Guerre de l’information : les matrices kominternienne et anglosaxonne

Documentaire Culture Civile - Vignette #2

 Le CR451 - Centre de Recherche 451 a mis en ligne le 2e numéro de sa série documentaire consacrée à la culture civile de la Guerre de l'Information. Ce documentaire d'une vingtaine de minutes présente la matrice kominternienne et la matrice anglosaxonne. Il est visible sur la chaine You Tube du CR 451.

Au cours du XXè siècle, la guerre de l'information menée au niveau des opinions publiques s'est construite principalement autour de deux matrices : la matrice kominternienne et la matrice anglo-saxonne. 

La matrice kominternienne

Elle est née des différentes formes de pratique subversive de la troisième internationale communiste. Sa créativité dans le domaine de la guerre de l'information résulte du savoir-faire du faible qui a été élaboré soit dans une démarche très internationaliste à l'image de Willi Münzenberg. Ce communiste allemand était le chef d'orchestre de la propagande du Komintern dans l'entre-deux-guerres et grand maître des rassemblements internationaux contre le fascisme. Mais il était aussi le manipulateur de tous les réseaux d'intellectuels européens et américains qui furent par la suite qualifiés de compagnons de route du bolchévisme. Münzenberg avait donc à la fois une activité ouverte (la propagande) et une activité fermée (l'influence). 

Mais la créativité kominternienne avait aussi une dimension nationale à l'image du communiste italien Gramsci qui conçut en prison une doctrine de la prise du pouvoir en menant la bataille des idées pour soustraire les classes populaires à l'idéologie dominante.  Pour résumer : le maître d'œuvre de l'appareil de combat cognitif du Komintern sapait les fondements de la légitimité internationale que cherchait à se donner l'adversaire (régimes capitalistes ou ou leur dérive fasciste et nazie). Le vaincu par Mussolini cherchait de son côté une stratégie de rebond pour le parti communiste italien, en cherchant à exploiter les contradictions du pouvoir à vaincre, en infiltrant les superstructures de contrôle afin de les affaiblir le plus possible.

La matrice anglosaxonne

Les milieux anglo-saxons ont mis du temps à prendre en compte cette nouvelle forme de menace qui sortait du cadre de la guerre secrète, définie par les opérations de désinformation et d'intoxication conduites contre les puissances de l'Axe.

Ce n'est qu'après la seconde guerre mondiale, que Londres et Washington conjuguèrent leurs efforts pour faire évoluer leur matrice de guerre de l'information. La guerre secrète devint principalement une bataille des idées par la production de connaissances sous toutes ses formes (littéraire, artistique, académique, géopolitique). L'objectif n'était plus de tromper l'ennemi mais de gagner la bataille de la légitimité afin de contrer l'emprise que le système communiste exerçait depuis plusieurs décennies dans le monde occidental. Les champs d'intervention se limitent plus au militaire, au diplomatique, au politique. Il s'étend désormais aux milieux intellectuels, artistiques et éducatifs des démocraties situées de l'autre côté du rideau de fer.

Progressistes versus dissidents

Pour atténuer la force du mot "progressiste" qui servit de ciment aux compagnons de route du communisme, les structures de combat cognitif américaine et britannique, se sont appuyées sur les déçus du Komintern qui ne s'étaient pas remis du Pacte du diable signé entre 1939 et 1941 par Hitler et Staline, le tristement célèbre pacte germano-soviétique. 

Ainsi est né le qualificatif de "dissidents" à la suite du départ de militants kominterniens qui n'ont plus cautionné les tragédies provoquées dans leurs rangs par ce type de cynisme. Rappelons simplement que plusieurs centaines de militants allemands réfugiés en URSS ont été livrés par Staline à Hitler. Beaucoup d'entre eux sont morts dans des camps de concentration. 

Cette nouvelle forme de bataille des idées a mis aux prises les "progressistes" promoteurs du progrès par la révolution socialiste, aux "dissidents" qui luttaient pour la liberté de penser là où elle était impossible, et prioritairement en Union soviétique et dans ses pays satellites.

Une guerre de l’information à dominante civile et de portée planétaire

Ce que l'on peut qualifier de guerre de l'information menée sur un terrain purement civil, a été orchestrée par de nouvelles structures créées au sein des services de renseignement (CIA américaine et SIS britannique). Cette guerre de l'information a pris aussi une dimension planétaire, à l'image de celle que lui donna le Komintern entre les deux guerres mondiales. Sa créativité a été centrée sur la manière d'atteindre l'opinion publique afin de tenter d'en modifier la perception dans les grands débats de société de la guerre froide. L'étendue du "feu cognitif" s'est élargie au-delà de la propagande primaire (resserrer les rangs de la population en temps de guerre) et des opérations de désinformation et d'intoxication destinées à piéger l'adversaire dans la conduite de ses opérations militaires. 

Ces deux matrices ont évolué avec le temps mais elles demeurent aujourd'hui les principaux leviers d'affrontement cognitif entre les puissances dominantes du XXIè siècle

Christian Harbulot