La Bataille de l’atome : la France face aux géants dans l’arène saoudienne

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Dans l’ombre du projet de Duwaiheen au Nord de l’Arabie, une bataille feutrée se joue loin des projecteurs : celle du programme nucléaire civil du royaume saoudien. Derrière les appels d’offres se dessine une lutte d’influence où se mêlent ambitions énergétiques, souveraineté technologique et rivalités géo-économiques. Chine, France, Corée du Sud, Russie et États-Unis s’affrontent pour un marché qui dépasse la simple construction de réacteurs : il redéfinit l’équilibre stratégique au Moyen-Orient. Pour Riyad, l’atome est un levier d’avenir ; pour ses partenaires, un test de puissance.

Le nouveau dessein énergétique qui se profile dans le royaume saoudien n’est pas qu’une question de puissance technologique mais surtout un levier fondamental pour concrétiser la promesse de l’audacieux plan de diversification économique « Vision 2030 » promu par Mohammed ben Salmane. En misant sur l’atome, Riyad cherche à réduire sa dépendance à l’or noir, à ouvrir de nouvelles filières industrielles et à tisser une souveraineté stratégique progressive. Le ministre de l’Énergie, le prince Abdulaziz ben Salman, l’a affirmé sans détour : la construction de la première centrale nucléaire vise à participer au « mix énergétique national » et à répondre aux impératifs du développement durable. Selon lui, les « systèmes réglementaires nécessaires » sont en place pour assurer une infrastructure nucléaire conforme aux standards internationaux. Dans un geste symbolique de transparence, le royaume a également demandé à l’agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de lever son « Protocole des petites quantités » en 2024, pour passer à un accord de garanties complet, signal d’une volonté d’alignement sur les normes de non-prolifération. 

Mais derrière cette façade réglementaire, l’ambition va plus loin. L’Arabie Saoudite envisage de maîtriser toute la chaîne du combustible, à savoir l’extraction, l’enrichissement et la production. Riyad ne se contentera pas d’importer de l’uranium : il souhaite l’enrichir lui-même et potentiellement exporter du « yellowcake », ce qui donnerait au royaume non seulement une autonomie technologique, mais aussi un vrai levier sur la scène internationale dans un Moyen-Orient où les ambitions atomiques pèsent lourd. Au niveau du financement, pas de réel obstacle observé : avec les ressources de son Fonds d’investissement public (PIF) et ses différents partenariats, Riyad peut mobiliser des capitaux colossaux. Le nucléaire civil offre ainsi à l’Arabie Saoudite un instrument diplomatique puissant dans un théâtre régional tendu, où un programme nucléaire crédible ne peut que renforcer sa posture stratégique, en particulier face à l’Iran. Comme le note l’Observatoire de la dissuasion de la FRS, l’ambiguïté de développer un atome civil capable d’ouvrir la voie à des souverainetés plus larges joue sur plusieurs registres d’influence.

Une compétition nucléaire mondiale

Dans cette pièce d’échecs nucléaire à l’échelle du Golfe, plusieurs grands joueurs ont dépêché leurs pions : les Etats-Unis, la Chine, la France, la Corée du Sud et la Russie. Résumé du front : un immense carrefour d’intérêts stratégiques où Riyad orchestre une danse diplomatique de très haut vol. Pour commencer, les États-Unis, bien que présents en coulisses, ne sont pas des soumissionnaires directs : malgré leur influence et leur diplomatie, l’absence d’un accord « 123 » bloque le transfert de technologie nucléaire civile vers le royaume, car ce dernier souhaite conserver la possibilité d’un enrichissement et du retraitement de l’uranium sur son territoire national; une disposition non conforme aux exigences américaines de non-prolifération. Une situation qui profite en premier lieu à la China National Nuclear Corporation (CNNC) figurant parmi les quatre entreprises soumissionnaires pour le projet de Duwaiheen [i]avec un package ambitieux : des réacteurs de type Hualong One (PWR d’environ 1 100 MW) déjà exportés au Pakistan, couplés à une offre de financement et d’ingénierie « clé en main ». L’avantage pour la CNNC est double : rapidité de construction et conditions financières attractives. Mais un défi s’impose : convaincre Riyad et ses partenaires que les standards de sûreté et de transparence sont à la hauteur des exigences internationales. Une question qui reste moins problématique pour la Korea Electric Power Corporation (KEPCO), également dans la danse avec son réacteur APR-1400 (approximativement 1 400 MW) déjà exporté aux Émirats arabes unis, mais qui reste - malgré sa bonne expérience à l’export, son offre financière agressive et son bon rapport coût-performance - dépendante de droits de propriété intellectuelle ainsi que des technologies américaines, ce qui introduit une nouvelle incertitude pour Riyad. 

