigieuses », de risque d’affaiblissement de l’image de la mode française. Pierre Talamon de la FNH (33 000 boutiques de mode indépendantes en France) est dans le même registre. Cet accord contribue selon lui « à tirer les grands magasins vers le bas » et à les détourner de leur mission historique, le « soutien à l’innovation, la diversité et la responsabilité ».<br>Quelques semaines plus tard, survient l’épisode des « poupées de la honte » pour reprendre l’expression de Yann Rivoallan. L’affaire déclenche de nouvelles poursuites et des contrôles sur les marchandises importées. Peu après, les services douaniers français communiquent le chiffre de « 80% de produits non conformes et dangereux ». La DGCCRF saisit la justice et le gouvernement demande le blocage de la plateforme pendant 3 mois. Les chiffres des douanes sont largement repris par les médias. Les suites données à l’affaire également. Malgré cela, le tribunal de Paris rejette la demande de l’Etat. Ce dernier fait appel « convaincu du risque systémique du modèle lié à Shein ».&nbsp;<br>Face au tollé général, l’arrivée de Shein au BHV prend une nouvelle dimension. Certaines marques partenaires de l’enseigne comme la Maison Lejaby, Dior, Guerlain, Sandro, Claudie Pierlot, Tara Jarmon ou Zapa décident de quitter le grand magasin parisien. Le scandale des poupées sert de catalyseur. Et à mesure que l’on se rapproche des fêtes de fin d’année, les annonces de départs se multiplient. Les fournisseurs ne cautionnent pas le positionnement du géant chinois ni les choix de Frédéric Merlin, le nouveau directeur du magasin derrière le rapprochement avec Shein. Cependant, le vrai motif de départ est ailleurs. Ce sont les retards de paiement et les « plus de 6 millions d’euros d’impayés » qui sont à l’origine du retrait des marques françaises si l’on écoute la FFPAPF.&nbsp;<br>Le 10 décembre, les instances représentatives du secteur sont reçues par la commission des Affaires économiques du Sénat. Elles en profitent pour demander aux sénateurs à « frapper vite et fort contre Shein ». Olivier Ducatillion de l’Union des Industries Textiles parle de la multiplication des normes contournées par la concurrence étrangère. Yann Rivoallan (FFPAPF) utilise ce moment d’échange pour lâcher "On vend de la merde aux Français". Allusion directe à Shein et ses 10 000 à 50 000 nouvelles pièces par jour.&nbsp;<br>Emmanuel Macron s’empare à son tour du sujet lors de sa visite en Chine début décembre, évoquant de manière voilée la distorsion de concurrence et la menace des plateformes chinoises sur le commerce français.<br>Cette défiance du secteur à l’égard du géant asiatique s’exprime également en amont, dans l’enseignement supérieur. Selon Libération, le directeur de l’Institut Français de la Mode (IFM), l’établissement public qui accueille 1300 étudiants de 70 nationalités et symbolise l’excellence dans le secteur, a refusé un partenariat avec Shein. La proposition financière pourtant supérieure à la contribution du plus grand donateur de la Fondation de l’école n’a pas suffi à convaincre la direction qui revendique des valeurs à l’opposé du modèle chinois.<br>Les prises de position très fermes de la profession peuvent aboutir à des mises à l’écart. En septembre 2025, l’Alliance française du commerce a vertement critiqué Pimkie après que la marque française a annoncé un partenariat stratégique avec Shein. Accord conclu pour accéder à son écosystème, développer son activité en ligne, 2 ans après avoir engagé une vaste restructuration. Une initiative qui ne passe pas au sein des organisations professionnelles qui veulent envoyer un signal. « Situation inacceptable » pour l'Alliance. La Fédération des enseignes de l'habillement décide en représailles et à l'unanimité d’exclure Pimkie. La mesure ne manque pas de faire réagir Salih Halassiva, le dirigeant de la PME française. Celui-ci rappelle à l’AFP le manque de soutien des instances lorsque son entreprise était en grande difficulté et cherchait à se relever. On se retrouve dans une période où l’on demande de choisir son camp.</p><h2>Comment Shein tente d’influer sur le débat public et de légitimer son action</h2><p>La plateforme s’est offert les services de Magali Berdah (1,7 M de followers sur Instagram, 1,1 M sur Snapshat) et a monté en mai 2025 une campagne sur les réseaux sociaux pour y dénoncer la proposition de loi Fast Fashion. L’opération montre l’influenceuse interviewer des passants dans la rue et les faire réagir au projet de taxe sur les ventes de produits chinois. L’angle d’attaque est celui de la défense du pouvoir d’achat. La séquence doit montrer que la future loi pénalisera les catégories les plus modestes en ciblant Shein. Le message inspiré d’une campagne de l’agence Havas est très politique : « la mode est un droit, pas un privilège ». Un travail de construction et d’amplification de soutien populaire pour instrumentaliser l’opinion et tenter de peser dans le débat parlementaire. France Nature Environnement évoque une communication trompeuse et saisit le juge de déontologie publicitaire. D’autres associations comme l’Observatoire des multinationales et les Amis de la Terre lui emboitent le pas mais pour d’autres raisons. Elles saisissent la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, pointant certaines irrégularités dans les activités de lobbying du chinois.<br>Au même moment, Shein intensifie sa campagne de lobbying et adresse un rapport de 37 pages à tous les parlementaires, avant l’examen du texte au Sénat. L’étude signée Frédéric Jenny, professeur d'économie à l'Essec ? explique pourquoi la taxe est synonyme de perte de pouvoir d’achat des classes populaires. On y retrouve le narratif de l’agence Havas.&nbsp;<br>L’équipe de lobbystes tente de déclencher des rencontres avec des conseillers de l’Elysée, de Matignon, de Bercy et du ministère de la Transition écologique pour gagner des soutiens et temporiser.&nbsp;<br>Le recours à des personnalités politiques de premier rang comme l'ancien ministre de l'Intérieur Christophe Castaner - reconverti dans le conseil et dont la mission officielle depuis décembre 2024 est d’accompagner la plateforme chinoise dans sa démarche sociétale et environnementale (…) permet des ouvertures de porte même si celui-ci s’en défend. En mars, lors de sa venue en France, le CEO Donald Tang rencontre le Medef. D’autres ministres et anciens collègues de Castaner sont approchés et préfèrent décliner. Peu avant l’arrivée du texte au Sénat, l’ancien ministre régalien prend la parole et dénonce les « moralisateurs dégueulasses » qui veulent taxer « des produits jugés trop populaires ».<br>Shein prend aussi contact avec des élus pour partager une note et orienter les travaux en commission. Le travail de Fabrice Layer, ex responsable affaires publiques de Huawei, à l’initiative ici avec d’autres anciens conseillers ministériels, semble porter ses fruits. Le texte définitif propose une définition de la fast fashion moins contraignante pour Shein, qui réduit les malus et écarte le projet d’interdiction totale de la publicité.<br>L’agence Plead en charge des affaires publiques de Shein, dirigée par Yannick Bolloré, profite de l’arrêt à Paris de son client pour réserver la Une du Journal du Dimanche (propriété de Vincent Bolloré) et défendre la cause de la plateforme après que le texte a été adopté à l’Assemblée. Le travail des lobbystes consiste à se défaire de cette image d’entreprise de fast fashion : Shein est une « entreprise vertueuse » peut-on lire dans les colonnes du JDD.<br>A noter que d’autres journaux sollicités refusent de servir de tribune à l’entreprise chinoise.<br>Bien plus tard, lors de son audition devant la Commission des Affaires Economiques du Sénat le 20 janvier 2026, le directeur des relations extérieures de Shein France, Quentin Ruffat, reprend des éléments de langage de son collègue Fabrice Layer. Mais le contexte s’est durci depuis. Nous sommes à quelques semaines de l’affaire des poupées sexuelles. Le discours du porte-parole est recentré sur l’activité de Shein, ses retombées sur l’économie. Dans ce nouvel épisode de guerre informationnelle, la marque veut apparaître comme un acteur clé du secteur, non comme un fossoyeur de l’industrie textile. Une intervention à des fins de neutralisation du récit adverse et pour allumer des contre feux.<br>Devant les sénateurs, Mr Ruffat rappelle que Shein n’est pas à l’origine des difficultés historiques de la filière, que son entreprise contribue à la croissance du PIB et à la création d’emplois en France. Il explique soutenir le secteur et prendre part à la structuration de l’écosystème. Le programme Shein Accelerator est cité en exemple de l’accompagnement des marques françaises et des créateurs émergents. Si l’on décrypte, les micro et macro-créateurs sont utilisés comme des vecteurs de légitimation de la méthode Shein. Sylvain Maillard, député et président du groupe d’amitié France-Chine, s’est félicité sur les réseaux sociaux de l’existence de la Creative House de Shein, un atelier dédié aux jeunes designers français. La reconnaissance en un tweet du soutien de Shein à la création.<br>Mais le plus important est à venir. Shein se revendique comme une marque qui répond aux attentes des clients modestes, éloignés des centre villes et satisfait des besoins non couverts par les autres acteurs. Les propos bien choisis font écho aux déclarations du PDG quelques mois plus tôt. Shein, c’est une mode accessible, pour tous, « du triple XS au triple XL ». Le champion de la fast fashion continue à se poser en défenseur des consommateurs exposés à la vie chère. Ces arguments autour de l’inclusivité, de la défense du pouvoir d’achat et du soutien de l’économie locale doivent peser dans un contexte de récession et retourner les critiques qui prétendent que la fermeture des commerces et la désertification des centre villes sont la conséquence directe de la fast fashion.<br>Le représentant de Shein ajoute qu’il n’y a pas d’injonction à « consommer plus » sur le site. Le consommateur est « libre de choisir quand, comment et à quel prix s’habiller ». Autre assertion renvoyant à l’arbitraire du consommateur, en réponse aux détracteurs.<br>Côté fabrication, Shein développe des petites séries, produit à la demande, ce qui limite les invendus. Le porte-parole précise que les vêtements Shein sont autant portés que les autres marques pour casser l’image du pollueur inondant la planète de vêtements jetables. Shein se réclame « entreprise responsable ». Mais sa communication continue de s’apparenter à du greenwashing. La DGCCRF l’a en effet épinglée en 2025 pour publicité mensongère.<br>Devant les sénateurs, Shein dit renforcer les contrôles, en collaboration avec les autorités. Il détaille ses procédures et audits pour se conformer à la réglementation et protéger les consommateurs. L’objectif est de montrer sa bonne volonté, de maintenir le dialogue et d’apaiser le débat tandis que des poursuites sont engagées et que la loi anti fast fashion doit entrer en application.&nbsp;<br>Cependant, ce long plaidoyer et la séance de questions-réponses qui suit ne permet pas de lever les doutes des élus présents.</p><h2>L’avenir de la marque chinoise en France</h2><p>Il est difficile d’apprécier les effets de la contre-offensive informationnelle des opposants de Shein sur son activité. Cependant, d’après LSA, le chiffre d’affaires de la plateforme a fortement chuté depuis la découverte très médiatisée de produits illicites sur sa marketplace. Une baisse des ventes en valeur en novembre de 45% par rapport au mois précédent et un recul de 5,2% de parts de marché en France.&nbsp;<br>L’image de Shein aurait-elle souffert à la suite des récents événements ? Pas si sûr. A Rouen, l’ouverture mi-février d’un magasin éphémère de produits issus de la plateforme Shein a été un franc succès. Les clients ont afflué en masse pour trouver des produits à moitié prix. Fin février, l’AFP annonçait l’ouverture de boutiques Shein dans cinq BHV de province, quatre mois après la vague d’indignations qui a accompagné l’ouverture du premier magasin de la marque de mode asiatique dans le plus grand BHV.&nbsp;<br>Dans les faits, la clientèle GenZ reste peu réceptive aux discours autour de la protection de la planète, de la sauvegarde des emplois. Le travail sur l’éducation, les incitations à se tourner vers une mode locale et responsable ne suffisent pas à faire évoluer les comportements. Le prix et la nouveauté priment. Shein incarne cette envie de consommation plus immédiate, plus impulsive et plus économique. Elle se donne un rôle social, presque une responsabilité. Ses détracteurs peinent encore à décrédibiliser son action et ses paroles.&nbsp;<br>L’arsenal anti fast fashion n’est pas le rempart espéré. La loi pourtant votée par les deux chambres n’est pas encore entrée en vigueur, ce que déplorait récemment la FFPAPF.<br>Malgré cela, la séquence répressive se poursuit. Le 3 juin 2026, la DGCCRF a infligé à la plateforme chinoise deux amendes totalisant 22,5 millions d'euros pour des manquements aux règles encadrant la vente à distance et l'information environnementale. Un total de 210 millions d’amendes ces 12 derniers mois, rien qu’en France.<br>La filière parle de nouvelles initiatives d’envergure politique et citoyenne. Du maintien d’une surveillance active des plateformes chinoises et d’actions de sensibilisation notamment autour du textile non normé, de ses dangers pour la santé et l’environnement. Avec toujours pour mot d’ordre, la poursuite de la bataille pour le climat, les droits humains et les entreprises françaises. Le combat est loin d’être terminé. Le retrait de Shein du BHV en est un premier signe.</p><p class="text-align-right"><strong>Benoit Aimond</strong><br><a style="background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;outline:none;text-decoration:none;transition:0.2s;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong>Auditeur de la 50ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p><p>Autres sources<br>https://www.reuters.com/business/retail-consumer/rise-fast-fashion-shein-temu-roils-global-air-cargo-industry-2024-02-21/<br>https://www.franceinfo.fr/culture/mode/enquete-prix-casses-ecologie-et-lobbying-en-france-dans-les-coulisses-de-shein-le-geant-de-la-mode-jetable_7250967.html?utm_source=firefox-newtab-fr-fr<br>https://www.lsa-conso.fr/dior-guerlain-paraboot-sandro-des-grandes-marques-quittent-le-bhv-et-pas-uniquement-a-cause-de-shein,463194<br>https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/05/26/le-gendarme-des-lobbys-saisi-a-propos-des-pratiques-de-shein-en-france_6608666_3234.html<br>https://videos.senat.fr/video.5659163_6970bdac5d7e6.audition-des-representants-de-shein-et-du-bhv</p>]]></content><dc:creator>Malo</dc:creator></item><item><title>Nomination - Jean-Claude Gallet prend les commandes de l’École de Guerre Économique</title><link>https://www.ege.fr/actualites/nomination-jean-claude-gallet-prend-les-commandes-de-lecole-de-guerre-economique</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/7NHLV4FZKRN4LJLTFLXRMK7WFE.jpg.webp?itok=LaSrVm1t" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/7NHLV4FZKRN4LJLTFLXRMK7WFE.jpg.webp?itok=z_tgxCFX</url><link>https://www.ege.fr/actualites/nomination-jean-claude-gallet-prend-les-commandes-de-lecole-de-guerre-economique</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/actualites/nomination-jean-claude-gallet-prend-les-commandes-de-lecole-de-guerre-economique</guid><category>news</category><pubDate>Wed, 01 Jul 2026 17:01:03 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p><strong>C’est une nouvelle étape majeure pour l’École de Guerre Économique (EGE). Le général (2S) Jean-Claude Gallet prend officiellement la direction de l’école, après un parcours marqué par des responsabilités de premier plan au sein de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, dans les sphères du renseignement, puis au sein du Groupe Michelin, où il occupait récemment les fonctions de directeur corporate anticipation, prévention et protection. Il succède à Christian Harbulot, fondateur de l’établissement, crée en 1997, et pionnier de l’intelligence économique en France, qui part à la retraite après avoir dirigé l’école pendant près de trente ans.</strong></p><h2>Le Général (2S) Gallet, serviteur de l’État forgé par les crises</h2><p>Formé à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion Cadets de la France Libre 1985/1988), le général (2S) Jean-Claude Gallet a un parcours singulier au croisement du renseignement, de la gestion de crises majeures et de la protection des intérêts stratégiques français. Trois vies professionnelles distinctes, mais profondément complémentaires, qui ont façonné une vision globale des enjeux de guerre économique liés aux interactions géopolitiques.</p><p>La première s’écrit au cœur du renseignement extérieur français. Dès 1996, il rejoint les services de renseignements extérieurs où il est affecté au sein d’un secteur géographique. Au fil de ses missions, il est confronté à plusieurs théâtres de crises majeurs. Cette expérience de terrain le conduit ensuite à exercer des responsabilités stratégiques en tant que chef du service géopolitique et participe également à la remontée en puissance du contre-espionnage. &nbsp;.</p><p>Son autre parcours &nbsp;est intimement &nbsp;lié à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, où en tant que Général Commandant, il alterne responsabilités de terrain et planification stratégique. Il s’est ainsi retrouvé en première ligne lors des crises les plus marquantes de la dernière décennie. Dans ces moments d’exception, sa mission dépasse largement la gestion de l’urgence. Il agit dans le but de limiter les répercussions de la crise et de coordonner, dans un même mouvement, expertise technique, décision politique et communication publique.</p><p>La troisième étape de son parcours le conduit au sein du groupe Michelin, où il occupe les fonctions de directeur corporate anticipation prévention protection. Direction qui comprend les entités en charge de la cyber, de la sûreté, de la sécurité internationale, de la sécurité incendie, de la santé, hygiène et toxicologie et bien sûr de l’intelligence économique. Il y développe les capacités d’anticipation et de résilience du groupe dans un contexte marqué par l’intensification de la concurrence mondiale et le retour des tensions géopolitiques. Cette expérience renforce une conviction qui guide aujourd’hui sa réflexion : &nbsp;les grandes entreprises doivent être considérées comme de véritables infrastructures stratégiques. Car dans un monde où les rapports de force économique se durcissent, les attaques visant les États passent souvent par la fragilisation de leurs capacités industrielles et économiques.</p><h2>Renforcer une empreinte plus opérationnelle au sein de l’EGE</h2><p>« Aujourd’hui, en France, malgré l’excellence de nos ingénieurs, nous accusons près de vingt-cinq ans de retard dans le management de l’innovation » souligne Christian Harbulot, directeur sortant de l’École de Guerre Économique (EGE). Selon lui, un des défis à relever consiste à rapprocher des univers qui continuent trop souvent à évoluer en parallèle. « Il existe un besoin impérieux de former des profils capables de créer des passerelles entre les sciences humaines et sociales, d’une part, et les disciplines de l’ingénierie, d’autre part. Cette volonté de bâtir un véritable accélérateur entre ces mondes est l’une des raisons qui a conduit Jean-Claude Gallet à accepter cette mission », poursuit-il.</p><p>Avec plus de 400 étudiants répartis au sein de douze formations, l’EGE s’est imposée comme un acteur important dans la production de savoir autour de la guerre économique et guerre de l’information. Les rapports publiés reposent à la fois sur les travaux de son centre de recherche, créé en 2021, et sur des projets menés par les étudiants sur des problématiques concrètes, en lien direct avec des entreprises et des institutions publiques.</p><p>Cette approche résolument opérationnelle constitue l’un des axes que Jean-Claude Gallet entend renforcer. Pour lui, la confrontation permanente à des cas réels est la meilleure manière d’adapter les formations aux mutations rapides du monde contemporain, qu’il s’agisse des nouvelles formes de compétition économique, des guerres informationnelles ou des bouleversements technologiques.