L’étude exclusive de l’Ecole de Guerre Economique : Information, fake news et désinformation : les Français face à la grande bifurcation du débat public

Etude exclusive : Information, fake news et désinformation

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Jamais l’information n’a été aussi abondante. Jamais, pourtant, elle n’a semblé aussi difficile à hiérarchiser, à croire et à partager. Etude exclusive de l'Ecole de Guerre Economique :" Information, fake news et désinformation : les Français face à la grande bifurcation du débat public."

C’est le constat central de l’étude nationale menée les 8 et 9 janvier 2026 auprès de 1 000 Français représentatifs de la population, réalisée par le CR451, centre de recherche appliquée de l'EGE, avec l’institut Norstat. Une enquête qui met en lumière une désorientation informationnelle profonde, au moment même où la parole publique est plus exposée, plus visible… mais aussi plus contestée.

Une information fragmentée, mais sans repères clairs

L’étude met en évidence une désorientation informationnelle profonde. 42 % des Français estiment que, lorsqu’une information importante circule, plusieurs versions coexistent sans hiérarchie claire, tandis que 33 % considèrent qu’il n’existe plus de sources ou d’acteurs clairement légitimes pour faire autorité.

La parole institutionnelle ne s’impose plus naturellement : seuls 17 à 18 % des répondants considèrent encore les institutions comme une référence centrale. Cette perte de repères affaiblit la construction d’un sens commun et installe une concurrence permanente des récits dans l’espace public.

Un débat public perçu comme confus et émotionnel

Sur les grands sujets clivants – climat, Covid, Ukraine, intelligence artificielle – 56 % des Français jugent que le débat public génère davantage de confusion que de compréhension.

Pour 38 %, les points de vue s’affrontent sans possibilité de conclusion partagée, tandis que 33 % décrivent une dérive émotionnelle et identitaire des échanges. Les mécanismes classiques de stabilisation du débat apparaissent fragilisés : seuls 17 % estiment que les faits finissent par trancher, et 10 % que les experts parviennent encore à établir une vérité commune.

L’influence confondue avec la visibilité

L’étude révèle une recomposition majeure des mécanismes d’influence. 48 % des Français associent aujourd’hui le pouvoir d’influence à la capacité à capter l’attention et à devenir visible, loin devant la compétence reconnue (27 %) ou le statut institutionnel (18 %).

Les leviers d’influence de long terme – structuration durable des perceptions ou influence indirecte – restent largement sous-identifiés, illustrant un décalage croissant entre la représentation publique de l’influence et ses mécanismes réels.

Réseaux sociaux : puissance perçue, confiance limitée

Les plateformes numériques apparaissent comme des opérateurs centraux de visibilité et d’émotion. 53 % des Français estiment qu’elles favorisent avant tout les contenus qui provoquent des réactions rapides (colère, peur, adhésion), 49 % qu’elles influencent les opinions sans que les individus en aient pleinement conscience, et 41 % qu’elles orientent fortement ce qui devient visible ou invisible.

À l’inverse, seuls 9 à 10 % leur reconnaissent un rôle d’amplification des contenus les plus fiables, révélant un profond scepticisme quant à leur capacité à structurer un débat de qualité.

La confiance ne se décrète plus : elle se démontre

Dans ce paysage fragmenté, les attentes des Français restent pourtant claires et exigeantes. La confiance repose d’abord sur des preuves visibles et des faits vérifiables (52 %), puis sur la cohérence entre les discours et les actes (46 %), et enfin sur la transparence, y compris sur les doutes et les erreurs (43 %).

Les figures d’autorité reconnues arrivent loin derrière (17 %), confirmant que la crédibilité dépend désormais moins du statut que du comportement et de la méthode.

« Nous sommes entrés dans un espace informationnel où l’autorité ne suffit plus à produire de la confiance. Lorsque les repères s’effacent, la crédibilité ne repose plus sur le statut, mais sur la capacité à démontrer, à prouver et à assumer ce que l’on dit. Cette étude montre que la bataille de l’information est désormais une bataille de méthode autant que de discours. »

Christian Harbulot
directeur de l’École de Guerre Économique