Pour ne pas rappeler l’importance stratégique du marché, l’entreprise russe Rosatom, bien connue sur les marchés émergents, est également relevée comme soumissionnaire potentiel depuis plusieurs cycles d’appel d’offres, avec un modèle intégrant construction, exploitation et financement russe par des prêts étatiques. Une proposition cependant limitée par les risques liés aux sanctions internationales et à l’image russe dégradée depuis la guerre en Ukraine. Autant de candidats, donc, qui sont soumis à un concept clairement défini par l’Etat saoudien : choisir une technologie mature, capable de s’intégrer dans le réseau saoudien, tout en ouvrant des perspectives d’industrialisation locale et de maîtrise du cycle nucléaire. Un terrain bien planté et un jeu à plusieurs sur fond de haute technologie, de diplomatie et d’enjeux stratégiques où la France joue sa carte et sa souveraineté, face à des ambitions bien globales.

En effet, s’il faut bien retenir une offre dans ce théâtre intense de géants industriels, c’est bien celle de la France. Avec un dossier solide porté par EDF et le pôle Orano/Framatome, la France propose d’apporter à l’Arabie saoudite une technologie EPR (European Pressurized Reactor) efficace ainsi qu’une offre centrée sur la fiabilité, la sûreté, et le transfert de compétence. L’international est une priorité stratégique pour EDF. Son offre garantit une réputation haut de gamme, des standards européens reconnus en plus d’une expertise de services associés (cycle du combustible, maintenance). Les seuls obstacles : des coûts unitaires élevés et des délais plus longs nécessitant de convaincre Riyad que “qualité” rime avec “compétitivité”.

La diplomatie à haute température

Depuis la relance des appels d’offres pour Duwaiheen, Riyad multiplie les réunions « gouvernement à gouvernement », afin de maintenir un dialogue ferme avec les candidats pressentis : la Chine, la France, la Corée du Sud et la Russie. Ces discussions bilatérales de haut niveau se tiennent “en parallèle” avec le calendrier du tender, rendant la date limite des soumissions fluide et sujette à ajustement. Les candidats n’ont pas attendu pour agir :

la Chine avec la CNNC joue la carte du financement et de la diplomatie technologique, en multipliant les échanges officiels à haut niveau. La France mise sur son expérience, son expertise en sûreté, et le transfert de compétences pour convaincre Riyad qu’un partenaire français garantit la stabilité et les normes. La Corée du Sud joue la carte du pragmatisme technique, en proposant un modèle compétitif économiquement tout en cultivant des liens financiers et stratégiques avec le royaume. La Russie, via Rosatom, avance un package séduisant par sa promesse de rapidité et d’intégration totale pour contrer l’influence américaine dans sa vision du monde multipolaire.

Riyad utilise ces pourparlers comme un levier diplomatique : le projet nucléaire pourrait être un élément de bargaining avec les États-Unis, notamment sur la question de l’enrichissement de l’uranium. Les stratégies convergent et s’entremêlent : certains soumissionnaires misent sur le « prix du savoir », d’autres sur la diplomatie ou la technologie ; mais c’est bien l’Arabie Saoudite qui tient la baguette, orchestrant un ballet stratégique soigneusement chorégraphié.

Un pari à haut risque

Le royaume saoudien marche pourtant entre ambition et danger : le pari du nucléaire civil comporte des risques lourds, qui dépassent le simple coût financier. Ces risques doivent être analysés en profondeur par les acteurs et, surtout, par la France, qui joue gros dans cette partie.