</p><p>« Dans la continuité des actions engagées par Christian Harbulot, je souhaite faire de l’EGE, un acteur toujours plus engagé au service des organisations confrontées à un environnement devenu plus complexe, plus incertain et plus conflictuel » exprime le Général (2S) Jean-Claude Gallet. Une ambition qui passe par la formation de jeunes via la formation initiale, mais aussi par les professionnels déjà en poste à travers les programmes de formation continue et exécutive. « L’objectif est de former une nouvelle génération d’experts capables de faire dialoguer des univers qui s’ignorent encore trop souvent et de décloisonner les organisations. Des profils aptes à créer du lien entre ingénieurs, décideurs publics, industriels, experts du renseignement ou spécialistes des sciences humaines afin de répondre aux défis stratégiques du XXIe siècle » ajoute le nouveau directeur de l’école.</p><p>« L’EGE a une mission essentielle à remplir dans la France d’aujourd’hui. Pour la poursuivre et l’amplifier, il fallait une personnalité capable de fédérer, de rassurer et de faire dialoguer des acteurs aux cultures très différentes. Jean-Claude Gallet possède précisément cette capacité », conclut Christian Harbulot.</p><p class="text-align-center"><a class="gp-button link--generic-advanced" href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/CP_NominationJCGallet_260701.pdf">TÉLÉCHARGER LE COMMUNIQUÉ DE PRESSE</a></p>]]></description><content><![CDATA[<p><strong>C’est une nouvelle étape majeure pour l’École de Guerre Économique (EGE). Le général (2S) Jean-Claude Gallet prend officiellement la direction de l’école, après un parcours marqué par des responsabilités de premier plan au sein de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, dans les sphères du renseignement, puis au sein du Groupe Michelin, où il occupait récemment les fonctions de directeur corporate anticipation, prévention et protection. Il succède à Christian Harbulot, fondateur de l’établissement, crée en 1997, et pionnier de l’intelligence économique en France, qui part à la retraite après avoir dirigé l’école pendant près de trente ans.</strong></p><h2>Le Général (2S) Gallet, serviteur de l’État forgé par les crises</h2><p>Formé à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion Cadets de la France Libre 1985/1988), le général (2S) Jean-Claude Gallet a un parcours singulier au croisement du renseignement, de la gestion de crises majeures et de la protection des intérêts stratégiques français. Trois vies professionnelles distinctes, mais profondément complémentaires, qui ont façonné une vision globale des enjeux de guerre économique liés aux interactions géopolitiques.</p><p>La première s’écrit au cœur du renseignement extérieur français. Dès 1996, il rejoint les services de renseignements extérieurs où il est affecté au sein d’un secteur géographique. Au fil de ses missions, il est confronté à plusieurs théâtres de crises majeurs. Cette expérience de terrain le conduit ensuite à exercer des responsabilités stratégiques en tant que chef du service géopolitique et participe également à la remontée en puissance du contre-espionnage. &nbsp;.</p><p>Son autre parcours &nbsp;est intimement &nbsp;lié à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, où en tant que Général Commandant, il alterne responsabilités de terrain et planification stratégique. Il s’est ainsi retrouvé en première ligne lors des crises les plus marquantes de la dernière décennie. Dans ces moments d’exception, sa mission dépasse largement la gestion de l’urgence. Il agit dans le but de limiter les répercussions de la crise et de coordonner, dans un même mouvement, expertise technique, décision politique et communication publique.</p><p>La troisième étape de son parcours le conduit au sein du groupe Michelin, où il occupe les fonctions de directeur corporate anticipation prévention protection. Direction qui comprend les entités en charge de la cyber, de la sûreté, de la sécurité internationale, de la sécurité incendie, de la santé, hygiène et toxicologie et bien sûr de l’intelligence économique. Il y développe les capacités d’anticipation et de résilience du groupe dans un contexte marqué par l’intensification de la concurrence mondiale et le retour des tensions géopolitiques. Cette expérience renforce une conviction qui guide aujourd’hui sa réflexion : &nbsp;les grandes entreprises doivent être considérées comme de véritables infrastructures stratégiques. Car dans un monde où les rapports de force économique se durcissent, les attaques visant les États passent souvent par la fragilisation de leurs capacités industrielles et économiques.</p><h2>Renforcer une empreinte plus opérationnelle au sein de l’EGE</h2><p>« Aujourd’hui, en France, malgré l’excellence de nos ingénieurs, nous accusons près de vingt-cinq ans de retard dans le management de l’innovation » souligne Christian Harbulot, directeur sortant de l’École de Guerre Économique (EGE). Selon lui, un des défis à relever consiste à rapprocher des univers qui continuent trop souvent à évoluer en parallèle. « Il existe un besoin impérieux de former des profils capables de créer des passerelles entre les sciences humaines et sociales, d’une part, et les disciplines de l’ingénierie, d’autre part. Cette volonté de bâtir un véritable accélérateur entre ces mondes est l’une des raisons qui a conduit Jean-Claude Gallet à accepter cette mission », poursuit-il.</p><p>Avec plus de 400 étudiants répartis au sein de douze formations, l’EGE s’est imposée comme un acteur important dans la production de savoir autour de la guerre économique et guerre de l’information. Les rapports publiés reposent à la fois sur les travaux de son centre de recherche, créé en 2021, et sur des projets menés par les étudiants sur des problématiques concrètes, en lien direct avec des entreprises et des institutions publiques.</p><p>Cette approche résolument opérationnelle constitue l’un des axes que Jean-Claude Gallet entend renforcer. Pour lui, la confrontation permanente à des cas réels est la meilleure manière d’adapter les formations aux mutations rapides du monde contemporain, qu’il s’agisse des nouvelles formes de compétition économique, des guerres informationnelles ou des bouleversements technologiques.</p><p>« Dans la continuité des actions engagées par Christian Harbulot, je souhaite faire de l’EGE, un acteur toujours plus engagé au service des organisations confrontées à un environnement devenu plus complexe, plus incertain et plus conflictuel » exprime le Général (2S) Jean-Claude Gallet. Une ambition qui passe par la formation de jeunes via la formation initiale, mais aussi par les professionnels déjà en poste à travers les programmes de formation continue et exécutive. « L’objectif est de former une nouvelle génération d’experts capables de faire dialoguer des univers qui s’ignorent encore trop souvent et de décloisonner les organisations. Des profils aptes à créer du lien entre ingénieurs, décideurs publics, industriels, experts du renseignement ou spécialistes des sciences humaines afin de répondre aux défis stratégiques du XXIe siècle » ajoute le nouveau directeur de l’école.</p><p>« L’EGE a une mission essentielle à remplir dans la France d’aujourd’hui. Pour la poursuivre et l’amplifier, il fallait une personnalité capable de fédérer, de rassurer et de faire dialoguer des acteurs aux cultures très différentes. Jean-Claude Gallet possède précisément cette capacité », conclut Christian Harbulot.</p><p class="text-align-center"><a class="gp-button link--generic-advanced" href="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/media_files/CP_NominationJCGallet_260701.pdf">TÉLÉCHARGER LE COMMUNIQUÉ DE PRESSE</a></p>]]></content><dc:creator>fsimon</dc:creator></item><item><title>Encerclement cognitif contre la profession d’ostéopathes</title><link>https://www.ege.fr/infoguerre/encerclement-cognitif-contre-la-profession-dosteopathes</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/enserclement_osteophates.jpg.webp?itok=KFgdiLlR" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/enserclement_osteophates.jpg.webp?itok=JAYx27Xt</url><link>https://www.ege.fr/infoguerre/encerclement-cognitif-contre-la-profession-dosteopathes</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/infoguerre/encerclement-cognitif-contre-la-profession-dosteopathes</guid><category>articlee</category><pubDate>Tue, 30 Jun 2026 15:42:42 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Depuis le décret de 2007 qui la réglemente, l'ostéopathie est l'objet d'une confrontation informationnelle structurée dont l'enjeu réel n'est pas médical mais décisionnel. Il s’agit de convaincre les mutuelles de maintenir ou de supprimer son remboursement, et ainsi orienter l’accès aux soins. D'un côté, on trouve un bloc médico-institutionnel disposant de leviers normatifs puissants capable de transformer une position corporative en doctrine d'État. De l'autre, fait face une profession fragmentée contrainte de produire sa légitimité sur le terrain de l'expérience patient.</strong></p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Contexte du conflit et cartographie du champ de bataille informationnel</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L’ostéopathie est pratiquée en France depuis le début du XXᵉ siècle sans cadre légal. La profession a obtenu sa première reconnaissance avec la loi du 4 mars 2002, puis le décret du 25 mars 2007 fixant les conditions d'exercice.<br>Contexte&nbsp;: genèse d’un conflit de légitimité<br>Mais sous l'influence du corps médical, la profession des ostéopathes s'est vu imposer un périmètre étroit d'actes, l'interdiction du diagnostic différentiel. Ses actes ne sont pas remboursés par l'Assurance Maladie.&nbsp;<br>Identification des belligérants et de leurs objectifs stratégiques<br>. Le bloc médico-institutionnel&nbsp;: ordre des médecins, Académie de médecine, syndicats médicaux. Objectif déclaré&nbsp;: protection du patient. Objectif profond&nbsp;: maintien de la hiérarchie des professions de santé. Leur efficacité repose sur l’alliance tactique avec les organes de l’État, qui transforme l’opinion corporative en caution normative.<br>. Les ostéopathes&nbsp;: profession fragmentée, exclue du remboursement obligatoire, encadrée depuis 2007 seulement. Légitimité construite sur l’expérience patient et l’efficience économique. Faiblesse centrale&nbsp;: aucun levier normatif direct sur les décideurs.<br>. L’État et ses organes administratifs&nbsp;: la Haute Autorité de Santé, HAS, le Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie, HCCAM, et l’Inspection Générale des Affaires Sociales, IGAS, définissent la doctrine sanitaire et encadrent le remboursement par les mutuelles via la Loi de financement de la Sécurité sociale, PLFSS. La porosité avec le bloc médical est structurelle&nbsp;: les mêmes experts circulent entre agences, Académie et cabinets ministériels, transformant une position corporative en doctrine d’État.<br>. Le public&nbsp;: cible des deux camps, mais aussi ressource&nbsp;: témoignages patients, sondages, pétitions. Une parole perçue comme désintéressée, à valeur politique supérieure à celle des syndicats. La cible décisive reste néanmoins la mutuelle, c’est elle qui rend une pratique ordinaire ou périphérique.<br>. Les mutuelles&nbsp;: objectif terminal du conflit. Elles ont généralisé le remboursement de l’ostéopathie après 2007. Elles reçoivent deux flux contradictoires&nbsp;: signaux de prudence sanitaire du bloc médical et signaux de demande sociale des ostéopathes. Les mutuelles sont généralement présentées comme des organismes à but non lucratif, visant à protéger les intérêts de leurs adhérents via la gestion collective des risques santé. Elles évoluent dans un environnement concurrentiel avec plus de 400 acteurs sur le marché.&nbsp;<br>La structure du champ cognitif contesté<br>Cette guerre se déploie sur trois niveaux simultanément.&nbsp;<br>Sur celui des perceptions immédiates, la question posée au patient,« à qui confier ma douleur ? », est préconstruite par des années de messages sanitaires conduisant au réflexe médical.&nbsp;<br>Sur celui des représentations collectives, le bloc médico-institutionnel a opéré un déplacement sémantique décisif. La question n'est plus « l'ostéopathie est-elle efficace ? » mais « dans quelles conditions peut-elle être pratiquée sans danger ? ». Ce recadrage institue le médecin comme arbitre légitime.&nbsp;<br>Sur celui des décisions institutionnelles, la bataille se joue dans les textes réglementaires et les arbitrages de la Loi de financement de la Sécurité Sociale, PLFSS. Cette bataille informationnelle produit ses effets les plus concrets et les moins visibles.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les opérations informationnelles du bloc médico-institutionnel</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L'information crédible émane d'institutions dont la légitimité est préalablement établie. Les rapports INSERM, les avis de l'Académie de médecine, les recommandations de la HAS et les conclusions de l'IGAS constituent un dispositif de production documentaire. Sa densité crée un effet d'accumulation probatoire. Ces documents n'affirment pas que l'ostéopathie est inefficace, ce qui serait contestable. Ils installent une présomption de risque, utile lorsque la preuve d'efficacité est la condition implicite du financement.<br>La conquête de la source et l’instrumentalisation scientifique&nbsp;<br>Cette stratégie se prolonge par l’exploitation tronquée des études scientifiques. L'étude Nguyen et al., publiée dans le JAMA Internal Medicine en 2021 est régulièrement resservie dans les débats sur le déremboursement depuis 2024. Elle conclut que l'ostéopathie n'est pas plus efficace qu'un placebo sur la lombalgie, sans préciser que le « placebo » utilisé était en réalité une manipulation légère. La conclusion simplifiée, « inefficace comme un placebo », est relayée dans différents médias notamment par un communiqué de l'AP-HP, le Quotidien du Médecin. Elle est également reprise par les médias grand public tels que Femme actuelle ou par le biais d'une interview du Professeur François Rannou sur France Culture. Cette conclusion nuancée traduite en slogan disqualifiant est amplifiée par les circuits médiatiques.<br>La percolation cognitive : transformer la recommandation en réflexe social<br>La deuxième opération consiste à faire descendre le message institutionnel vers l'espace public jusqu'à prendre l'apparence d'une évidence sociale. Cette diffusion s'articule en quatre échelons.&nbsp;<br>Le premier est la presse écrite grand public, qui couvre l'ensemble du spectre politique éditorial. Le Figaro publie en avril 2024 « La grande désillusion des jeunes ostéopathes », dégradant l'image de la profession par le capital humain. Charlie Hebdo dresse en novembre 2023 un portrait partisan offrant une caisse de résonance à ses détracteurs les plus virulents.&nbsp;<br>Le deuxième échelon est la presse médicale professionnelle. Egora.fr publie en août 2024 le témoignage d'un ancien ostéopathe affirmant avoir été « formé à devenir un charlatan ». Il qualifie la profession de « secte » au sens de la Miviludes. Ce vecteur est particulièrement efficace car il s'adresse aux médecins eux-mêmes, prescripteurs et orienteurs de patients.&nbsp;<br>Le troisième échelon est l'audiovisuel&nbsp;: les reportages télévisés et l'émission « Les Idées Claires » produites par France Culture et France info. Ils posent explicitement la question : « Et si l'ostéopathie n'était qu'un placebo ? ».&nbsp;<br>Le quatrième échelon est le numérique militant. Les chaînes YouTube Primum Non Nocere (chirurgien, 90 000 abonnés) et Asclépios (cardiologue) sont actives depuis 2014. Les fondateurs de ces chaînes sont précisément ceux qui ont initié la tribune No Fake Med dans Le Figaro. Les mêmes acteurs opérant successivement sur le registre pédagogique puis offensif selon les phases de la campagne.<br>Au terme de ce processus en cascade, « mieux vaut vérifier » circulent sur les forums parentaux et de santé comme des conseils entre pairs. C'est l'opération psychologique réussie, celle dont le sujet ne perçoit pas le caractère opératoire.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L'instrumentalisation judiciaire et la guerre sémantique</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les opérations ne se limitent pas aux flux documentaires. L'affaire jugée en 2016 par le tribunal de Metz fonctionne comme un signal fort. Un ostéopathe est condamné pour manipulations sur un nourrisson relevant d'une pathologie médicale. L'Ordre des médecins s'était constitué partie civile comme dans d’autres affaires du même type. Un fait judiciaire médiatisé vaut moins par ses conséquences juridiques que par son pouvoir d'exemplarité narrative. Il rend visible la frontière entre exercice médical légitime et pratique périphérique là où les rapports restent abstraits.<br>L'affaire Santéclair (2015-2017) révèle une guerre sémantique sur le vocabulaire lui-même. Le Syndicat national des médecins ostéopathes et la Fédération des médecins de France assignent Santéclair pour avoir désigné les ostéopathes comme des « professionnels de santé ». La justice rejette la plainte en 2017, mais l'effet informationnel est produit : la légitimité sémantique de l'ostéopathie est publiquement contestée. Celui qui contrôle les mots contrôle les catégories dans lesquelles les décideurs pensent.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La rupture frontale : No Fake Med comme opération sous fausse bannière</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Lorsque la percolation cognitive atteint ses limites, le bloc médico-institutionnel franchit un seuil en attaquant frontalement sous couverture citoyenne. Le collectif No Fake Med, fondé en 2018, mène des campagnes numériques virulentes contre les pratiques alternatives alors que ses fondateurs sont majoritairement issus du corps médical. En septembre 2022, il publie dans Le Figaro une tribune affirmant que « l'ostéopathie est dangereuse chez le nourrisson ». Et ce, sans signature nominale ni référence citée, choisissant délibérément la cible émotionnelle la plus forte : les parents de nourrissons. L'absence de signatures est paradoxalement une force opérationnelle : elle rend la tribune inattaquable sur le fond tout en diffusant l'alerte. La Société Européenne de Recherche en Ostéopathie Périnatale &amp; Pédiatrique, SEROPP, dénonce une tribune affirmant que les ostéopathes « manipuleraient les jeunes parents, profitant de leur vulnérabilité ».<br>Cette sortie de réserve stratégique permet d'attaquer directement ce que les rapports institutionnels ne pouvaient qu'encadrer prudemment. Elle confère au message la crédibilité d'une indignation citoyenne désintéressée.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Opérations coordonnées mars-mai 2024</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La concentration de trois offensives médiatiques majeures sur une fenêtre de soixante jours, ne relève pas de la coïncidence. Le premier est le reportage TF1 sur les dérives de Doctolib (4 mars 2024). Le deuxième est le reportage France 2 sur l'ostéopathie pédiatrique et le syndrome de KISS, trouble affectant les nouveaux nés (9 mai 2024). Le dernier est l’enquête Franceinfo citant sélectivement la HAS pour affirmer qu'elle « ne recommande pas l'ostéopathie pour les bébés ». Cela porte la signature d'une opération informationnelle structurée, même sans preuve de concertation explicite.<br>Le déclencheur est identifiable : la mission sénatoriale sur les complémentaires santé lance officiellement ses travaux deux jours après le reportage TF1. Sa consultation publique s'achève le 22 avril, entre les deux reportages TV. Les médias grand public sensibilisent l'opinion aux « dérives » des pratiques alternatives avant que le rapport sénatorial ne rende ses conclusions. Ils les rendent socialement acceptables avant même leur publication. Le contexte déclencheur est la hausse annoncée fin 2023 des tarifs des mutuelles (+8,1 % en moyenne). Cela crée une fenêtre d'opportunité politique saisie immédiatement par le bloc médico-institutionnel.