Est-il compatible de combattre le terrorisme intérieur et soutenir les jihadistes à l’extérieur ?

Berlin Ghildo, était accusé de terrorisme devant un tribunal londonien pour avoir effectué un entraînement en 2012 et 2013 dans un camp terroriste avec formation aux armes. Il était aussi soupçonné de détenir des informations susceptibles d'être utiles à des terroristes avec des guides tels que Guide to USA Army Combat, 39 Ways to Serve and Participate in Jihad et 44 Ways to Serve and Participate in Jihad. Cet individu avait travaillé pour Kataib al-Muhajireen, un groupe proche des jihadistes d’Al-Nosra. Il aurait été photographié au-dessus de cadavres avec le doigt pointé vers le ciel, comme si iil effectuait un travail de propagande). Son parcours n’est pasq anodin dans la mesure où l'accusé s'était rapproché des services de renseignement suédois, Sapo, pour revenir en Suède, pays dont il est ressortissant.

Berlin Ghildo était jugé en UK vu qu'il avait été arrêté à l'aéroport de Heathrow avec un guide pour faire le jihad, en direction des Philippines. Ses avocats ont argué que les services de renseignement britanniques l’avaient soutenu dans cette démarche, notamment en fournissant des armes.
La défense a mis l’accent sur cette contradiction netre la traque du terrorisme intérieur et le soutien accordé à ces mêmes groupes d'opposition syrienne que l'accusé est censé avoir rejoint pour lutter contre le régime syrien. Les services britanniques auraient reconnu un soutien non létal. De leur côté, les avocats ont demandé un accès à une information confidentielle sur le support armé ou non de la part des services de renseignement britanniques, (disclosure of information). Le procureur a abandonné les poursuites après qu'un tel débat a été soulevé.

En d'autres termes, une fois qu'il est de notoriété publique qu'un Etat a soutenu la rébellion syrienne, il lui appartient de démontrer soit que son soutien n'était pas armé (et même à ce niveau les avocats soutiennent l'existence d'une contradiction), soit que son soutien n'a pas visé le même groupe que celui dont relève l'accusé. La poursuite judiciaire exige une mise à nue de l'activité des services.

Plusieurs limites sont démontrées dans ce cas de figure qui risque de se répéter :

  • l'impossibilité de traiter le terrorisme à l'étranger comme une activité criminelle de droit commun (difficulté classique dans la répression du terrorisme qui s'accentue avec l'élément d'extranéité),



  • mais aussi la difficulté à tracer des lignes de distinction ennemi/allié, difficulté fatale dans un contexte de guerre.