L’ambiguïté stratégique du programme saoudien est régulièrement soulignée par des analystes : derrière l’objectif civil affiché, Riyad pourrait chercher à garder une option sur le cycle complet du combustible, y compris l’enrichissement. Cela suscite des inquiétudes quant à une possible dérive vers un programme dual-use. La non-signature d’un accord “123” avec les États-Unis renforce ces suspicions. C'est pourquoi le dossier du nucléaire civil saoudien peut donc être perçu comme un levier de pression stratégique face à cette ambiguïté influant sur la crédibilité du régime vis-à-vis des engagements de non-prolifération.

Sachant que les installations nucléaires sont par nature vulnérables aux menaces telles que le sabotage, les cyberattaques ou l’infiltration d’acteurs malveillants, dans un Moyen-Orient marqué par de fortes tensions (particulièrement après la guerre des 12 jours entre l’Iran et Israël), les centrales pourraient devenir des cibles, non seulement pour des groupes non étatiques ou terroristes, mais aussi dans le cadre d’affrontements entre États rivaux ou simplement ennemis. Une mauvaise gestion ou une sécurité défaillante pourrait entraîner des conséquences radiologiques graves dans toute la région.

Pourtant, le royaume semble réellement se demander si sa maîtrise potentielle du cycle du combustible pourrait faire de lui un acteur nucléaire de facto plus influent. S’engager dans ce projet comporte donc un risque réputationnel. Si le programme saoudien venait à être perçu comme opaque, ou pire, comme une transition vers une filière militaire, cela pourrait ternir l’image de la France dans les forums internationaux. Question de puissance oblige, si l'un des fournisseurs parmi la Chine, la Russie, la Corée ou les Etats-Unis venait à devenir incontournables, cela pourrait créer une dépendance technologique et diplomatique dangereuse pour Riyad mais aussi une défaite pour l’influence française : perdre ce contrat signifierait céder un levier d’impact régional majeur à d’autres puissances dans un contexte inédit de fragmentation géo-économique depuis les tarifs douaniers de Donald Trump.

L’image industrielle de la France en jeu

Au-delà du risque géopolitique et réputationnel, le cycle de vie d’une centrale (maintenance, combustible, démantèlement) est un goulet d’étranglement potentiel. Si Riyad choisit un partenaire trop cheap aujourd’hui, il pourrait payer un prix très élevé demain en dépendant des pièces, des fournisseurs et du know-how. Le vendor lock-in est un vrai risque : un acteur unique pourrait verrouiller la maintenance et les pièces, limitant la souveraineté saoudienne. Mais pour la France, un défaut de retour sur investissement ou des surcoûts pourrait aussi sacrifier la rentabilité du projet. 

Dans ce jeu d’influence nucléaire, le pays joue gros : son industrie atomique, son prestige diplomatique, et sa souveraineté technologique. L’échec face à la Chine, la Corée du Sud ou la Russie pèserait lourdement sur l’industrie nucléaire tricolore. EDF, Orano et Framatome perdront non seulement un projet stratégique, mais un levier de croissance à long terme : les contrats de maintenance, de combustible, de formation, liés au cycle du combustible, s’envolent. En renonçant à Duwaiheen, la France pourrait exacerber sa dépendance envers des concurrents étrangers. Sur le plan diplomatique, elle verrait s’éloigner un point d’ancrage au Moyen-Orient. Le nucléaire n’est pas qu’un secteur industriel : c’est aussi un puissant vecteur d’influence stratégique et de rayonnement de la capacité française sur les populations arabes. Le refus ou la défaite des offres françaises signifierait céder à d’autres puissances un levier de pénétration dans la région, au moment même où la France cherche à conforter ses partenariats dans la zone.

Mais si la France gagne ? Le gain serait triple : industriel, diplomatique et technologique. Sur le plan industriel, un contrat saoudien donnerait à EDF, Orano et Framatome un flux d’affaires durable : non seulement la construction, mais aussi les services associés (maintenance, combustible, démantèlement) et la formation d’ingénieurs saoudiens. Ce serait un investissement stratégique qui pourrait se répercuter sur d’autres projets nucléaires dans la région ou au-delà. Diplomatiquement, la France renforcerait en plus son rôle de partenaire de confiance. Elle pourrait promouvoir ses normes de sécurité nucléaire, son expertise de non-prolifération et sa capacité à accompagner des États dans un développement atomique transparent et responsable. 