<br>Chaque vecteur mobilise une technique distincte : TF1 pratique l'amalgame par association, mêler ostéopathie réglementée et pratiques non encadrées pour disqualifier l'ensemble par contamination. France 2 recourt à la généralisation par le cas marginal, le syndrome de KISS, usage minoritaire et contesté, sert à questionner l'ensemble de l'ostéopathie pédiatrique. France info opère par citation partielle de source autoritaire, sélectionner, dans un document HAS de 2019 sur les lombalgies, la phrase la plus défavorable en omettant les passages favorables. Trois techniques, une seule cible cognitive : l'espace de légitimité dans lequel sénateurs et décideurs des mutuelles vont former leur jugement.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Les opérations informationnelles de la profession ostéopathique</strong><br>Face à l'asymétrie institutionnelle, la profession a développé une stratégie de contournement informationnel. Il s’agit de produire une légitimité sur un registre différent. La consultation est construite comme une expérience globale, écoute prolongée, explication des gestes, conseils post-séance, générant un récit patient positif et contagieux.<br><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Légitimité expérientielle, présence territoriale et recadrage économique</strong><br>Les plateformes d'avis (Doctolib, Google), les forums et réseaux sociaux constituent un dispositif distribué de production testimoniale. Ce dernier recrute des émetteurs non professionnels, les patients eux-mêmes, dont la parole est perçue comme désintéressée. Les sondages IFOP, Harris et Odoxa témoignant d’opinions favorables à l’ostéopathie sont systématiquement cités comme preuves de demande sociale auprès des décideurs. L'implantation dans les clubs sportifs, les maternités privées et les entreprises constitue une opération de familiarisation cognitive.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La contre-offensive organisée : lobbying, mobilisation citoyenne et réponse médiatique</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Lorsque les attaques s'intensifient à partir de 2024, la profession passe d'une stratégie défensive à une contre-offensive coordonnée sur trois fronts. Sur le front institutionnel, les différentes associations d’ostéopathes adressent conjointement un courrier aux personnalités chargées de mission gouvernementale pour solliciter une audition directe. L'Unité pour l’Ostéopathie, UPO, publie parallèlement un plaidoyer pour la contribution des ostéopathes à la refondation du système de santé, repositionnement narratif offensif. Sur le front citoyen, la pétition nationale lancée le 5 juin 2025 sur Change.org dépasse 63 000 signatures, mobilisant l'argument que 53 % des Français ont consulté un ostéopathe dans les cinq dernières années (sondage Odoxa/UPO 2024) : la profession fait parler les usagers, dont la parole a une valeur politique supérieure à celle des syndicats. Sur le front médiatique, l’article de l’Express du 08 décembre 2024, consacré à des actes marginaux pour disqualifier l'ensemble de la profession, a généré une réponse collective coordonnée. Elle illustre une capacité de réaction professionnalisée : communiqués, tribunes et prises de parole coordonnées produits en quelques jours.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Les mutuelles comme terrain d'affrontement cognitivo-décisionnel</strong><br>La décision de remboursement ne tranche pas le débat médical, mais le rend opérationnellement sans objet. Une pratique remboursée est ordinaire, reconnue par le système de santé.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">La décision de remboursement comme objectif final</strong><br>Une pratique non remboursée est périphérique. Les mutuelles reçoivent deux flux contradictoires. D’une part, les signaux de prudence sanitaire du bloc médico-institutionnel, qui définissent ce qui est « défendable ». D’autre part, les signaux de demande sociale et d'efficience économique de la profession, qui soulignent le risque réputationnel d'une suppression.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L'asymétrie des leviers</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le bloc médico-institutionnel dispose d'un avantage décisif : il suffit de définir la doctrine sanitaire de référence. Les recommandations des autorités sanitaires (HAS, ARS) n’imposent pas directement le remboursement, mais elles définissent ce qui apparaît médicalement prudent ou contestable. Influencé par ces autorités, le cadre posé chaque année par le PLFSS fixe des règles et des équilibres de prise en charge qui pèsent sur les complémentaires santé. Pour les assureurs, ces deux repères, contraintes financières et cadre sanitaire, orientent ce qui peut être intégré, encadré ou au contraire limité dans les garanties.<br>La profession ostéopathique, dépourvue de ce levier normatif, doit opérer simultanément sur la demande des assurés, sur les employeurs et sur le levier économique. Cela se traduit une moindre efficience opérationnelle. La prise en charge de quelques consultations est présentée comme susceptible d’éviter des coûts plus élevés, argument de poids pour les mutuelles. L’étude « l’ostéopathie en France : un bilan économique positif », commandée par la profession et publiée en 2019 en fait la démonstration. L’étude publiée en 2024 dans la revue Douleur et Analgésie établit l'impact des séances en entreprise sur la réduction des arrêts de travail liés aux lombalgies. Les entreprises sont également sollicitées afin d’intégrer des forfaits dans les contrats collectifs des mutuelles.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La manœuvre parlementaire : encerclement et contre-offensive budgétaire</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le rapport sénatorial de septembre 2024 documente que les dépenses liées aux médecines connexes ont quintuplé en huit ans pour atteindre un milliard d'euros. Il recommande l'exclusion de l'ostéopathie des contrats responsables couvrant 96 % des assurés. En mai 2025, No Fake Med publie une tribune cosignée par une ancienne ministre de la Santé pour appuyer le rapport. Le vecteur normatif, le Sénat, et le vecteur d'apparence citoyenne délivrent simultanément le même message depuis deux espaces de légitimité distincts, saturant cognitivement les décideurs. En juillet 2025, le rapport conjoint HCAAM-HCFiPS-HCFEA consolide l'édifice.<br>La profession riposte par un recadrage budgétaire inversé. L'étude Odoxa, relayée par les associations d’ostéopathes et différents médias en ligne, démontre que 82% des Français s’opposent au déremboursement de l’ostéopathie par les mutuelles. Un tiers des patients renoncerait à tout suivi, générant un recours tardif aux urgences plus coûteux. Le président de l'UPO, Philippe Sterlingot, dénonce l'amalgame sémantique du rapport sénatorial entre pratiques réglementées et non encadrées. Des sites comme Magnolia.fr, financé par des assureurs, relaie ces arguments auprès du grand public. Les parlementaires Lepers, Pantel, Josso, Castellani et Violland déposent questions écrites et amendements. L'amendement n°788 est déclaré irrecevable, mais la pétition commune UPO-AFO-AFC dépasse 63 000 signatures : l'argument économique est retourné contre ses auteurs.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Un affrontement informationnel asymétrique à issue incertaine</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Cette confrontation informationnelle vise moins à convaincre les patients qu'à influencer la mutuelle, acteur qui structure leurs comportements et finance la pratique. Le bloc médico-institutionnel y a déployé une stratégie cohérente, instrumentalisation scientifique, percolation en cascade, guerre sémantique, synchronisation parlementaire, sans jamais la formaliser comme telle. Face à lui, la profession ostéopathique demeure structurellement défensive, faute de contrôler la source normative. C'est celui qui définit les règles du jeu, non celui qui joue le mieux, qui l'emporte.<br>En décembre 2025, l'Assemblée nationale a adopté le PLFSS sans supprimer le remboursement : victoire tactique, non stratégique. Dans un contexte de déficits publics croissants, le front peut se rouvrir à tout moment.&nbsp;<br>Le prochain terrain pourrait être européen. En effet, la profession, dans les autres états membres, bénéficie d'une reconnaissance plus large, et d'une moindre dépendance au corps médical. Cela ouvre la voie à une harmonisation dont les ostéopathes français pourront profiter.</p><p class="text-align-right" style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px;orphans:2;outline:none;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Antonino Mercuri</strong><br><a style="background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;outline:none;text-decoration:none;transition:0.2s;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong>Auditeur de la 49ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p>]]></description><content><![CDATA[<p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Depuis le décret de 2007 qui la réglemente, l'ostéopathie est l'objet d'une confrontation informationnelle structurée dont l'enjeu réel n'est pas médical mais décisionnel. Il s’agit de convaincre les mutuelles de maintenir ou de supprimer son remboursement, et ainsi orienter l’accès aux soins. D'un côté, on trouve un bloc médico-institutionnel disposant de leviers normatifs puissants capable de transformer une position corporative en doctrine d'État. De l'autre, fait face une profession fragmentée contrainte de produire sa légitimité sur le terrain de l'expérience patient.</strong></p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Contexte du conflit et cartographie du champ de bataille informationnel</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L’ostéopathie est pratiquée en France depuis le début du XXᵉ siècle sans cadre légal. La profession a obtenu sa première reconnaissance avec la loi du 4 mars 2002, puis le décret du 25 mars 2007 fixant les conditions d'exercice.<br>Contexte&nbsp;: genèse d’un conflit de légitimité<br>Mais sous l'influence du corps médical, la profession des ostéopathes s'est vu imposer un périmètre étroit d'actes, l'interdiction du diagnostic différentiel. Ses actes ne sont pas remboursés par l'Assurance Maladie.&nbsp;<br>Identification des belligérants et de leurs objectifs stratégiques<br>. Le bloc médico-institutionnel&nbsp;: ordre des médecins, Académie de médecine, syndicats médicaux. Objectif déclaré&nbsp;: protection du patient. Objectif profond&nbsp;: maintien de la hiérarchie des professions de santé. Leur efficacité repose sur l’alliance tactique avec les organes de l’État, qui transforme l’opinion corporative en caution normative.<br>. Les ostéopathes&nbsp;: profession fragmentée, exclue du remboursement obligatoire, encadrée depuis 2007 seulement. Légitimité construite sur l’expérience patient et l’efficience économique. Faiblesse centrale&nbsp;: aucun levier normatif direct sur les décideurs.<br>. L’État et ses organes administratifs&nbsp;: la Haute Autorité de Santé, HAS, le Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie, HCCAM, et l’Inspection Générale des Affaires Sociales, IGAS, définissent la doctrine sanitaire et encadrent le remboursement par les mutuelles via la Loi de financement de la Sécurité sociale, PLFSS. La porosité avec le bloc médical est structurelle&nbsp;: les mêmes experts circulent entre agences, Académie et cabinets ministériels, transformant une position corporative en doctrine d’État.<br>. Le public&nbsp;: cible des deux camps, mais aussi ressource&nbsp;: témoignages patients, sondages, pétitions. Une parole perçue comme désintéressée, à valeur politique supérieure à celle des syndicats. La cible décisive reste néanmoins la mutuelle, c’est elle qui rend une pratique ordinaire ou périphérique.<br>. Les mutuelles&nbsp;: objectif terminal du conflit. Elles ont généralisé le remboursement de l’ostéopathie après 2007. Elles reçoivent deux flux contradictoires&nbsp;: signaux de prudence sanitaire du bloc médical et signaux de demande sociale des ostéopathes. Les mutuelles sont généralement présentées comme des organismes à but non lucratif, visant à protéger les intérêts de leurs adhérents via la gestion collective des risques santé. Elles évoluent dans un environnement concurrentiel avec plus de 400 acteurs sur le marché.&nbsp;<br>La structure du champ cognitif contesté<br>Cette guerre se déploie sur trois niveaux simultanément.&nbsp;<br>Sur celui des perceptions immédiates, la question posée au patient,« à qui confier ma douleur ? », est préconstruite par des années de messages sanitaires conduisant au réflexe médical.&nbsp;<br>Sur celui des représentations collectives, le bloc médico-institutionnel a opéré un déplacement sémantique décisif. La question n'est plus « l'ostéopathie est-elle efficace ? » mais « dans quelles conditions peut-elle être pratiquée sans danger ? ». Ce recadrage institue le médecin comme arbitre légitime.&nbsp;<br>Sur celui des décisions institutionnelles, la bataille se joue dans les textes réglementaires et les arbitrages de la Loi de financement de la Sécurité Sociale, PLFSS. Cette bataille informationnelle produit ses effets les plus concrets et les moins visibles.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les opérations informationnelles du bloc médico-institutionnel</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L'information crédible émane d'institutions dont la légitimité est préalablement établie. Les rapports INSERM, les avis de l'Académie de médecine, les recommandations de la HAS et les conclusions de l'IGAS constituent un dispositif de production documentaire. Sa densité crée un effet d'accumulation probatoire. Ces documents n'affirment pas que l'ostéopathie est inefficace, ce qui serait contestable. Ils installent une présomption de risque, utile lorsque la preuve d'efficacité est la condition implicite du financement.<br>La conquête de la source et l’instrumentalisation scientifique&nbsp;<br>Cette stratégie se prolonge par l’exploitation tronquée des études scientifiques. L'étude Nguyen et al., publiée dans le JAMA Internal Medicine en 2021 est régulièrement resservie dans les débats sur le déremboursement depuis 2024. Elle conclut que l'ostéopathie n'est pas plus efficace qu'un placebo sur la lombalgie, sans préciser que le « placebo » utilisé était en réalité une manipulation légère. La conclusion simplifiée, « inefficace comme un placebo », est relayée dans différents médias notamment par un communiqué de l'AP-HP, le Quotidien du Médecin. Elle est également reprise par les médias grand public tels que Femme actuelle ou par le biais d'une interview du Professeur François Rannou sur France Culture. Cette conclusion nuancée traduite en slogan disqualifiant est amplifiée par les circuits médiatiques.<br>La percolation cognitive : transformer la recommandation en réflexe social<br>La deuxième opération consiste à faire descendre le message institutionnel vers l'espace public jusqu'à prendre l'apparence d'une évidence sociale. Cette diffusion s'articule en quatre échelons.&nbsp;<br>Le premier est la presse écrite grand public, qui couvre l'ensemble du spectre politique éditorial. Le Figaro publie en avril 2024 « La grande désillusion des jeunes ostéopathes », dégradant l'image de la profession par le capital humain. Charlie Hebdo dresse en novembre 2023 un portrait partisan offrant une caisse de résonance à ses détracteurs les plus virulents.&nbsp;<br>Le deuxième échelon est la presse médicale professionnelle. Egora.fr publie en août 2024 le témoignage d'un ancien ostéopathe affirmant avoir été « formé à devenir un charlatan ». Il qualifie la profession de « secte » au sens de la Miviludes. Ce vecteur est particulièrement efficace car il s'adresse aux médecins eux-mêmes, prescripteurs et orienteurs de patients.&nbsp;<br>Le troisième échelon est l'audiovisuel&nbsp;: les reportages télévisés et l'émission « Les Idées Claires » produites par France Culture et France info. Ils posent explicitement la question : « Et si l'ostéopathie n'était qu'un placebo ? ».&nbsp;<br>Le quatrième échelon est le numérique militant. Les chaînes YouTube Primum Non Nocere (chirurgien, 90 000 abonnés) et Asclépios (cardiologue) sont actives depuis 2014. Les fondateurs de ces chaînes sont précisément ceux qui ont initié la tribune No Fake Med dans Le Figaro. Les mêmes acteurs opérant successivement sur le registre pédagogique puis offensif selon les phases de la campagne.<br>Au terme de ce processus en cascade, « mieux vaut vérifier » circulent sur les forums parentaux et de santé comme des conseils entre pairs. C'est l'opération psychologique réussie, celle dont le sujet ne perçoit pas le caractère opératoire.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L'instrumentalisation judiciaire et la guerre sémantique</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les opérations ne se limitent pas aux flux documentaires. L'affaire jugée en 2016 par le tribunal de Metz fonctionne comme un signal fort. Un ostéopathe est condamné pour manipulations sur un nourrisson relevant d'une pathologie médicale. L'Ordre des médecins s'était constitué partie civile comme dans d’autres affaires du même type. Un fait judiciaire médiatisé vaut moins par ses conséquences juridiques que par son pouvoir d'exemplarité narrative. Il rend visible la frontière entre exercice médical légitime et pratique périphérique là où les rapports restent abstraits.<br>L'affaire Santéclair (2015-2017) révèle une guerre sémantique sur le vocabulaire lui-même. Le Syndicat national des médecins ostéopathes et la Fédération des médecins de France assignent Santéclair pour avoir désigné les ostéopathes comme des « professionnels de santé ». La justice rejette la plainte en 2017, mais l'effet informationnel est produit : la légitimité sémantique de l'ostéopathie est publiquement contestée. Celui qui contrôle les mots contrôle les catégories dans lesquelles les décideurs pensent.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La rupture frontale : No Fake Med comme opération sous fausse bannière</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Lorsque la percolation cognitive atteint ses limites, le bloc médico-institutionnel franchit un seuil en attaquant frontalement sous couverture citoyenne. Le collectif No Fake Med, fondé en 2018, mène des campagnes numériques virulentes contre les pratiques alternatives alors que ses fondateurs sont majoritairement issus du corps médical. En septembre 2022, il publie dans Le Figaro une tribune affirmant que « l'ostéopathie est dangereuse chez le nourrisson ». Et ce, sans signature nominale ni référence citée, choisissant délibérément la cible émotionnelle la plus forte : les parents de nourrissons. L'absence de signatures est paradoxalement une force opérationnelle : elle rend la tribune inattaquable sur le fond tout en diffusant l'alerte. La Société Européenne de Recherche en Ostéopathie Périnatale &amp; Pédiatrique, SEROPP, dénonce une tribune affirmant que les ostéopathes « manipuleraient les jeunes parents, profitant de leur vulnérabilité ».<br>Cette sortie de réserve stratégique permet d'attaquer directement ce que les rapports institutionnels ne pouvaient qu'encadrer prudemment. Elle confère au message la crédibilité d'une indignation citoyenne désintéressée.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Opérations coordonnées mars-mai 2024</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La concentration de trois offensives médiatiques majeures sur une fenêtre de soixante jours, ne relève pas de la coïncidence. Le premier est le reportage TF1 sur les dérives de Doctolib (4 mars 2024). Le deuxième est le reportage France 2 sur l'ostéopathie pédiatrique et le syndrome de KISS, trouble affectant les nouveaux nés (9 mai 2024). Le dernier est l’enquête Franceinfo citant sélectivement la HAS pour affirmer qu'elle « ne recommande pas l'ostéopathie pour les bébés ». Cela porte la signature d'une opération informationnelle structurée, même sans preuve de concertation explicite.<br>Le déclencheur est identifiable : la mission sénatoriale sur les complémentaires santé lance officiellement ses travaux deux jours après le reportage TF1. Sa consultation publique s'achève le 22 avril, entre les deux reportages TV. Les médias grand public sensibilisent l'opinion aux « dérives » des pratiques alternatives avant que le rapport sénatorial ne rende ses conclusions. Ils les rendent socialement acceptables avant même leur publication. Le contexte déclencheur est la hausse annoncée fin 2023 des tarifs des mutuelles (+8,1 % en moyenne). Cela crée une fenêtre d'opportunité politique saisie immédiatement par le bloc médico-institutionnel.<br>Chaque vecteur mobilise une technique distincte : TF1 pratique l'amalgame par association, mêler ostéopathie réglementée et pratiques non encadrées pour disqualifier l'ensemble par contamination. France 2 recourt à la généralisation par le cas marginal, le syndrome de KISS, usage minoritaire et contesté, sert à questionner l'ensemble de l'ostéopathie pédiatrique. France info opère par citation partielle de source autoritaire, sélectionner, dans un document HAS de 2019 sur les lombalgies, la phrase la plus défavorable en omettant les passages favorables. Trois techniques, une seule cible cognitive : l'espace de légitimité dans lequel sénateurs et décideurs des mutuelles vont former leur jugement.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Les opérations informationnelles de la profession ostéopathique</strong><br>Face à l'asymétrie institutionnelle, la profession a développé une stratégie de contournement informationnel. Il s’agit de produire une légitimité sur un registre différent. La consultation est construite comme une expérience globale, écoute prolongée, explication des gestes, conseils post-séance, générant un récit patient positif et contagieux.<br><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Légitimité expérientielle, présence territoriale et recadrage économique</strong><br>Les plateformes d'avis (Doctolib, Google), les forums et réseaux sociaux constituent un dispositif distribué de production testimoniale. Ce dernier recrute des émetteurs non professionnels, les patients eux-mêmes, dont la parole est perçue comme désintéressée. Les sondages IFOP, Harris et Odoxa témoignant d’opinions favorables à l’ostéopathie sont systématiquement cités comme preuves de demande sociale auprès des décideurs. L'implantation dans les clubs sportifs, les maternités privées et les entreprises constitue une opération de familiarisation cognitive.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La contre-offensive organisée : lobbying, mobilisation citoyenne et réponse médiatique</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Lorsque les attaques s'intensifient à partir de 2024, la profession passe d'une stratégie défensive à une contre-offensive coordonnée sur trois fronts. Sur le front institutionnel, les différentes associations d’ostéopathes adressent conjointement un courrier aux personnalités chargées de mission gouvernementale pour solliciter une audition directe. L'Unité pour l’Ostéopathie, UPO, publie parallèlement un plaidoyer pour la contribution des ostéopathes à la refondation du système de santé, repositionnement narratif offensif. Sur le front citoyen, la pétition nationale lancée le 5 juin 2025 sur Change.org dépasse 63 000 signatures, mobilisant l'argument que 53 % des Français ont consulté un ostéopathe dans les cinq dernières années (sondage Odoxa/UPO 2024) : la profession fait parler les usagers, dont la parole a une valeur politique supérieure à celle des syndicats. Sur le front médiatique, l’article de l’Express du 08 décembre 2024, consacré à des actes marginaux pour disqualifier l'ensemble de la profession, a généré une réponse collective coordonnée. Elle illustre une capacité de réaction professionnalisée : communiqués, tribunes et prises de parole coordonnées produits en quelques jours.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Les mutuelles comme terrain d'affrontement cognitivo-décisionnel</strong><br>La décision de remboursement ne tranche pas le débat médical, mais le rend opérationnellement sans objet. Une pratique remboursée est ordinaire, reconnue par le système de santé.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">La décision de remboursement comme objectif final</strong><br>Une pratique non remboursée est périphérique. Les mutuelles reçoivent deux flux contradictoires. D’une part, les signaux de prudence sanitaire du bloc médico-institutionnel, qui définissent ce qui est « défendable ». D’autre part, les signaux de demande sociale et d'efficience économique de la profession, qui soulignent le risque réputationnel d'une suppression.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L'asymétrie des leviers</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le bloc médico-institutionnel dispose d'un avantage décisif : il suffit de définir la doctrine sanitaire de référence. Les recommandations des autorités sanitaires (HAS, ARS) n’imposent pas directement le remboursement, mais elles définissent ce qui apparaît médicalement prudent ou contestable. Influencé par ces autorités, le cadre posé chaque année par le PLFSS fixe des règles et des équilibres de prise en charge qui pèsent sur les complémentaires santé. Pour les assureurs, ces deux repères, contraintes financières et cadre sanitaire, orientent ce qui peut être intégré, encadré ou au contraire limité dans les garanties.<br>La profession ostéopathique, dépourvue de ce levier normatif, doit opérer simultanément sur la demande des assurés, sur les employeurs et sur le levier économique. Cela se traduit une moindre efficience opérationnelle. La prise en charge de quelques consultations est présentée comme susceptible d’éviter des coûts plus élevés, argument de poids pour les mutuelles. L’étude « l’ostéopathie en France : un bilan économique positif », commandée par la profession et publiée en 2019 en fait la démonstration. L’étude publiée en 2024 dans la revue Douleur et Analgésie établit l'impact des séances en entreprise sur la réduction des arrêts de travail liés aux lombalgies. Les entreprises sont également sollicitées afin d’intégrer des forfaits dans les contrats collectifs des mutuelles.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La manœuvre parlementaire : encerclement et contre-offensive budgétaire</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le rapport sénatorial de septembre 2024 documente que les dépenses liées aux médecines connexes ont quintuplé en huit ans pour atteindre un milliard d'euros. Il recommande l'exclusion de l'ostéopathie des contrats responsables couvrant 96 % des assurés. En mai 2025, No Fake Med publie une tribune cosignée par une ancienne ministre de la Santé pour appuyer le rapport. Le vecteur normatif, le Sénat, et le vecteur d'apparence citoyenne délivrent simultanément le même message depuis deux espaces de légitimité distincts, saturant cognitivement les décideurs. En juillet 2025, le rapport conjoint HCAAM-HCFiPS-HCFEA consolide l'édifice.<br>La profession riposte par un recadrage budgétaire inversé. L'étude Odoxa, relayée par les associations d’ostéopathes et différents médias en ligne, démontre que 82% des Français s’opposent au déremboursement de l’ostéopathie par les mutuelles. Un tiers des patients renoncerait à tout suivi, générant un recours tardif aux urgences plus coûteux. Le président de l'UPO, Philippe Sterlingot, dénonce l'amalgame sémantique du rapport sénatorial entre pratiques réglementées et non encadrées. Des sites comme Magnolia.fr, financé par des assureurs, relaie ces arguments auprès du grand public. Les parlementaires Lepers, Pantel, Josso, Castellani et Violland déposent questions écrites et amendements. L'amendement n°788 est déclaré irrecevable, mais la pétition commune UPO-AFO-AFC dépasse 63 000 signatures : l'argument économique est retourné contre ses auteurs.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Un affrontement informationnel asymétrique à issue incertaine</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Cette confrontation informationnelle vise moins à convaincre les patients qu'à influencer la mutuelle, acteur qui structure leurs comportements et finance la pratique. Le bloc médico-institutionnel y a déployé une stratégie cohérente, instrumentalisation scientifique, percolation en cascade, guerre sémantique, synchronisation parlementaire, sans jamais la formaliser comme telle. Face à lui, la profession ostéopathique demeure structurellement défensive, faute de contrôler la source normative. C'est celui qui définit les règles du jeu, non celui qui joue le mieux, qui l'emporte.<br>En décembre 2025, l'Assemblée nationale a adopté le PLFSS sans supprimer le remboursement : victoire tactique, non stratégique. Dans un contexte de déficits publics croissants, le front peut se rouvrir à tout moment.&nbsp;<br>Le prochain terrain pourrait être européen. En effet, la profession, dans les autres états membres, bénéficie d'une reconnaissance plus large, et d'une moindre dépendance au corps médical. Cela ouvre la voie à une harmonisation dont les ostéopathes français pourront profiter.</p><p class="text-align-right" style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px;orphans:2;outline:none;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Antonino Mercuri</strong><br><a style="background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;outline:none;text-decoration:none;transition:0.2s;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong>Auditeur de la 49ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p>]]></content><dc:creator>Malo</dc:creator></item><item><title>L’économie du sucre au cœur d’une bataille des mots et des idées</title><link>https://www.ege.fr/infoguerre/leconomie-du-sucre-au-coeur-dune-bataille-des-mots-et-des-idees</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/economie_sucre.jpg.webp?itok=UjxOuzu-" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/economie_sucre.jpg.webp?itok=5YFWyL81</url><link>https://www.ege.fr/infoguerre/leconomie-du-sucre-au-coeur-dune-bataille-des-mots-et-des-idees</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/infoguerre/leconomie-du-sucre-au-coeur-dune-bataille-des-mots-et-des-idees</guid><category>articlee</category><pubDate>Tue, 30 Jun 2026 15:41:12 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Les abeilles et les betteraves à sucre sont les protagonistes d’une bataille économique édifiante en Europe. Cette bataille pourrait bien n’avoir pour vainqueur qu’une loi du marché international qui exige ses réductions de surface de production en France, pour le bien du consommateur. Ce sont là les sacrifices consentis au nom de tous par la Commission européenne avec constance depuis 20 ans au moins.</strong><br><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">En France, à l’occasion des débats sur les propositions de loi Duplomb I puis II, l’abeille et la betterave ont trouvé des représentants qui ferraillent de généralisations en exagérations, sans oublier les attaques ad hominem et détournements du débat sur d’autres terrains. Formellement, il s’agit d’autoriser un peu, beaucoup ou pas du tout une substance classée parmi les néonicotinoïdes, l’acétamipride. Ce pesticide létal pour les polinisateurs bénéficie à ce stade d’une dérogation limitée jusqu’en 2033 en Europe et peut être utilisé par les producteurs de betteraves à sucre mais il est interdit en France depuis 2018. La production nationale de sucre, aliment de première nécessité, fait donc les frais non seulement d’une bataille informationnelle qui s’encombre peu d’objectivité factuelle mais aussi d’une distorsion de concurrence intra-européenne aggravée par les accords passés avec l’Ukraine et par celui provisoirement suspendu avec le MERCOSUR.</strong></p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Cette distorsion ne fait pas que des perdants en Europe et l’arbitrage en faveur de l’importation au détriment de la production locale trouve sans doute chez nos insectes menacés des alliés bien commode pour certains grands groupes de l’industrie sucrière ou, plus en aval, de l’agroalimentaire.<br>Dans ce contexte, les abeilles ont bon dos et la réduction progressive des surfaces de production nationale s’inscrit dans une autre bataille informationnelle, celle du marché&nbsp;européen&nbsp;du sucre&nbsp;: dérégulation et alignement sur les prix internationaux les plus bas, alignement auquel se soumet uniquement et volontairement… l’UE. Sur cette trajectoire de 20 années, l’info-sphère européenne du sucre a connu diverses phases et la Commission a souvent fait usage d’une arme qu’on pourrait dénommer anesthésie informationnelle pour arriver à ses fins et poursuivre ses offrandes à la loi du marché. En effet, les manœuvres informationnelles ne sont pas seulement le fait des concurrents ou des ONG parties-prenantes&nbsp;; le régulateur en chef entre dans le jeu et cherche à conquérir les cerveaux, au-delà des acteurs économiques directement concernés, de tous les consommateurs européens de sucre, c’est-à-dire de l’opinion publique.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L’acétamipride, autorisé en Europe mais interdit en France</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les néonicotinoïdes constituent un rempart agronomique pour la betterave sucrière en luttant contre les pucerons verts et noirs, vecteurs de la jaunisse virale. Cette pathologie perturbe la photosynthèse, entraînant des chutes de rendement massives, comme l'illustre la perte moyenne de 28 % enregistrée en France en 2020 à la suite de l'interdiction de ces insecticides. L'acétamipride, un néonicotinoïde utilisable en pulvérisation foliaire, est au cœur des débats récents (loi Duplomb) car il est perçu par les agriculteurs comme le dernier recours efficace pour protéger les cultures.<br>Toutefois, la transition vers des substituts s'avère extrêmement complexe. Le Programme National de Recherche et d’Innovation (PNRI), bien qu'ayant exploré 25 projets de recherche, conclut qu'il n'existe actuellement aucune alternative aussi performante que les néonicotinoïdes. Les solutions de remplacement reposent sur une combinaison de leviers : choix de variétés moins sensibles, semis de plantes compagnes (avoine, orge) pour perturber les pucerons, ou utilisation d'auxiliaires naturels comme les chrysopes.<br>Ces méthodes combinées n'offrent qu'un contrôle de la maladie de l'ordre de 50 %, contre une protection quasi-totale pour les semences traitées. De plus, les insecticides de substitution autorisés ont une durée d'action limitée à deux semaines, imposant des passages répétés et coûteux. Cette "impasse technique majeure" selon la Confédération Générale des planteurs de Betteraves (CGB) fragilise la filière française, soumise à une interdiction stricte réaffirmée par la CJUE, face à des concurrents européens qui conservent l'accès à l'acétamipride jusqu'en 2033, faisant peser cette distorsion de concurrence sur les producteurs français.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Un nouveau champ de bataille informationnel, la proposition de loi Duplomb II</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le débat sur le retour des néonicotinoïdes, incarné par la loi Duplomb de juillet 2025 et la nouvelle proposition de loi du 2 février 2026, oppose frontalement deux visions de l'intérêt général. Ces textes, portés par le sénateur Laurent Duplomb, visent officiellement à « lever les contraintes » pesant sur les agriculteurs. Elle fait suite à la censure par le Conseil constitutionnel de la première loi adoptée par le Parlement&nbsp;; les conditions d’utilisation dérogatoire de l’acétamipride ayant été jugées trop peu encadrées par la juridiction suprême, cette seconde proposition de loi vise à instaurer un encadrement susceptible de passer cet obstacle.<br>Pour les partisans de ces lois, l'interdiction de l'acétamipride crée une situation de vulnérabilité pour la filière betteravière française. Il s’agit de souveraineté alimentaire et pragmatisme économique. Ainsi Laurent Duplomb (Sénateur) justifie ses initiatives par la nécessité de mettre fin aux « distorsions de concurrence » au sein de l'UE&nbsp;; Franck Sander (Président de la CGB) : Qualifie l'interdiction française de « distorsion de concurrence incompréhensible et injustifiable », soulignant que ces molécules restent autorisées dans tous les autres pays de l'Union européenne. Il appelle à l'adoption du texte « dans l’intérêt de notre agriculture et de notre sécurité alimentaire ».<br>La contestation politique mène une campagne virulente contre une « charge trumpiste » et crie à « l'empoisonnement »&nbsp;; ainsi les parlementaires de gauche dénoncent une manœuvre au profit de l'agro-industrie au mépris des faits scientifiques&nbsp;: Aurélie Trouvé (LFI) a qualifié la seconde proposition de loi de « provocation trumpiste totale » et de « nouvelle charge trumpiste » du sénateur Duplomb. Benjamin Lucas (Écologiste) a formulé une accusation cinglante, affirmant que le sénateur est soit « totalement à la solde des lobbies agro-industriels », soit convaincu que « le cancer c'est bien »&nbsp;; Rima Hassan (LFI) est allée jusqu'à qualifier le sénateur Laurent Duplomb d’« ordure », dénonçant une manœuvre pour l'agro-industrie au détriment de la santé publique&nbsp;; Mélanie Thomin (PS) : Décrit la loi comme « démagogique » et une « tromperie à l'égard du monde agricole ».<br>Enfin les ONG environnementales forment un front uni contre les « lois poisons » et rejettent massivement ces réformes, les qualifiant d'« empoisonnement légalisé »&nbsp;: la Fondation Nicolas Hulot (FNH) dénonce un « recul environnemental majeur » et une « attaque frontale contre la santé publique », France Nature Environnement (FNE) décrit les textes comme un « condensé d’injustice et de reculs environnementaux », perpétuant un « système industriel et destructeur »&nbsp;; UFC-Que Choisir alerte sur une « régression profonde de la protection de la santé des consommateurs », citant spécifiquement les risques d'encéphalopathie liés à l'acétamipride&nbsp;; POLLINIS mène des campagnes actives contre ce qu'elle appelle le « retour en force des pesticides tueurs d'abeilles ».<br>La cause environnementale ne s’encombre pas toujours du respect des conditions d’un débat factuel. Les attaques ad hominem envers le sénateur Duplomb, notamment, peuvent aller loin. Le média Bon Pote et le journaliste Thibaut Schepman illustrent une tendance aux attaques personnelles visant à décrédibiliser le sénateur Duplomb en dénonçant le contraste entre son image d'« ambassadeur » du monde rural et la réalité de son « exploitation industrielle » jugée trop subventionnée pour être honnête, suggérant un enrichissement personnel en plein débat législatif. Cette rhétorique, complétée par des accusations de conflits d'intérêts liés à sa proximité avec Laurent Wauquiez, vise à susciter l'hostilité du public, produisant dans les commentaires des termes infamants comme « ordure » ou « profiteur »<br>Dans cette confrontation, les arguments ne se rencontrent pas et jouent sur deux terrains séparés, biodiversité contre souveraineté alimentaire. Les accusations de «&nbsp;trumpisme&nbsp;» remplissent ici un fonction spéciale de disqualification de ceux qui disent chercher une solution de transition encadrée. Il leur est opposé un amalgame puissant&nbsp;: ils sont associés au cynisme mercantiliste et à la grossière brutalité du président américain, lequel est bien connu pour son déni climatosceptique et son aversion aux investissements dans les énergies renouvelables. La biodiversité est un autre sujet mais l’amalgame fonctionne et nourrit un anathème visant à éviter toute discussion sur le fond.