Technologiquement, un succès à Duwaiheen légitimerait le savoir-faire français à l’export, justifierait des investissements dans la R&D nucléaire (par exemple pour des réacteurs de nouvelle génération, cycle avancé) et consoliderait la chaîne de valeur nucléaire hexagonale. L’effet d’entraînement pourrait renforcer la filière française dans un contexte mondial où le nucléaire redevient un choix stratégique. Ce pari saoudien n’est donc pas seulement économique : c’est une question de rayonnement, de souveraineté et de leadership technologique. En cas de victoire, la France pourrait réaffirmer son influence nucléaire dans le monde ; mais en cas de défaite face à des poids lourds tels que les Américains, les Russes et les Chinois, elle risque de perdre un maillon clé dans sa stratégie énergétique et géopolitique globale et non pas seulement régionale au Moyen-Orient.

Vers un nouvel échiquier énergétique mondial

Quelle analyse et trajectoire future peut-on dégager d'une telle compétition ? Car à l’ombre des tours de Riyad, le programme nucléaire civil saoudien apparaît comme un miroir des grandes recompositions géo-économiques du XXIᵉ siècle. Ce n’est pas seulement une course industrielle, mais un jeu d’influence où se dessinent les contours d’un nouvel ordre énergétique. L’Arabie Saoudite, en appelant à la porte des géants illustre son ambition : être non plus seulement un exportateur de pétrole, mais un acteur technologique autonome et souverain.

Cette compétition révèle une rivalité entre puissances traditionnelles et émergentes pour l’exportation de technologies stratégiques. La Chine, principal concurrent avec son MOU [ii](Memorandum of Understanding) de coopération en sécurité nucléaire signé en 2025, mise sur un modèle “financement, rapidité et export massif” pour accroître sa pénétration dans les infrastructures nucléaires du Golfe. Pour elle, chaque centrale construite à l’étranger renforce non seulement sa chaîne industrielle, mais aussi son soft power. La France, de son côté, joue une partition différente : elle propose qualité, normes strictes, expertise et un accompagnement à long terme. Sa position dans cette course est le reflet d’une diplomatie industrielle qui cherche à maintenir l’influence européenne dans un Moyen-Orient stratégique pour l'avenir du “monde libre”. Mais si le contrat lui échappe, cela pourrait affaiblir sa crédibilité dans la région, et ouvrir la voie à une plus grande hégémonie “technologique” sino-russe dont le rêve est celui d’un “nouvel ordre mondial multipolaire”. À plus long terme, plusieurs scénarios se dessinent : d'abord la domination d’un fournisseur : si un acteur unique comme la Chine ou la Russie l’emporte, Riyad pourrait ensuite être fortement dépendant et les équilibres régionaux pourraient se redéfinir autour de ce couple “technologie-financement”. Deuxièmement, nous pourrions assister à une multipolarité technologique : l’Arabie Saoudite pourrait segmenter ses partenariats, tirer parti de la concurrence pour diversifier ses fournisseurs (réduire le risque de dépendance). Troisièmement, un possible phénomène d’innovation et montée en puissance locale pourrait se créer : en investissant dans l’ingénierie locale, Riyad pourrait progressivement internaliser des capacités nucléaires, devenir un hub régional, voire exporter à son tour. Dans tous les cas, cette course n’est pas seulement un pari énergétique : elle est un baromètre du pouvoir dans le nouvel âge de l’atome. Et pour la France, c’est un moment charnière : il s’agit de décider si elle veut continuer à peser dans cette nouvelle ère ou laisser sa place à des concurrents qui avancent à marche forcée.

Anticiper pour ne pas subir

Si la France veut jouer les premiers rôles dans cette course atomique, elle doit affûter non seulement ses réacteurs, mais sa stratégie d’intelligence économique. Comme un marin préparant sa voile avant la tempête, l’État français et ses industriels peuvent se prémunir en adoptant des tactiques fines, coordonnées et résilientes. Il faut d’abord cartographier précisément les flux financiers, diplomatiques et contractuels, surveiller les MoU signés entre Riyad et les concurrents chinois, américains, russes et coréens, mais aussi les délais d’appel d’offres, les échéances de financement et les garanties associées. Cette information pourra alimenter une cellule de veille stratégique (public-privé), capable d’anticiper les révisions de calendrier ou les nouveaux partenariats.