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les grands groupes sucriers européens, entre «&nbsp;greenwashing&nbsp;» et défense des actifs dans cette bataille de l’information</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Ces acteurs économiques portent une responsabilité importante au regard de la souveraineté alimentaire européenne et l’on peut se faire une idée de leur positionnement à partir des décisions et des prises de position du premier d’entre eux qui est aussi le numéro deux à l’échelle mondiale, l’Allemand Südzucker, propriétaire de la filiale française des sucres Saint Louis&nbsp;: Avant 2020, le groupe annonce la fermeture des sucreries de Cagny (Calvados) et Eppeville (Somme), supprimant ainsi environ 10 % de la capacité de production française. Il refuse en outre explicitement de vendre ces usines à des repreneurs potentiels, y compris aux groupements de planteurs français. L'objectif est d'éliminer définitivement ces capacités de production pour soutenir les prix sur un marché européen alors jugé excédentaire et réaliser 100 millions d'euros d'économies annuelles. En novembre 2025, le groupe franchit une nouvelle étape en annonçant une réduction de 25 % des surfaces de betteraves dans sa filiale Saint Louis Sucre pour les semis de 2026. Au lancement de la campagne 2025-2026, Südzucker lance une offre paneuropéenne de primes aux agriculteurs pour réduire leurs surfaces à planter en 2026-2027, anticipant une baisse de l'offre globale.<br>Officiellement, ces décisions sont dictées par la surproduction européenne et les prix bas consécutifs à la fin des quotas en 2017. Toutefois, ce retrait massif coïncide avec l'interdiction des néonicotinoïdes en France, qui a dégradé la rentabilité de la betterave face à la jaunisse virale, incitant le groupe à privilégier l'arbitrage économique en faveur du sucre importé, plus compétitif que la production locale française<br>Jusqu’à quelle point ce géant du sucre européen a-t-il donc soutenu ses actifs français de culture et de première transformation&nbsp;face aux processus de restrictions réglementaires européennes et françaises ? Les bases de données de l’UE qui répertorient les actions de lobbying montrent l’appartenance du groupe à de nombreuses associations européennes qui posent des questions aux parlementaires ou à la Commission mais on serait en mal de trouver une action visible ou une expression combative, au regard des mesures d’adaptation économique rappelées plus haut.<br>Ce quasi-silence paraît assourdissant si l’on ne prend pas en compte les nécessaires arbitrages du groupe entre production française et allemande d’une part et, plus encore, entre la production de betteraves à sucre en Europe et l’importation de sucre de canne venu des pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) bénéficiant des accords de Cotonou appliqué depuis janvier 2024 sur une base de libre-échange et d’aide au développement. Comme le montre le rapport d’activité 2023-2024, à destination des actionnaires, les arbitrages de ce type permettent une présentation des chiffres et de la stratégie qui inclut et justifie une augmentation des dividendes octroyés, dans un contexte commercial pourtant très tendu sur ce marché. Quant à la communication au grand public, les «&nbsp;news&nbsp;» et communiqués de Südzucker montrent qu’elle met le cap sur l’avenir de l’agriculture durable et l’innovation, même si les efforts de recherche n’apportent à ce jour aucune solution au différentiel de compétitivité dont souffrent les betteraves à sucre européennes cultivées sans acétamipride. Ainsi coïncident commodément l’arbitrage commercial destructeur de valeur et d’emplois sur le sol européen d’une part et la bannière des abeilles et de l’avenir le plus vert qui soit d’autre part.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La betterave ukrainienne, entre bâillon moral et débat impossible, jusqu’à subir volontairement la déferlante</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Un afflux sans précédent de sucre ukrainien sur le marché européen résulte de la suppression des droits de douane décidée par Bruxelles pour soutenir l'économie de Kiev en période de guerre. Les volumes importés ont bondi de manière spectaculaire, passant d'un plafond historique de 20 070 tonnes à 500 000 tonnes en 2023-2024, représentant désormais 32 % des importations totales de l'UE.<br>Cet afflux massif a provoqué un effondrement des prix, la tonne de sucre chutant de 950 € fin 2022 à environ 540 € en 2025. Pour les cultivateurs français, cette situation génère une distorsion de concurrence insoutenable : alors qu'ils font face à des restrictions environnementales strictes, leurs concurrents ukrainiens utilisent 30 produits phytosanitaires, dont les néonicotinoïdes, interdits dans l'Union européenne.<br>De plus, le modèle économique des agroholdings ukrainiennes, dont certaines gèrent jusqu'à 200 000 hectares, permet des économies d'échelle impossibles à atteindre pour les exploitations familiales françaises de 140 hectares en moyenne. L'impact financier est direct et brutal : les revenus des betteraviers français ont enregistré une chute de 18,6 % en 2024. Cette crise a contribué à faire perdre à la France sa place de leader sucrier européen au profit de l'Allemagne dès 2023.<br>Face à ce qu'ils considèrent comme un sacrifice de leur filière, les planteurs qui s’expriment à travers la CGB exigent désormais des mesures de sauvegarde et une régulation stricte des importations pour préserver leur souveraineté agro-industrielle. Mais les aides commerciales à l’Ukraine ne sont pas discutables et de telles demandes inaudibles. La posture européenne au secours de la victime de Poutine ne permet même pas le débat au niveau des institutions européennes. Les indignations qui précédaient à Bruxelles l’agression russe concernant la corruption ukrainienne, telle que la décrit le rapport spécial n°23 de la Cour des Comptes Européenne en 2021 sont oubliées. Cette amnésie concourt à un impératif moral devenu absolu, face auquel l’avenir de la filière betteravière-sucrière française ne pèse rien.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les effets contradictoires de la «&nbsp;préférence étrangère&nbsp;»</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Avec la «&nbsp;préférence étrangère&nbsp;», depuis l’ancienne République de Venise jusqu’au modèle macroéconomique batave dans l’UE, le sucre rencontre en fait les éternels calculs mercantiles.<br>Les arbitrages d’un groupe industriel pour des sources lointaines d’approvisionnement au détriment de la production autochtone coïncident avec des logiques macroéconomiques teintées de cynisme qui ne datent pas d’hier.<br>Ali Laïdi relève en effet dans son Histoire Mondiale de la Guerre Economique certaines mesures prises par la République marchande de Venise (XIIIe – XVIe siècle) qui nous éclairent sur les calculs autodestructeurs d’un écosystème économique endogène. Cette fois, il s’agit du sel. En effet, l'Office du sel détruisit sous ce gouvernement des marchands le commerce local et la production du sel dans une région sous contrôle de la Sérénissime, afin de maintenir l'approvisionnement plus lucratif et les marges élevés obtenues par la vente de sel provenant de sources lointaines. Ces prix élevés contribuèrent à financer l'armement de la flotte de commerce et de la flotte militaire de la République. Ainsi sont empêchés de production et de commerce du sel Cerva, Chiogga, Piran (quota sévères).<br>Plus près de nous, la prospérité des grands ports européens, de leurs exploitants et des métropoles et Etats qui les développent conduit naturellement à préférer les flux créateurs de valeur sur ces points d’entrée maritimes au développement économique de l’hinterland. Chaque kilogramme de sucre crée de la richesse privée et publique pour les régions ou pays portuaires lorsqu’il entre dans le marché intérieur par Rotterdam ou Hambourg&nbsp;: opérations logistiques, taxes et droits de douanes dont l’Etat membre d’entrée conserve 25 % au budget national, les 75 % restants rejoignant les ressources propres de l’UE. Lorsqu’il est ensuite réexporté dans d’autres Etats membres de l’UE, ce kilogramme de sucre contribue en outre positivement à la balance commerciale du pays d’entrée. C’est là un véritable modèle de développement économique pour les Pays-Bas qui affichent avec constance un excédent considérable et n’ont donc aucun intérêt, dans les discussions du Conseil, à favoriser ou sauvegarder les surfaces agricoles européennes, lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes un pays producteur significatif. La défense des insectes polinisateurs devient alors un combat national face à l’acétamipride.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L’arbitre européen entre dans le jeu, avec un cocktail d’anesthésie informationnelle articulé de longue date par la Commission&nbsp;européenne : le bien du consommateur, la conformité à la loi économique et la promesse de soutien salvateur</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La PAC est censée arbitrer avec des textes contraignants la bataille des mots et des idées qui ont un effet direct sur les producteurs et les consommateurs européens de sucre. Or la PAC a un visage&nbsp;: celui de la Commission européenne. Le cas du sucre est exemplaire pour qui souhaite élucider, au-delà de la doctrine économique – reflétée fidèlement par les décisions de régulation - les messages envoyés aux acteurs économiques et à la population par cette institution garante des traités européens et rompue dans l’usage de la rhétorique technocratique. Celle-ci est partie à la conquête des cerveaux bien avant la crise ukrainienne et le bâillon posé sur la complainte de nos producteurs.<br>A ce sujet, l’étude d’Agriculture Stratégies publiée en 2019 est édifiante&nbsp;; elle rappelle que depuis 1968, la filière s’est développée sous le « cadre protecteur des quotas », garantissant un chiffre d'affaires stable grâce à des prix minimums élevés. Un tournant majeur survient avec la réforme de 2006, imposée par des pressions de l'OMC, qui constitue un « changement complet de logique ». Désormais, les exportations sont plafonnées à 1,35 Mt et la production devient « ajustable pour tenir compte de flux d’importations moins contrôlés ». Le prix minimum est alors abaissé de 36 %.<br>Toujours selon cette étude, en 2013, dans un contexte d'« euphorie collective » et d'idéologie libérale, l'UE décide de supprimer totalement les quotas pour 2017. Cette décision fait du marché européen « l'un des plus dérégulés au monde ». L'impact pour la France, qui assure 33 % de la production européenne, est brutal : la connexion directe aux cours mondiaux, souvent fixés à des niveaux de « dumping » par le Brésil, fait chuter les prix. Deux ans après, « la rentabilité de la production de betterave est au plus bas », et les producteurs se retrouvent à « produire plus pour gagner moins ».<br>On se demande légitimement comment le régulateur suprême des marchés européens peut justifier une telle action et, incidemment, comment elle est «&nbsp;marketée&nbsp;» dans nos cerveaux, avec une sorte de «&nbsp;policy branding&nbsp;» finalement assez repérable dans le discours et les attendus, comme le montre notamment cette même étude. Quant aux textes législatifs ou d’exécution, c’est principalement dans les «&nbsp;considérants&nbsp;» que le chercheur féru d’argumentation communautaire souhaitant débusquer à Bruxelles l’esprit des lois trouvera les formules d’un véritable cocktail d’anesthésie informationnelle.<br>D’abord, l’ensemble de la régulation vise les prix les plus bas pour le bien du consommateur et c’est là le premier ingrédient du cocktail : la promesse de pouvoir d’achat fait oublier au citoyen qu’il est autre chose qu’un consommateur. On le prend par le portefeuille et, en l’occurrence, par l’estomac. C’est l’ingrédient le plus visible de la formule, celui qui lui donne sa couleur principale depuis l’acte majeur de suppression des quotas de production.<br>Ensuite, la Commission étaye ses décisions d’un discours de théorie économique bien connue et avec constance. Elle est la base du libre-échangisme issue de l’école de Chicago. Lorsqu’il en est besoin, une étude de l’OCDE ou les conclusions d’un programme de recherche financé par le contribuable européen viennent encore renforcer la scientificité de l’orientation choisie. Ainsi les décisions de dérégulation intérieure et de soumission aux règles des accords conclus dans le cadre de l’OMC portent le sceau de la science prouvée&nbsp;; l’alignement des prix sur ces du Brésil conduira la production européenne a son optimum économique, pour le bien du consommateur et si des faits fâcheux conduisent les producteurs à remettre en question la trajectoire choisie, c’est qu’ils ne comprennent pas bien et qu’il vaut «&nbsp;mieux expliquer&nbsp;» la politique européenne. Quant aux faits en question, ce ne sont que des soubresauts ennuyeux face auxquels il convient de persister et patienter jusqu’à ce que les équilibres donnent (enfin) raison à la théorie.<br>Enfin, le soutien salvateur, compensateur et consolateur&nbsp;: la Commission prend ici une posture d’accompagnante qui écoute et reconnaît la souffrance des producteurs qui réagissent mal aux deux premiers produits du cocktail. Ceux qui souffrent de l’application incontournable des lois -scientifiques – du marché pour le bien du consommateur se voient injecter une promesse, la subvention&nbsp;: une aide consolatrice qui s’avère addictive. Elle complète le cocktail anesthésique et vient fort à propos lorsque l’on doit compenser des réductions de revenus et de surface cultivée.<br>Avec ces trois formules, le patient est normalement endormi et l’on peut opérer au prix, dans le pire des cas, de quelques manifestations autour du rond-point Schuman. La sincérité et le professionnalisme des fonctionnaires de la Commission ne sont pas en cause&nbsp;; les bonnes intentions, le souci de l’intérêt général et l’expertise technique pavent ce purgatoire économique dont le sucre n’est qu’un exemple.<br>On voit ainsi que la guerre de l’information n’a pas lieu qu’entre acteurs économiques qui se disputent l’influence sur nos cerveaux et veulent nous compter au rang des défenseurs d’abeille ou des sauveurs de l’agriculture nationale. Le décideur politique en use aussi, ainsi que son fondé de pouvoir&nbsp;: le régulateur économique.<br>En fin de compte, le démantèlement des capacités productives souveraines de sucre profite surtout aux géants de l'agroalimentaire comme Coca-Cola, qui achète désormais son sucre à « un prix inférieur à son coût de production ». Pour les planteurs français, cette dérégulation a conduit à une « crise profonde », marquée par des « fermetures d’usines » et une exposition insoutenable à la volatilité mondiale. Les appels à une refonte complète de la PAC lors du prochain Cadre Financier Pluriannuel ne seront entendus que si l’anesthésie informationnelle pratiquée de longue date perd son effet. Pour espérer le réveil, certains acteurs inquiets mais volontaires cherchent l’antidote, laissant de côté les bruyantes envolées que suscite en France la proposition de loi Duplomb II.</p><p class="text-align-right" style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px;orphans:2;outline:none;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Jean-Marc Latour</strong><br><a style="background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;outline:none;text-decoration:none;transition:0.2s;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong>Auditeur de la 49ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p>]]></description><content><![CDATA[<p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Les abeilles et les betteraves à sucre sont les protagonistes d’une bataille économique édifiante en Europe. Cette bataille pourrait bien n’avoir pour vainqueur qu’une loi du marché international qui exige ses réductions de surface de production en France, pour le bien du consommateur. Ce sont là les sacrifices consentis au nom de tous par la Commission européenne avec constance depuis 20 ans au moins.</strong><br><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">En France, à l’occasion des débats sur les propositions de loi Duplomb I puis II, l’abeille et la betterave ont trouvé des représentants qui ferraillent de généralisations en exagérations, sans oublier les attaques ad hominem et détournements du débat sur d’autres terrains. Formellement, il s’agit d’autoriser un peu, beaucoup ou pas du tout une substance classée parmi les néonicotinoïdes, l’acétamipride. Ce pesticide létal pour les polinisateurs bénéficie à ce stade d’une dérogation limitée jusqu’en 2033 en Europe et peut être utilisé par les producteurs de betteraves à sucre mais il est interdit en France depuis 2018. La production nationale de sucre, aliment de première nécessité, fait donc les frais non seulement d’une bataille informationnelle qui s’encombre peu d’objectivité factuelle mais aussi d’une distorsion de concurrence intra-européenne aggravée par les accords passés avec l’Ukraine et par celui provisoirement suspendu avec le MERCOSUR.</strong></p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Cette distorsion ne fait pas que des perdants en Europe et l’arbitrage en faveur de l’importation au détriment de la production locale trouve sans doute chez nos insectes menacés des alliés bien commode pour certains grands groupes de l’industrie sucrière ou, plus en aval, de l’agroalimentaire.<br>Dans ce contexte, les abeilles ont bon dos et la réduction progressive des surfaces de production nationale s’inscrit dans une autre bataille informationnelle, celle du marché&nbsp;européen&nbsp;du sucre&nbsp;: dérégulation et alignement sur les prix internationaux les plus bas, alignement auquel se soumet uniquement et volontairement… l’UE. Sur cette trajectoire de 20 années, l’info-sphère européenne du sucre a connu diverses phases et la Commission a souvent fait usage d’une arme qu’on pourrait dénommer anesthésie informationnelle pour arriver à ses fins et poursuivre ses offrandes à la loi du marché. En effet, les manœuvres informationnelles ne sont pas seulement le fait des concurrents ou des ONG parties-prenantes&nbsp;; le régulateur en chef entre dans le jeu et cherche à conquérir les cerveaux, au-delà des acteurs économiques directement concernés, de tous les consommateurs européens de sucre, c’est-à-dire de l’opinion publique.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L’acétamipride, autorisé en Europe mais interdit en France</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les néonicotinoïdes constituent un rempart agronomique pour la betterave sucrière en luttant contre les pucerons verts et noirs, vecteurs de la jaunisse virale. Cette pathologie perturbe la photosynthèse, entraînant des chutes de rendement massives, comme l'illustre la perte moyenne de 28 % enregistrée en France en 2020 à la suite de l'interdiction de ces insecticides. L'acétamipride, un néonicotinoïde utilisable en pulvérisation foliaire, est au cœur des débats récents (loi Duplomb) car il est perçu par les agriculteurs comme le dernier recours efficace pour protéger les cultures.<br>Toutefois, la transition vers des substituts s'avère extrêmement complexe. Le Programme National de Recherche et d’Innovation (PNRI), bien qu'ayant exploré 25 projets de recherche, conclut qu'il n'existe actuellement aucune alternative aussi performante que les néonicotinoïdes. Les solutions de remplacement reposent sur une combinaison de leviers : choix de variétés moins sensibles, semis de plantes compagnes (avoine, orge) pour perturber les pucerons, ou utilisation d'auxiliaires naturels comme les chrysopes.<br>Ces méthodes combinées n'offrent qu'un contrôle de la maladie de l'ordre de 50 %, contre une protection quasi-totale pour les semences traitées. De plus, les insecticides de substitution autorisés ont une durée d'action limitée à deux semaines, imposant des passages répétés et coûteux. Cette "impasse technique majeure" selon la Confédération Générale des planteurs de Betteraves (CGB) fragilise la filière française, soumise à une interdiction stricte réaffirmée par la CJUE, face à des concurrents européens qui conservent l'accès à l'acétamipride jusqu'en 2033, faisant peser cette distorsion de concurrence sur les producteurs français.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Un nouveau champ de bataille informationnel, la proposition de loi Duplomb II</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le débat sur le retour des néonicotinoïdes, incarné par la loi Duplomb de juillet 2025 et la nouvelle proposition de loi du 2 février 2026, oppose frontalement deux visions de l'intérêt général. Ces textes, portés par le sénateur Laurent Duplomb, visent officiellement à « lever les contraintes » pesant sur les agriculteurs. Elle fait suite à la censure par le Conseil constitutionnel de la première loi adoptée par le Parlement&nbsp;; les conditions d’utilisation dérogatoire de l’acétamipride ayant été jugées trop peu encadrées par la juridiction suprême, cette seconde proposition de loi vise à instaurer un encadrement susceptible de passer cet obstacle.<br>Pour les partisans de ces lois, l'interdiction de l'acétamipride crée une situation de vulnérabilité pour la filière betteravière française. Il s’agit de souveraineté alimentaire et pragmatisme économique. Ainsi Laurent Duplomb (Sénateur) justifie ses initiatives par la nécessité de mettre fin aux « distorsions de concurrence » au sein de l'UE&nbsp;; Franck Sander (Président de la CGB) : Qualifie l'interdiction française de « distorsion de concurrence incompréhensible et injustifiable », soulignant que ces molécules restent autorisées dans tous les autres pays de l'Union européenne. Il appelle à l'adoption du texte « dans l’intérêt de notre agriculture et de notre sécurité alimentaire ».<br>La contestation politique mène une campagne virulente contre une « charge trumpiste » et crie à « l'empoisonnement »&nbsp;; ainsi les parlementaires de gauche dénoncent une manœuvre au profit de l'agro-industrie au mépris des faits scientifiques&nbsp;: Aurélie Trouvé (LFI) a qualifié la seconde proposition de loi de « provocation trumpiste totale » et de « nouvelle charge trumpiste » du sénateur Duplomb. Benjamin Lucas (Écologiste) a formulé une accusation cinglante, affirmant que le sénateur est soit « totalement à la solde des lobbies agro-industriels », soit convaincu que « le cancer c'est bien »&nbsp;; Rima Hassan (LFI) est allée jusqu'à qualifier le sénateur Laurent Duplomb d’« ordure », dénonçant une manœuvre pour l'agro-industrie au détriment de la santé publique&nbsp;; Mélanie Thomin (PS) : Décrit la loi comme « démagogique » et une « tromperie à l'égard du monde agricole ».<br>Enfin les ONG environnementales forment un front uni contre les « lois poisons » et rejettent massivement ces réformes, les qualifiant d'« empoisonnement légalisé »&nbsp;: la Fondation Nicolas Hulot (FNH) dénonce un « recul environnemental majeur » et une « attaque frontale contre la santé publique », France Nature Environnement (FNE) décrit les textes comme un « condensé d’injustice et de reculs environnementaux », perpétuant un « système industriel et destructeur »&nbsp;; UFC-Que Choisir alerte sur une « régression profonde de la protection de la santé des consommateurs », citant spécifiquement les risques d'encéphalopathie liés à l'acétamipride&nbsp;; POLLINIS mène des campagnes actives contre ce qu'elle appelle le « retour en force des pesticides tueurs d'abeilles ».<br>La cause environnementale ne s’encombre pas toujours du respect des conditions d’un débat factuel. Les attaques ad hominem envers le sénateur Duplomb, notamment, peuvent aller loin. Le média Bon Pote et le journaliste Thibaut Schepman illustrent une tendance aux attaques personnelles visant à décrédibiliser le sénateur Duplomb en dénonçant le contraste entre son image d'« ambassadeur » du monde rural et la réalité de son « exploitation industrielle » jugée trop subventionnée pour être honnête, suggérant un enrichissement personnel en plein débat législatif. Cette rhétorique, complétée par des accusations de conflits d'intérêts liés à sa proximité avec Laurent Wauquiez, vise à susciter l'hostilité du public, produisant dans les commentaires des termes infamants comme « ordure » ou « profiteur »<br>Dans cette confrontation, les arguments ne se rencontrent pas et jouent sur deux terrains séparés, biodiversité contre souveraineté alimentaire. Les accusations de «&nbsp;trumpisme&nbsp;» remplissent ici un fonction spéciale de disqualification de ceux qui disent chercher une solution de transition encadrée. Il leur est opposé un amalgame puissant&nbsp;: ils sont associés au cynisme mercantiliste et à la grossière brutalité du président américain, lequel est bien connu pour son déni climatosceptique et son aversion aux investissements dans les énergies renouvelables. La biodiversité est un autre sujet mais l’amalgame fonctionne et nourrit un anathème visant à éviter toute discussion sur le fond.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les grands groupes sucriers européens, entre «&nbsp;greenwashing&nbsp;» et défense des actifs dans cette bataille de l’information</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Ces acteurs économiques portent une responsabilité importante au regard de la souveraineté alimentaire européenne et l’on peut se faire une idée de leur positionnement à partir des décisions et des prises de position du premier d’entre eux qui est aussi le numéro deux à l’échelle mondiale, l’Allemand Südzucker, propriétaire de la filiale française des sucres Saint Louis&nbsp;: Avant 2020, le groupe annonce la fermeture des sucreries de Cagny (Calvados) et Eppeville (Somme), supprimant ainsi environ 10 % de la capacité de production française. Il refuse en outre explicitement de vendre ces usines à des repreneurs potentiels, y compris aux groupements de planteurs français. L'objectif est d'éliminer définitivement ces capacités de production pour soutenir les prix sur un marché européen alors jugé excédentaire et réaliser 100 millions d'euros d'économies annuelles. En novembre 2025, le groupe franchit une nouvelle étape en annonçant une réduction de 25 % des surfaces de betteraves dans sa filiale Saint Louis Sucre pour les semis de 2026. Au lancement de la campagne 2025-2026, Südzucker lance une offre paneuropéenne de primes aux agriculteurs pour réduire leurs surfaces à planter en 2026-2027, anticipant une baisse de l'offre globale.<br>Officiellement, ces décisions sont dictées par la surproduction européenne et les prix bas consécutifs à la fin des quotas en 2017. Toutefois, ce retrait massif coïncide avec l'interdiction des néonicotinoïdes en France, qui a dégradé la rentabilité de la betterave face à la jaunisse virale, incitant le groupe à privilégier l'arbitrage économique en faveur du sucre importé, plus compétitif que la production locale française<br>Jusqu’à quelle point ce géant du sucre européen a-t-il donc soutenu ses actifs français de culture et de première transformation&nbsp;face aux processus de restrictions réglementaires européennes et françaises ? Les bases de données de l’UE qui répertorient les actions de lobbying montrent l’appartenance du groupe à de nombreuses associations européennes qui posent des questions aux parlementaires ou à la Commission mais on serait en mal de trouver une action visible ou une expression combative, au regard des mesures d’adaptation économique rappelées plus haut.<br>Ce quasi-silence paraît assourdissant si l’on ne prend pas en compte les nécessaires arbitrages du groupe entre production française et allemande d’une part et, plus encore, entre la production de betteraves à sucre en Europe et l’importation de sucre de canne venu des pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) bénéficiant des accords de Cotonou appliqué depuis janvier 2024 sur une base de libre-échange et d’aide au développement. Comme le montre le rapport d’activité 2023-2024, à destination des actionnaires, les arbitrages de ce type permettent une présentation des chiffres et de la stratégie qui inclut et justifie une augmentation des dividendes octroyés, dans un contexte commercial pourtant très tendu sur ce marché. Quant à la communication au grand public, les «&nbsp;news&nbsp;» et communiqués de Südzucker montrent qu’elle met le cap sur l’avenir de l’agriculture durable et l’innovation, même si les efforts de recherche n’apportent à ce jour aucune solution au différentiel de compétitivité dont souffrent les betteraves à sucre européennes cultivées sans acétamipride. Ainsi coïncident commodément l’arbitrage commercial destructeur de valeur et d’emplois sur le sol européen d’une part et la bannière des abeilles et de l’avenir le plus vert qui soit d’autre part.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La betterave ukrainienne, entre bâillon moral et débat impossible, jusqu’à subir volontairement la déferlante</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Un afflux sans précédent de sucre ukrainien sur le marché européen résulte de la suppression des droits de douane décidée par Bruxelles pour soutenir l'économie de Kiev en période de guerre. Les volumes importés ont bondi de manière spectaculaire, passant d'un plafond historique de 20 070 tonnes à 500 000 tonnes en 2023-2024, représentant désormais 32 % des importations totales de l'UE.<br>Cet afflux massif a provoqué un effondrement des prix, la tonne de sucre chutant de 950 € fin 2022 à environ 540 € en 2025. Pour les cultivateurs français, cette situation génère une distorsion de concurrence insoutenable : alors qu'ils font face à des restrictions environnementales strictes, leurs concurrents ukrainiens utilisent 30 produits phytosanitaires, dont les néonicotinoïdes, interdits dans l'Union européenne.<br>De plus, le modèle économique des agroholdings ukrainiennes, dont certaines gèrent jusqu'à 200 000 hectares, permet des économies d'échelle impossibles à atteindre pour les exploitations familiales françaises de 140 hectares en moyenne. L'impact financier est direct et brutal : les revenus des betteraviers français ont enregistré une chute de 18,6 % en 2024. Cette crise a contribué à faire perdre à la France sa place de leader sucrier européen au profit de l'Allemagne dès 2023.<br>Face à ce qu'ils considèrent comme un sacrifice de leur filière, les planteurs qui s’expriment à travers la CGB exigent désormais des mesures de sauvegarde et une régulation stricte des importations pour préserver leur souveraineté agro-industrielle. Mais les aides commerciales à l’Ukraine ne sont pas discutables et de telles demandes inaudibles. La posture européenne au secours de la victime de Poutine ne permet même pas le débat au niveau des institutions européennes. Les indignations qui précédaient à Bruxelles l’agression russe concernant la corruption ukrainienne, telle que la décrit le rapport spécial n°23 de la Cour des Comptes Européenne en 2021 sont oubliées. Cette amnésie concourt à un impératif moral devenu absolu, face auquel l’avenir de la filière betteravière-sucrière française ne pèse rien.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les effets contradictoires de la «&nbsp;préférence étrangère&nbsp;»</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Avec la «&nbsp;préférence étrangère&nbsp;», depuis l’ancienne République de Venise jusqu’au modèle macroéconomique batave dans l’UE, le sucre rencontre en fait les éternels calculs mercantiles.<br>Les arbitrages d’un groupe industriel pour des sources lointaines d’approvisionnement au détriment de la production autochtone coïncident avec des logiques macroéconomiques teintées de cynisme qui ne datent pas d’hier.<br>Ali Laïdi relève en effet dans son Histoire Mondiale de la Guerre Economique certaines mesures prises par la République marchande de Venise (XIIIe – XVIe siècle) qui nous éclairent sur les calculs autodestructeurs d’un écosystème économique endogène. Cette fois, il s’agit du sel. En effet, l'Office du sel détruisit sous ce gouvernement des marchands le commerce local et la production du sel dans une région sous contrôle de la Sérénissime, afin de maintenir l'approvisionnement plus lucratif et les marges élevés obtenues par la vente de sel provenant de sources lointaines. Ces prix élevés contribuèrent à financer l'armement de la flotte de commerce et de la flotte militaire de la République. Ainsi sont empêchés de production et de commerce du sel Cerva, Chiogga, Piran (quota sévères).<br>Plus près de nous, la prospérité des grands ports européens, de leurs exploitants et des métropoles et Etats qui les développent conduit naturellement à préférer les flux créateurs de valeur sur ces points d’entrée maritimes au développement économique de l’hinterland. Chaque kilogramme de sucre crée de la richesse privée et publique pour les régions ou pays portuaires lorsqu’il entre dans le marché intérieur par Rotterdam ou Hambourg&nbsp;: opérations logistiques, taxes et droits de douanes dont l’Etat membre d’entrée conserve 25 % au budget national, les 75 % restants rejoignant les ressources propres de l’UE. Lorsqu’il est ensuite réexporté dans d’autres Etats membres de l’UE, ce kilogramme de sucre contribue en outre positivement à la balance commerciale du pays d’entrée. C’est là un véritable modèle de développement économique pour les Pays-Bas qui affichent avec constance un excédent considérable et n’ont donc aucun intérêt, dans les discussions du Conseil, à favoriser ou sauvegarder les surfaces agricoles européennes, lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes un pays producteur significatif. La défense des insectes polinisateurs devient alors un combat national face à l’acétamipride.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L’arbitre européen entre dans le jeu, avec un cocktail d’anesthésie informationnelle articulé de longue date par la Commission&nbsp;européenne : le bien du consommateur, la conformité à la loi économique et la promesse de soutien salvateur</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La PAC est censée arbitrer avec des textes contraignants la bataille des mots et des idées qui ont un effet direct sur les producteurs et les consommateurs européens de sucre. Or la PAC a un visage&nbsp;: celui de la Commission européenne. Le cas du sucre est exemplaire pour qui souhaite élucider, au-delà de la doctrine économique – reflétée fidèlement par les décisions de régulation - les messages envoyés aux acteurs économiques et à la population par cette institution garante des traités européens et rompue dans l’usage de la rhétorique technocratique. Celle-ci est partie à la conquête des cerveaux bien avant la crise ukrainienne et le bâillon posé sur la complainte de nos producteurs.<br>A ce sujet, l’étude d’Agriculture Stratégies publiée en 2019 est édifiante&nbsp;; elle rappelle que depuis 1968, la filière s’est développée sous le « cadre protecteur des quotas », garantissant un chiffre d'affaires stable grâce à des prix minimums élevés. Un tournant majeur survient avec la réforme de 2006, imposée par des pressions de l'OMC, qui constitue un « changement complet de logique ». Désormais, les exportations sont plafonnées à 1,35 Mt et la production devient « ajustable pour tenir compte de flux d’importations moins contrôlés ». Le prix minimum est alors abaissé de 36 %.<br>Toujours selon cette étude, en 2013, dans un contexte d'« euphorie collective » et d'idéologie libérale, l'UE décide de supprimer totalement les quotas pour 2017. Cette décision fait du marché européen « l'un des plus dérégulés au monde ». L'impact pour la France, qui assure 33 % de la production européenne, est brutal : la connexion directe aux cours mondiaux, souvent fixés à des niveaux de « dumping » par le Brésil, fait chuter les prix. Deux ans après, « la rentabilité de la production de betterave est au plus bas », et les producteurs se retrouvent à « produire plus pour gagner moins ».<br>On se demande légitimement comment le régulateur suprême des marchés européens peut justifier une telle action et, incidemment, comment elle est «&nbsp;marketée&nbsp;» dans nos cerveaux, avec une sorte de «&nbsp;policy branding&nbsp;» finalement assez repérable dans le discours et les attendus, comme le montre notamment cette même étude. Quant aux textes législatifs ou d’exécution, c’est principalement dans les «&nbsp;considérants&nbsp;» que le chercheur féru d’argumentation communautaire souhaitant débusquer à Bruxelles l’esprit des lois trouvera les formules d’un véritable cocktail d’anesthésie informationnelle.<br>D’abord, l’ensemble de la régulation vise les prix les plus bas pour le bien du consommateur et c’est là le premier ingrédient du cocktail : la promesse de pouvoir d’achat fait oublier au citoyen qu’il est autre chose qu’un consommateur. On le prend par le portefeuille et, en l’occurrence, par l’estomac. C’est l’ingrédient le plus visible de la formule, celui qui lui donne sa couleur principale depuis l’acte majeur de suppression des quotas de production.<br>Ensuite, la Commission étaye ses décisions d’un discours de théorie économique bien connue et avec constance. Elle est la base du libre-échangisme issue de l’école de Chicago. Lorsqu’il en est besoin, une étude de l’OCDE ou les conclusions d’un programme de recherche financé par le contribuable européen viennent encore renforcer la scientificité de l’orientation choisie. Ainsi les décisions de dérégulation intérieure et de soumission aux règles des accords conclus dans le cadre de l’OMC portent le sceau de la science prouvée&nbsp;; l’alignement des prix sur ces du Brésil conduira la production européenne a son optimum économique, pour le bien du consommateur et si des faits fâcheux conduisent les producteurs à remettre en question la trajectoire choisie, c’est qu’ils ne comprennent pas bien et qu’il vaut «&nbsp;mieux expliquer&nbsp;» la politique européenne. Quant aux faits en question, ce ne sont que des soubresauts ennuyeux face auxquels il convient de persister et patienter jusqu’à ce que les équilibres donnent (enfin) raison à la théorie.<br>Enfin, le soutien salvateur, compensateur et consolateur&nbsp;: la Commission prend ici une posture d’accompagnante qui écoute et reconnaît la souffrance des producteurs qui réagissent mal aux deux premiers produits du cocktail. Ceux qui souffrent de l’application incontournable des lois -scientifiques – du marché pour le bien du consommateur se voient injecter une promesse, la subvention&nbsp;: une aide consolatrice qui s’avère addictive. Elle complète le cocktail anesthésique et vient fort à propos lorsque l’on doit compenser des réductions de revenus et de surface cultivée.<br>Avec ces trois formules, le patient est normalement endormi et l’on peut opérer au prix, dans le pire des cas, de quelques manifestations autour du rond-point Schuman. La sincérité et le professionnalisme des fonctionnaires de la Commission ne sont pas en cause&nbsp;; les bonnes intentions, le souci de l’intérêt général et l’expertise technique pavent ce purgatoire économique dont le sucre n’est qu’un exemple.<br>On voit ainsi que la guerre de l’information n’a pas lieu qu’entre acteurs économiques qui se disputent l’influence sur nos cerveaux et veulent nous compter au rang des défenseurs d’abeille ou des sauveurs de l’agriculture nationale. Le décideur politique en use aussi, ainsi que son fondé de pouvoir&nbsp;: le régulateur économique.<br>En fin de compte, le démantèlement des capacités productives souveraines de sucre profite surtout aux géants de l'agroalimentaire comme Coca-Cola, qui achète désormais son sucre à « un prix inférieur à son coût de production ». Pour les planteurs français, cette dérégulation a conduit à une « crise profonde », marquée par des « fermetures d’usines » et une exposition insoutenable à la volatilité mondiale. Les appels à une refonte complète de la PAC lors du prochain Cadre Financier Pluriannuel ne seront entendus que si l’anesthésie informationnelle pratiquée de longue date perd son effet. Pour espérer le réveil, certains acteurs inquiets mais volontaires cherchent l’antidote, laissant de côté les bruyantes envolées que suscite en France la proposition de loi Duplomb II.