La France doit aussi proposer des packages compétitifs en combinant l’offre technologique (EPR, cycle du combustible), le financement, les garanties de maintenance et surtout le transfert de compétences. Une offre “modulaire” pourrait par exemple être attractive comme celle d’un réacteur avec la formation d’ingénieurs saoudiens ainsi que l’industrialisation locale comprenant la maintenance. Cela rendrait la proposition française plus complète et plus crédible face aux offres “clé en main” de certains concurrents comme Rosatom. Au niveau diplomatique, il faut que l’UE et la France adoptent une double stratégie du marché et des normes en promouvant ses offres tout en soulignant l’importance des règles de sûreté, de sécurité et de non-prolifération de l’AIEA. La France peut en outre jouer sa carte “acteur nuclear responsable” en insistant sur des clauses contraignantes dans les accords, des garanties de contrôle, la formation de régulateurs et d’opérateurs officiels saoudiens. Le Ministère des Affaires étrangères rappelle que les contrats français incluent des assurances AIEA, la protection des IP, et des engagements sur la finalité paisible. Rappelons que du côté des entreprises EDF, Orano et Framatome, il est essentiel de sécuriser la propriété intellectuelle, d’anticiper des chaînes d’approvisionnement plus résilientes avec la diversification des fournisseurs de pièces et les partenaires locaux, ainsi que de prévoir des scénarios de substitution en cas de rupture. Pour exemple, Orano planifie déjà des décisions importantes pour 2026 concernant ses infrastructures industrielles, selon son prospectus 2025.

À la croisée des ambitions économiques, industrielles et souveraines

Le projet nucléaire saoudien apparaît comme un levier stratégique majeur. Il ne s’agit pas seulement pour l’Arabie Saoudite de diversifier son mix énergétique, mais bien de bâtir une véritable feuille de route technologique et diplomatique à l’échelle mondiale. Le royaume, en s’engageant avec la DNEC [iii] (Nuclear Energy Holding Company of Saudi Arabia) et sous l’égide de l’IAEA, navigue vers un avenir où l’atome joue un rôle central dans sa “Vision 2030” et non comme simple option secondaire. L’accord de cadre IAEA CPF 2024–2027 signé en septembre 2024, y consacre le “nuclear power” parmi ses priorités.

Pour la France, l’enjeu est double : un marché industriel, certes, mais surtout un levier de puissance normatif et diplomatique. Si Paris venait à perdre, elle pourrait céder ce rôle à des concurrents qui redéfinissent déjà les standards technologiques et géopolitiques. Mais rien n’est joué : les entreprises françaises disposent toujours d’atouts puissants, notamment leur réputation en matière de sûreté, leur capacité à proposer des transferts de compétences et des offres modulaires ambitieuses, qui peuvent faire la différence dans un contexte où la confiance est aussi cruciale que le prix.

À l’ère où l’atome redevient un instrument de pouvoir, la décision saoudienne dépendra autant des garanties commerciales que du respect des normes internationales. La France a l’occasion de défendre un modèle d’exportation “responsable” qui combine expertise, transparence et engagement normatif. C’est moins un pari qu’un test : celui de savoir si elle sait encore peser dans le nouvel âge de l’énergie nucléaire, non seulement par sa technologie, mais par sa vision stratégique et éthique.

Nebil-Issa Absi
MBA Stratégie et Intelligence Économique SIE29 de l’Ecole de Guerre Economique

Sources officielles / institutionnelles : 

Presse spécialisée & agences :

 

Analyses / briefings : 

 

Notes


[i] Baie du Nord de l’Arabie située entre les frontières du Qatar et des Emirats arabes unis.

[ii] Accord-cadre non contraignant qui formalise une intention de coopération entre deux acteurs.

[iii] Entité saoudienne chargée de piloter le développement du programme nucléaire civil du pays.