</p><p class="text-align-right" style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px;orphans:2;outline:none;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">Jean-Marc Latour</strong><br><a style="background-color:transparent;border-bottom:0.134em solid transparent;box-sizing:border-box;color:rgb(230, 20, 44);display:inline;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;outline:none;text-decoration:none;transition:0.2s;" href="https://www.ege.fr/formations/executive/msie"><strong>Auditeur de la 49ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique</strong></a></p>]]></content><dc:creator>Malo</dc:creator></item><item><title>Les confrontations géoéconomiques autour de l&apos;éolien offshore européen</title><link>https://www.ege.fr/infoguerre/les-confrontations-geoeconomiques-autour-de-leolien-offshore-europeen</link><media:thumbnail url="https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/thumbnail/public/images/turbines_chine2026.jpg.webp?itok=2QDsS8vy" width="100px" height="100px"/><image><url>https://www.ege.fr/sites/ege.fr/files/styles/img_style_19_7_1110/public/images/turbines_chine2026.jpg.webp?itok=Rwv5NHzQ</url><link>https://www.ege.fr/infoguerre/les-confrontations-geoeconomiques-autour-de-leolien-offshore-europeen</link></image><guid isPermaLink="true">https://www.ege.fr/infoguerre/les-confrontations-geoeconomiques-autour-de-leolien-offshore-europeen</guid><category>articlee</category><pubDate>Tue, 30 Jun 2026 15:39:40 +0200</pubDate><description><![CDATA[<p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">L'éolien offshore européen s'apprête à vivre un véritable « raz-de-marée » industriel avec un objectif de 300 GW installés d'ici 2050, dont 45 GW pour la seule France. Pour financer ce pilier de la transition énergétique, la Commission européenne estime les besoins d'investissement à 800 milliards d'euros. Mais derrière ces gigawatts, une bataille féroce pour la souveraineté économique fait rage. Face aux turbiniers chinois, dont les prix sont jusqu'à 50 % inférieurs à ceux de leurs concurrents locaux, l'Union européenne a réagi avec le Net-Zero Industry Act (NZIA). Ce règlement impose désormais des critères de « résilience » dans les appels d'offres, visant à limiter à 50 % la dépendance envers un pays tiers pour les composants stratégiques afin de protéger la sécurité d'approvisionnement.</strong></p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le choix des équipements, notamment les turbines, devient un casse-tête géopolitique pour les développeurs de fermes éoliennes. Alors que des projets comme celui de Ming Yang en Écosse sont bloqués pour des raisons de sécurité nationale et de cyber-espionnage, le duopole européen formé par Siemens Gamesa et Vestas tente de consolider ses positions. Siemens Gamesa projette ainsi de détenir 55 % du marché offshore européen d'ici 2035. Cependant, la souveraineté industrielle est mise à rude épreuve : le retrait stratégique de GE Vernova et la suspension récente de certains investissements de Vestas en Pologne ou de Siemens au Danemark font planer un risque de goulot d'étranglement dès 2029. L'enjeu est désormais de concilier la vitesse de la décarbonation avec le maintien d'une chaîne de valeur « Made in Europe », face à une Chine qui occupe déjà les quatre premières places mondiales des fabricants d'éoliennes.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La bataille des mots et des idées sur les terrains&nbsp;géoéconomiques et industriels</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L’intérêt des acteurs et la technicité relative du sujet dictent le choix des vecteurs pour ces affrontements, loin de la presse grand public qui se contente d’annoncer les investissements en grandes masses, le choix des zones d’installation ancrée ou flottante et les espoirs mis dans les puissances à installer. Ce qui ressort publiquement, ce sont les spéculations sur l’avenir du mix énergétique national ou européen, ainsi que la contribution attendue, de la part de ce secteur renouvelable, en vue d’une relative indépendance énergétique par rapport au gaz russe et au gaz de schiste américain. Les débats récents sur la Programmation Pluriannuelle de l’Energie en France l’ont bien montré.&nbsp;</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les groupes de travail animés par la Commission européenne, le huis-clos du Conseil, les conseils d’administration des turbiniers chinois et les réunions des développeurs européens avec leurs mandants publics sont les lieux de confrontation et décision sur les montages industriels. Les messages stratégiques se lisent donc entre les &nbsp;lignes des newsletters spécialisées, les communiqués de presse des industriels, leurs rapports d’activité (visant aussi bien le grand public et que les actionnaires) et les actes règlementaires ou plans d’action de l’UE et ses Etats membres. Dans une telle sphère informationnelle, seuls les recoupements curieux, les voltes-faces et les contradictions apparentes témoignent des intimidations commerciales, des faux-semblants idéologiques ou encore de l’anesthésie informationnelle d’un «&nbsp;tout va bien se passer avec les turbiniers européens&nbsp;» qui ménage des positions futures rien moins qu’incertaines pour ces industriels. Concernant les recoupements, des acteurs-clefs ont accepté de nous parler «&nbsp;en off&nbsp;» pour valider certaines interprétations, notamment à propos des heurs et malheurs européens du turbinier chinois n°1 Ming Yang.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les annonces tonitruantes de Ming Yang ont finalement du mal à convaincre</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le turbinier qui se prétend en pôle-position dans la course chinoise au marché européen des turbines&nbsp;a lancé sur plusieurs années une campagne de communication qui avait de quoi ferrer les poissons de Hambourg et d’Ecosse, décourager les concurrents chinois et rassurer Pékin… avec du vent, principalement.<br>Depuis plusieurs années, le géant chinois Ming Yang Smart Energy déploie une stratégie de communication agressive, jalonnée d'accords de principe (MoU) et d'annonces d'investissements colossaux. Pourtant, force est de constater que ces effets d'annonce se heurtent systématiquement au mur de la réalité géopolitique européenne. Malgré une présence remarquée sur les salons professionnels, comme à Energaïa 2025 où le groupe occupait le terrain face à des concurrents européens absents, le bilan opérationnel reste désespérément vierge.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Après des approches du marché italien sans succès, comme le turbinier l’a constaté et clairement indiqué au printemps 2025 lors d’échanges directs avec des régions françaises, le scénario est devenu récurrent : une signature en grande pompe suivie d'un veto administratif. En décembre 2021, un protocole d'accord est signé avec le ministère britannique du Commerce pour l'implantation d'usines au Royaume-Uni (L’Actu Eolien, 7 janvier 2022). En octobre 2025, Ming Yang réitère avec un projet d'usine intégrée de 1,5 milliard de livres à Ardersier Port, en Écosse, promettant 1 500 emplois (L’Actu Eolien, 20 octobre 2025). Résultat ? En mars 2026, le gouvernement britannique interdit purement et simplement l'utilisation de ses turbines, invoquant des impératifs de sécurité nationale et de résilience des infrastructures critiques (BBC, 25 mars 2026). Un revers cuisant qui coïncide cruellement avec l'annonce, le même jour, d'un nouveau projet d'usine par le Danois Vestas dans la même région. Les craintes londoniennes pour la sécurité économique du Royaume-Uni semblent du reste avoir été étayées par Washington concernant Ming Yang (Financial Times, 18 juin 2025).&nbsp;<br>Le constat est identique en Allemagne. Le développeur Luxcara, qui avait pourtant désigné Ming Yang comme « fournisseur préférentiel » pour le parc Waterkant en 2024, a finalement fait machine arrière en septembre 2025 pour retenir Siemens Gamesa (L’Actu Eolien, 4 septembre 2025, ou le communiqué de Luxcara). Là encore, la pression des autorités fédérales ainsi que des préoccupations de sécurité économiques, ont rendu l'accord chinois caduc. Ce que les analystes appellent désormais le « moment Huawei » de l'éolien semble geler toute tentative de percée. Malgré des communiqués assurant que ses « activités prévues restent inchangées », Ming Yang s'enferme dans une communication de résistance qui peine à masquer son exclusion relative du marché européen. Entre les barrières normatives et le renforcement du Net-Zero Industry Act (NZIA), les signatures de Ming Yang apparaissent aujourd'hui pour ce qu'elles sont : des accords de papier sans lendemain industriel.<br>A l’automne 2025, les annonces prometteuses de Ming Yang laissaient encore penser aux deux principaux concurrents chinois dans l’approche des projets européens, Goldwind et Envision, que l’avance supposée du n°1 serait difficile à rattraper, comme une source directe a pu nous le confirmer. De même, en Ecosse, on a pu croire que l’accord passé avec le gouvernement de sa Majesté constituait un jalon réel vers l’installation d’éoliennes et d’une unité de production. A Hambourg, selon une source locale interrogée directement, il a fallu que le développeur Luxcara explique aux autorités de son pays que s’il devait se passer de Ming Yang, il ne pouvait être tenu pour responsable des retards que le projet encourrait, ce que la proposition de Siemens est finalement venu solutionner. Au total, la campagne de communication de Ming yang en 2025 a eu pour effet d’impressionner (décourager&nbsp;?) les concurrents chinois, de tenir pendant un certain temps les autorités régionales en Europe dans un espoir et une dynamique favorable et, peut-être, de rassurer Pékin sur la capacité de son fer de lance à avancer sur ce marché d’expansion prometteur. En tout état de cause, cette bataille informationnelle n’a pas suffi pour assurer un ancrage significatif sur les rivages européens, à ce stade.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">A Bruxelles, les lobbies cherchent à faire valoir leurs solutions, entre souveraineté industrielle et libre concurrence mondiale</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le cadre européen d’attribution des fermes d’éolien offshore est le terrain d’expérimentation d’une entrée de la souveraineté économique dans les préoccupations du Marché Intérieur vu de Bruxelles&nbsp;; c’est aussi le terrain des affrontements idéologiques et compromis sur la dose de politique industrielle admise dans les choix des turbines, face au dogme du libre-échangisme concurrentiel d’une part, à la réalité des capacités productives européennes d’autre part.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le Net-Zero Industry Act (NZIA) marque un tournant remarquable : l'Europe assume enfin une véritable politique industrielle en brisant le dogme du « prix le plus bas » qui a longtemps favorisé les turbines chinoises, vendues jusqu'à 50 % moins cher. L'ambition est de sanctuariser une capacité de production annuelle de 36 GW pour l'éolien afin de réduire les dépendances stratégiques. Cependant, derrière cette volonté de fer se cache un maquis bureaucratique d'une densité rare, piloté par quatre actes délégués et d'exécution qui listent chaque composant, de la nacelle aux aimants permanents.<br>Le critère de « résilience », pivot du dispositif, impose une arithmétique complexe aux États membres. Ils doivent désormais appliquer des critères hors-prix à au moins 30 % du volume annuel d'appels d'offres. Le mécanisme s'enclenche dès qu'un pays tiers représente plus de 50 % de l'approvisionnement de l'Union pour un produit final. Pour l'éolien offshore, le casse-tête est total : si ce seuil est franchi, le produit fini ne peut plus provenir du pays visé, et seuls quatre composants spécifiques au maximum peuvent encore en être originaires, sur les huit spécifiés par grands ensembles électromécaniques.<br>Cette protection nécessaire reste à ce stade une « usine à gaz » réglementaire. Les autorités disposent d'une clause de sauvegarde permettant de relever les seuils jusqu'à 85 % en cas de menace sur la sécurité d'approvisionnement. Entre les exigences de cybersécurité, de durabilité environnementale et les lignes directrices interprétatives encore attendues de Bruxelles (promises pour juin 2026 par la DG ENER de la Commission), le NZIA est une horlogerie fine dont l'application réelle, dès 2026, mettra à rude épreuve l'agilité des développeurs de parcs.<br>Si l’on regarde de près le périmètre de «&nbsp;30% du volume annuel&nbsp;», on peut y voir l’indice d’une capacité européenne à mener une politique industrielle préoccupée de souveraineté. Ce compromis résulte largement des confrontations internes de la Commission, DG Concurrence contre DG ENER (que nous avons rencontrée) en l’occurrence, et du Conseil&nbsp;: la France s’y est placée en tête du mouvement pour que le prix ne soit pas le juge de paix de toutes les procédures et que l’avenir des capacités de productions européennes et leur compétitivité soient pris en compte. Mais chaque Etat membre peut malgré cela attribuer 70% de la puissance annuelle à installer à… des turbines chinoises. Cette confrontation typique des dilemmes bruxellois, entre une loi du marché comprise dans toute sa pureté et des voies d’interventions publiques stratégiques, a lieu alors que l’on relève des intentions chinoises claires dans la capitale de l’Europe, selon Intelligence Online (bulletin du 28 avril 2026)&nbsp;: «&nbsp;Xi Jinping souhaite atténuer la posture critique européenne et rétablir des canaux d'influence et d'échange économiques et politiques. Une nouvelle initiative, appuyée par des travaux d'universitaires, vient d'être lancée afin d'imposer une narration favorable à une autonomie européenne vis-à-vis des États-Unis, tout en préservant l'accès au marché et en réduisant les frictions stratégiques.&nbsp;»</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les chevaliers blancs de l’Europe du Nord rassurent-ils vraiment face au risque asiatique&nbsp;?</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les Etats membres préoccupés de politique industrielle souveraine ont un allié, ou plutôt deux&nbsp;: le duopole européen constitué par Siemens Gamesa et Vestas qui font savoir qu’ils ont la capacité de répondre aux besoins de puissance à installer dans la décennie à venir, dans leurs communiqués et sur leurs sites Web (voir Renewables Now - ou encore Recharge News ). Ils communiquent sur des projections de parts de marché massives et affichent des ambitions claires pour saturer le marché. Siemens Gamesa projette de détenir 55 % du marché offshore européen d'ici 2035 (environ 140 GW) et affirme pouvoir couvrir 80 % de la croissance européenne sans goulots d'étranglement majeurs. De son côté, Vestas vise une part de 33 % (80-90 GW) et estime pouvoir répondre à 70-80 % des besoins du continent. Dans ces conditions, pourquoi ne pas appliquer les critères de souveraineté du NZIA à 100 % des volumes&nbsp;? Quel besoin des Chinois&nbsp;?<br>Il semble pourtant que pour certains Etats membres de l’UE, le prix reste la chose la plus importante, puisque la majorité qualifiée du Conseil a statué sur 30 % seulement.<br>A moins que certains décideurs et analystes gardent des doutes sur les estimations et annonces du duopole quant à ses propres capacités, annonces qui pourraient viser à protéger leurs marges en freinant l’arrivée de l’Empire du Milieu au large de nos côtes. Depuis le retrait de l’Américain G.E. de ce secteur, les bénéfices d’une situation duopolistique en Europe semblent en effet à portée de main pour le couple germano-danois. La question est donc posée&nbsp;: leurs campagnes de communication rassurantes relèveraient-elles d’une tactique d’anesthésie informationnelle&nbsp;? L’état final recherché d’une telle tactique dans le jeu d’influences dans l’UE est visible&nbsp;: réduire la puissance d’expression (et donc priver d’impact décisionnel) 1. les développeurs inquiets qui souhaitent alerter les pouvoirs publics sur le besoin d’un recours aux turbines chinoises et 2. Les Etats membres qui veulent maintenir une possibilité suffisante d’importer (voire faire fabriquer sur leurs territoires) des turbines à moindre prix. L’effet d’une telle communication doit durer jusqu’au réveil du patient anesthésié (le décideur européen), après que les positions principales ont été prises sur les rivages à équiper&nbsp;: contrats signés, marges assurées pour Siemens Gamesa et Vestas.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le goulot d’étranglement européen</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">En y regardant de plus près, plusieurs signaux font douter les observateurs de leur capacité réelle à suivre la cadence infernale imposée par les objectifs européens. Derrière les discours de réassurance, la réalité industrielle laisse apparaître des zones d'ombre qui pourraient transformer l'ambition climatique de l'UE en un véritable goulot d'étranglement&nbsp;:<br>Un « gel » des investissements : En octobre 2025, alors que le marché semblait s’ouvrir, les deux géants ont brutalement freiné. Vestas a suspendu son projet d’usine de pales en Pologne, tandis que Siemens Gamesa a mis au placard son projet d'usine de nacelles à Esbjerg, au Danemark. Les motifs invoqués — « manque de visibilité » ou « demande plus faible que prévue » — passent mal auprès des développeurs, alors même que 12,5 GW de nouveaux projets ont été attribués en Europe dans la foulée. Ce retrait tactique fait craindre une volonté de maintenir des prix élevés en limitant volontairement l'offre.<br>Les études de marché, comme celle de WindEurope d'avril 2025, présentent certains points de fragilité méthodologique. Ces rapports incluent souvent les capacités de production de GE Vernova (Saint-Nazaire et Cherbourg), or ce dernier est en « grande retraite », sans aucune vente d'éoliennes en mer depuis cinq ans. Si l'on retire ce « producteur fantôme » du calcul, les chiffres de la souveraineté européenne s'effondrent mécaniquement.<br>Le mur des « bottlenecks » de 2029 : Les experts prédisent désormais des risques de pénurie critiques dès 2029 pour les pales et 2030 pour les nacelles. La concentration du marché sur seulement deux fournisseurs européens fragilise l'ensemble de la chaîne de valeur. Les développeurs réclament au moins trois fournisseurs viables pour maintenir une saine concurrence et sécuriser les délais de livraison.<br>Une fragilité financière et technique persistante : Malgré le soutien public, les turbiniers restent convalescents. Siemens Energy a enregistré une perte nette colossale de 4,59 milliards d’euros en 2023, plombée par les défaillances de sa branche Gamesa. À cela s'ajoutent l'inflation des matières premières (acier, cuivre) et la hausse des taux d'intérêt, qui ont renchéri les coûts de production de près de 40 % en deux ans.<br>Les actions de lobbying du syndicat sectoriel Windeurope, visibles dans les messages publiés sur son site et les réponses à consultations, n’expriment pas ces doutes alors qu’on pourrait s’y attendre, de la part des développeurs qui en sont membres. Il est vrai que Siemens Gamesa et Vestas sont membres, eux aussi. Coordonner les positions parfois divergentes des membres d’un groupe de lobby sectoriel n’est pas la moindre des difficultés, lorsque l’on cherche une expression claire, lisible et influentes sur les fonctionnaires européens, les eurodéputés et les représentations permanentes des Etats membres.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Entre suspensions d'activité dans les usines et santé financière précaire, le duopole européen semble marcher sur une corde raide. Le risque est désormais que l'Europe, incapable de produire ses propres machines à temps, soit contrainte de choisir entre ralentir sa transition ou rouvrir la porte aux turbiniers chinois pour combler le vide. Il demeure une autre voie, consistant à construire un «&nbsp;AIRBUS des turbines&nbsp;» comme on a tenté celle d’un «&nbsp;AIRBUS des batteries&nbsp;», dans la lignée de grands projets européens toujours cités pour prouver qu’il existe malgré tout un champ des possibles stratégiques. A défaut, après les batailles des mots et des idées, «&nbsp;30 %&nbsp;» restera peut-être dans les esprits comme la mesure des intentions réelles de souveraineté industrielle sur le vieux continent. Rendez-vous dans 10 ans.</p><p class="text-align-right" style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px;orphans:2;outline:none;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Gilles Durand (Ecole de Guerre Economique)</p>]]></description><content><![CDATA[<p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;"><strong style="box-sizing:border-box;outline:none;">L'éolien offshore européen s'apprête à vivre un véritable « raz-de-marée » industriel avec un objectif de 300 GW installés d'ici 2050, dont 45 GW pour la seule France. Pour financer ce pilier de la transition énergétique, la Commission européenne estime les besoins d'investissement à 800 milliards d'euros. Mais derrière ces gigawatts, une bataille féroce pour la souveraineté économique fait rage. Face aux turbiniers chinois, dont les prix sont jusqu'à 50 % inférieurs à ceux de leurs concurrents locaux, l'Union européenne a réagi avec le Net-Zero Industry Act (NZIA). Ce règlement impose désormais des critères de « résilience » dans les appels d'offres, visant à limiter à 50 % la dépendance envers un pays tiers pour les composants stratégiques afin de protéger la sécurité d'approvisionnement.</strong></p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le choix des équipements, notamment les turbines, devient un casse-tête géopolitique pour les développeurs de fermes éoliennes. Alors que des projets comme celui de Ming Yang en Écosse sont bloqués pour des raisons de sécurité nationale et de cyber-espionnage, le duopole européen formé par Siemens Gamesa et Vestas tente de consolider ses positions. Siemens Gamesa projette ainsi de détenir 55 % du marché offshore européen d'ici 2035. Cependant, la souveraineté industrielle est mise à rude épreuve : le retrait stratégique de GE Vernova et la suspension récente de certains investissements de Vestas en Pologne ou de Siemens au Danemark font planer un risque de goulot d'étranglement dès 2029. L'enjeu est désormais de concilier la vitesse de la décarbonation avec le maintien d'une chaîne de valeur « Made in Europe », face à une Chine qui occupe déjà les quatre premières places mondiales des fabricants d'éoliennes.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">La bataille des mots et des idées sur les terrains&nbsp;géoéconomiques et industriels</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">L’intérêt des acteurs et la technicité relative du sujet dictent le choix des vecteurs pour ces affrontements, loin de la presse grand public qui se contente d’annoncer les investissements en grandes masses, le choix des zones d’installation ancrée ou flottante et les espoirs mis dans les puissances à installer. Ce qui ressort publiquement, ce sont les spéculations sur l’avenir du mix énergétique national ou européen, ainsi que la contribution attendue, de la part de ce secteur renouvelable, en vue d’une relative indépendance énergétique par rapport au gaz russe et au gaz de schiste américain. Les débats récents sur la Programmation Pluriannuelle de l’Energie en France l’ont bien montré.&nbsp;</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les groupes de travail animés par la Commission européenne, le huis-clos du Conseil, les conseils d’administration des turbiniers chinois et les réunions des développeurs européens avec leurs mandants publics sont les lieux de confrontation et décision sur les montages industriels. Les messages stratégiques se lisent donc entre les &nbsp;lignes des newsletters spécialisées, les communiqués de presse des industriels, leurs rapports d’activité (visant aussi bien le grand public et que les actionnaires) et les actes règlementaires ou plans d’action de l’UE et ses Etats membres. Dans une telle sphère informationnelle, seuls les recoupements curieux, les voltes-faces et les contradictions apparentes témoignent des intimidations commerciales, des faux-semblants idéologiques ou encore de l’anesthésie informationnelle d’un «&nbsp;tout va bien se passer avec les turbiniers européens&nbsp;» qui ménage des positions futures rien moins qu’incertaines pour ces industriels. Concernant les recoupements, des acteurs-clefs ont accepté de nous parler «&nbsp;en off&nbsp;» pour valider certaines interprétations, notamment à propos des heurs et malheurs européens du turbinier chinois n°1 Ming Yang.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les annonces tonitruantes de Ming Yang ont finalement du mal à convaincre</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le turbinier qui se prétend en pôle-position dans la course chinoise au marché européen des turbines&nbsp;a lancé sur plusieurs années une campagne de communication qui avait de quoi ferrer les poissons de Hambourg et d’Ecosse, décourager les concurrents chinois et rassurer Pékin… avec du vent, principalement.<br>Depuis plusieurs années, le géant chinois Ming Yang Smart Energy déploie une stratégie de communication agressive, jalonnée d'accords de principe (MoU) et d'annonces d'investissements colossaux. Pourtant, force est de constater que ces effets d'annonce se heurtent systématiquement au mur de la réalité géopolitique européenne. Malgré une présence remarquée sur les salons professionnels, comme à Energaïa 2025 où le groupe occupait le terrain face à des concurrents européens absents, le bilan opérationnel reste désespérément vierge.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Après des approches du marché italien sans succès, comme le turbinier l’a constaté et clairement indiqué au printemps 2025 lors d’échanges directs avec des régions françaises, le scénario est devenu récurrent : une signature en grande pompe suivie d'un veto administratif. En décembre 2021, un protocole d'accord est signé avec le ministère britannique du Commerce pour l'implantation d'usines au Royaume-Uni (L’Actu Eolien, 7 janvier 2022). En octobre 2025, Ming Yang réitère avec un projet d'usine intégrée de 1,5 milliard de livres à Ardersier Port, en Écosse, promettant 1 500 emplois (L’Actu Eolien, 20 octobre 2025). Résultat ? En mars 2026, le gouvernement britannique interdit purement et simplement l'utilisation de ses turbines, invoquant des impératifs de sécurité nationale et de résilience des infrastructures critiques (BBC, 25 mars 2026). Un revers cuisant qui coïncide cruellement avec l'annonce, le même jour, d'un nouveau projet d'usine par le Danois Vestas dans la même région. Les craintes londoniennes pour la sécurité économique du Royaume-Uni semblent du reste avoir été étayées par Washington concernant Ming Yang (Financial Times, 18 juin 2025).&nbsp;<br>Le constat est identique en Allemagne. Le développeur Luxcara, qui avait pourtant désigné Ming Yang comme « fournisseur préférentiel » pour le parc Waterkant en 2024, a finalement fait machine arrière en septembre 2025 pour retenir Siemens Gamesa (L’Actu Eolien, 4 septembre 2025, ou le communiqué de Luxcara). Là encore, la pression des autorités fédérales ainsi que des préoccupations de sécurité économiques, ont rendu l'accord chinois caduc. Ce que les analystes appellent désormais le « moment Huawei » de l'éolien semble geler toute tentative de percée. Malgré des communiqués assurant que ses « activités prévues restent inchangées », Ming Yang s'enferme dans une communication de résistance qui peine à masquer son exclusion relative du marché européen. Entre les barrières normatives et le renforcement du Net-Zero Industry Act (NZIA), les signatures de Ming Yang apparaissent aujourd'hui pour ce qu'elles sont : des accords de papier sans lendemain industriel.<br>A l’automne 2025, les annonces prometteuses de Ming Yang laissaient encore penser aux deux principaux concurrents chinois dans l’approche des projets européens, Goldwind et Envision, que l’avance supposée du n°1 serait difficile à rattraper, comme une source directe a pu nous le confirmer. De même, en Ecosse, on a pu croire que l’accord passé avec le gouvernement de sa Majesté constituait un jalon réel vers l’installation d’éoliennes et d’une unité de production. A Hambourg, selon une source locale interrogée directement, il a fallu que le développeur Luxcara explique aux autorités de son pays que s’il devait se passer de Ming Yang, il ne pouvait être tenu pour responsable des retards que le projet encourrait, ce que la proposition de Siemens est finalement venu solutionner. Au total, la campagne de communication de Ming yang en 2025 a eu pour effet d’impressionner (décourager&nbsp;?) les concurrents chinois, de tenir pendant un certain temps les autorités régionales en Europe dans un espoir et une dynamique favorable et, peut-être, de rassurer Pékin sur la capacité de son fer de lance à avancer sur ce marché d’expansion prometteur. En tout état de cause, cette bataille informationnelle n’a pas suffi pour assurer un ancrage significatif sur les rivages européens, à ce stade.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">A Bruxelles, les lobbies cherchent à faire valoir leurs solutions, entre souveraineté industrielle et libre concurrence mondiale</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le cadre européen d’attribution des fermes d’éolien offshore est le terrain d’expérimentation d’une entrée de la souveraineté économique dans les préoccupations du Marché Intérieur vu de Bruxelles&nbsp;; c’est aussi le terrain des affrontements idéologiques et compromis sur la dose de politique industrielle admise dans les choix des turbines, face au dogme du libre-échangisme concurrentiel d’une part, à la réalité des capacités productives européennes d’autre part.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le Net-Zero Industry Act (NZIA) marque un tournant remarquable : l'Europe assume enfin une véritable politique industrielle en brisant le dogme du « prix le plus bas » qui a longtemps favorisé les turbines chinoises, vendues jusqu'à 50 % moins cher. L'ambition est de sanctuariser une capacité de production annuelle de 36 GW pour l'éolien afin de réduire les dépendances stratégiques. Cependant, derrière cette volonté de fer se cache un maquis bureaucratique d'une densité rare, piloté par quatre actes délégués et d'exécution qui listent chaque composant, de la nacelle aux aimants permanents.<br>Le critère de « résilience », pivot du dispositif, impose une arithmétique complexe aux États membres. Ils doivent désormais appliquer des critères hors-prix à au moins 30 % du volume annuel d'appels d'offres. Le mécanisme s'enclenche dès qu'un pays tiers représente plus de 50 % de l'approvisionnement de l'Union pour un produit final. Pour l'éolien offshore, le casse-tête est total : si ce seuil est franchi, le produit fini ne peut plus provenir du pays visé, et seuls quatre composants spécifiques au maximum peuvent encore en être originaires, sur les huit spécifiés par grands ensembles électromécaniques.<br>Cette protection nécessaire reste à ce stade une « usine à gaz » réglementaire. Les autorités disposent d'une clause de sauvegarde permettant de relever les seuils jusqu'à 85 % en cas de menace sur la sécurité d'approvisionnement. Entre les exigences de cybersécurité, de durabilité environnementale et les lignes directrices interprétatives encore attendues de Bruxelles (promises pour juin 2026 par la DG ENER de la Commission), le NZIA est une horlogerie fine dont l'application réelle, dès 2026, mettra à rude épreuve l'agilité des développeurs de parcs.<br>Si l’on regarde de près le périmètre de «&nbsp;30% du volume annuel&nbsp;», on peut y voir l’indice d’une capacité européenne à mener une politique industrielle préoccupée de souveraineté. Ce compromis résulte largement des confrontations internes de la Commission, DG Concurrence contre DG ENER (que nous avons rencontrée) en l’occurrence, et du Conseil&nbsp;: la France s’y est placée en tête du mouvement pour que le prix ne soit pas le juge de paix de toutes les procédures et que l’avenir des capacités de productions européennes et leur compétitivité soient pris en compte. Mais chaque Etat membre peut malgré cela attribuer 70% de la puissance annuelle à installer à… des turbines chinoises. Cette confrontation typique des dilemmes bruxellois, entre une loi du marché comprise dans toute sa pureté et des voies d’interventions publiques stratégiques, a lieu alors que l’on relève des intentions chinoises claires dans la capitale de l’Europe, selon Intelligence Online (bulletin du 28 avril 2026)&nbsp;: «&nbsp;Xi Jinping souhaite atténuer la posture critique européenne et rétablir des canaux d'influence et d'échange économiques et politiques. Une nouvelle initiative, appuyée par des travaux d'universitaires, vient d'être lancée afin d'imposer une narration favorable à une autonomie européenne vis-à-vis des États-Unis, tout en préservant l'accès au marché et en réduisant les frictions stratégiques.&nbsp;»</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les chevaliers blancs de l’Europe du Nord rassurent-ils vraiment face au risque asiatique&nbsp;?</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Les Etats membres préoccupés de politique industrielle souveraine ont un allié, ou plutôt deux&nbsp;: le duopole européen constitué par Siemens Gamesa et Vestas qui font savoir qu’ils ont la capacité de répondre aux besoins de puissance à installer dans la décennie à venir, dans leurs communiqués et sur leurs sites Web (voir Renewables Now - ou encore Recharge News ). Ils communiquent sur des projections de parts de marché massives et affichent des ambitions claires pour saturer le marché. Siemens Gamesa projette de détenir 55 % du marché offshore européen d'ici 2035 (environ 140 GW) et affirme pouvoir couvrir 80 % de la croissance européenne sans goulots d'étranglement majeurs. De son côté, Vestas vise une part de 33 % (80-90 GW) et estime pouvoir répondre à 70-80 % des besoins du continent. Dans ces conditions, pourquoi ne pas appliquer les critères de souveraineté du NZIA à 100 % des volumes&nbsp;? Quel besoin des Chinois&nbsp;?<br>Il semble pourtant que pour certains Etats membres de l’UE, le prix reste la chose la plus importante, puisque la majorité qualifiée du Conseil a statué sur 30 % seulement.<br>A moins que certains décideurs et analystes gardent des doutes sur les estimations et annonces du duopole quant à ses propres capacités, annonces qui pourraient viser à protéger leurs marges en freinant l’arrivée de l’Empire du Milieu au large de nos côtes. Depuis le retrait de l’Américain G.E. de ce secteur, les bénéfices d’une situation duopolistique en Europe semblent en effet à portée de main pour le couple germano-danois. La question est donc posée&nbsp;: leurs campagnes de communication rassurantes relèveraient-elles d’une tactique d’anesthésie informationnelle&nbsp;? L’état final recherché d’une telle tactique dans le jeu d’influences dans l’UE est visible&nbsp;: réduire la puissance d’expression (et donc priver d’impact décisionnel) 1. les développeurs inquiets qui souhaitent alerter les pouvoirs publics sur le besoin d’un recours aux turbines chinoises et 2. Les Etats membres qui veulent maintenir une possibilité suffisante d’importer (voire faire fabriquer sur leurs territoires) des turbines à moindre prix. L’effet d’une telle communication doit durer jusqu’au réveil du patient anesthésié (le décideur européen), après que les positions principales ont été prises sur les rivages à équiper&nbsp;: contrats signés, marges assurées pour Siemens Gamesa et Vestas.</p><h2 style="--heading-font-size:2.267em;--heading-letter-spacing:.25px;-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);display:block;font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:36.272px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:0.25px;line-height:1.3;margin:47.1536px 0px 29.0176px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Le goulot d’étranglement européen</h2><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">En y regardant de plus près, plusieurs signaux font douter les observateurs de leur capacité réelle à suivre la cadence infernale imposée par les objectifs européens. Derrière les discours de réassurance, la réalité industrielle laisse apparaître des zones d'ombre qui pourraient transformer l'ambition climatique de l'UE en un véritable goulot d'étranglement&nbsp;:<br>Un « gel » des investissements : En octobre 2025, alors que le marché semblait s’ouvrir, les deux géants ont brutalement freiné. Vestas a suspendu son projet d’usine de pales en Pologne, tandis que Siemens Gamesa a mis au placard son projet d'usine de nacelles à Esbjerg, au Danemark. Les motifs invoqués — « manque de visibilité » ou « demande plus faible que prévue » — passent mal auprès des développeurs, alors même que 12,5 GW de nouveaux projets ont été attribués en Europe dans la foulée. Ce retrait tactique fait craindre une volonté de maintenir des prix élevés en limitant volontairement l'offre.<br>Les études de marché, comme celle de WindEurope d'avril 2025, présentent certains points de fragilité méthodologique. Ces rapports incluent souvent les capacités de production de GE Vernova (Saint-Nazaire et Cherbourg), or ce dernier est en « grande retraite », sans aucune vente d'éoliennes en mer depuis cinq ans. Si l'on retire ce « producteur fantôme » du calcul, les chiffres de la souveraineté européenne s'effondrent mécaniquement.<br>Le mur des « bottlenecks » de 2029 : Les experts prédisent désormais des risques de pénurie critiques dès 2029 pour les pales et 2030 pour les nacelles. La concentration du marché sur seulement deux fournisseurs européens fragilise l'ensemble de la chaîne de valeur. Les développeurs réclament au moins trois fournisseurs viables pour maintenir une saine concurrence et sécuriser les délais de livraison.<br>Une fragilité financière et technique persistante : Malgré le soutien public, les turbiniers restent convalescents. Siemens Energy a enregistré une perte nette colossale de 4,59 milliards d’euros en 2023, plombée par les défaillances de sa branche Gamesa. À cela s'ajoutent l'inflation des matières premières (acier, cuivre) et la hausse des taux d'intérêt, qui ont renchéri les coûts de production de près de 40 % en deux ans.<br>Les actions de lobbying du syndicat sectoriel Windeurope, visibles dans les messages publiés sur son site et les réponses à consultations, n’expriment pas ces doutes alors qu’on pourrait s’y attendre, de la part des développeurs qui en sont membres. Il est vrai que Siemens Gamesa et Vestas sont membres, eux aussi. Coordonner les positions parfois divergentes des membres d’un groupe de lobby sectoriel n’est pas la moindre des difficultés, lorsque l’on cherche une expression claire, lisible et influentes sur les fonctionnaires européens, les eurodéputés et les représentations permanentes des Etats membres.</p><p style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px 0px 28px;orphans:2;outline:none;text-align:start;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Entre suspensions d'activité dans les usines et santé financière précaire, le duopole européen semble marcher sur une corde raide. Le risque est désormais que l'Europe, incapable de produire ses propres machines à temps, soit contrainte de choisir entre ralentir sa transition ou rouvrir la porte aux turbiniers chinois pour combler le vide. Il demeure une autre voie, consistant à construire un «&nbsp;AIRBUS des turbines&nbsp;» comme on a tenté celle d’un «&nbsp;AIRBUS des batteries&nbsp;», dans la lignée de grands projets européens toujours cités pour prouver qu’il existe malgré tout un champ des possibles stratégiques. A défaut, après les batailles des mots et des idées, «&nbsp;30 %&nbsp;» restera peut-être dans les esprits comme la mesure des intentions réelles de souveraineté industrielle sur le vieux continent. Rendez-vous dans 10 ans.</p><p class="text-align-right" style="-webkit-text-stroke-width:0px;background-color:rgb(255, 255, 255);box-sizing:border-box;color:rgb(51, 51, 51);font-family:Montserrat, Arial, sans-serif;font-size:16px;font-style:normal;font-variant-caps:normal;font-variant-ligatures:normal;font-weight:400;letter-spacing:normal;margin:0px;orphans:2;outline:none;text-decoration-color:initial;text-decoration-style:initial;text-decoration-thickness:initial;text-indent:0px;text-transform:none;white-space:normal;widows:2;word-spacing:0px;">Gilles Durand (Ecole de Guerre Economique)</p>]]></content><dc:creator>Malo</dc:creator></item></items></channel></rss>