Des records commerciaux, des visites officielles, des contrats signés. La relation franco-turque avance. Pourtant, un mot revient dans les cercles décisionnels : « risque ». État de droit, volatilité monétaire, instabilité régionale, proximité avec Pékin. Ce cadrage n’est pas spontané. Il a des auteurs, des relais, et surtout des bénéficiaires. Enquête sur les mécanismes qui se jouent dans les couloirs du Parlement européen autant que dans les salles de conseil d’administration.
Des effets avant les faits : la perception fabrique l’action
Des entreprises françaises ont quitté la Turquie après 2016. Pas en raison d’un incident précis. Pas d’une décision judiciaire, d’une expropriation ou d’une crise contractuelle. Mais parce qu’un prisme politique et identitaire s’est installé dans les comités d’investissement, et que la Turquie y circulait sous l’étiquette « risque ». Des observateurs de terrain à Bruxelles ne nie pas qu’« un prisme politique et identitaire pénalise les intérêts économiques français et conduit à s’autocensurer. »
C’est la première singularité de la situation : les effets précèdent ici l’analyse des causes. Cinq objectifs sont poursuivis par cette opération de perception. Décourager l’investissement français. Instiller une incertitude réglementaire perçue, sans fondement récent dans les faits. Transformer un partenaire stratégique en « risque » dans l’esprit des décideurs. Favoriser indirectement des compétiteurs déjà positionnés. Et réitérer les récits du passé pour neutraliser les dynamiques du présent.
Ces effets ont une traduction institutionnelle. Le Joint Economic and Trade Committee, JETCO, principal format de dialogue économique bilatéral entre Paris et Ankara, n’avait pas été réuni depuis 2022. Trois ans de silence sur le volet économique. C’est dans ce contexte que Nicolas Forissier, ministre délégué au Commerce extérieur, s’est rendu à Istanbul le 17 février 2026 pour coprésider ce comité avec son homologue Ömer Bolat. Sa visite a été présentée par une source diplomatique française comme une volonté de « donner un nouveau souffle à la relation franco-turque » et de « reprendre des liens diplomatiques et économiques ».
Ce déplacement s’inscrit dans une séquence plus large. Quelques semaines plus tôt, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’était rendu à Ankara. Von der Leyen avait renégocié avec Erdoğan à Ankara en décembre 2024, confirmant la modernisation envisagée de l’union douanière. Marta Kos Le dialogue économique de haut niveau entre l’UE et la Turquie, suspendu depuis 2019, avait repris en avril 2025, six ans après. Une porte s’ouvre mais la question est de savoir qui a intérêt à la garder fermée.
Barrot à Ankara : le signal politique
Le 27 janvier 2026, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, se rend à Ankara pour rencontrer Hakan Fidan. La visite précède de trois semaines celle de Forissier. Elle en constitue le cadre politique. Barrot n’est pas le ministre du commerce ; il est celui qui porte la relation bilatérale dans sa globalité, y compris le dossier de l’intégration européenne. Son titre, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, dit déjà quelque chose : Paris ne dissocie pas le volet commercial du volet stratégique.
À l’issue de la réunion, une conférence de presse conjointe est organisée. Barrot y confirme que le commerce bilatéral a dépassé 23 milliards d’euros en 2024. Fidan pose les deux priorités turques : modernisation de l’union douanière et libéralisation des visas. Il précise que les présidents Erdoğan et Macron lui ont donné des “instructions politiques” explicites pour avancer. Les deux ministres soulignent que 2026 confère à leurs pays des responsabilités communes : la France préside le G7, la Turquie accueille la COP31. Ce n’est pas le langage de la méfiance mais celui de la coopération stratégique.
Quelques jours avant cette visite, la commissaire européenne à l’élargissement Marta Kos était également reçue par Fidan à Ankara. Un communiqué conjoint avait été publié, réaffirmant le statut de pays candidat de la Turquie à l’UE et soulignant “l’importance stratégique des relations bilatérales pour le renforcement de la stabilité régionale et de la résilience économique”. C’est dans ce contexte que s’inscrit la visite de Barrot, puis celle de Forissier. La séquence est construite. Elle dit quelque chose : la France considère que le dossier de l’élargissement et celui du commerce bilatéral ne se traitent pas séparément.
La réalité économique que le récit efface
Les chiffres existent. Ils sont publics. Ils sont produits par des institutions françaises. Mais ils ne circulent pas dans le même espace que les indicateurs de corruption ou les tensions régionales. C’est précisément là que se loge l’opération.
Un partenariat de première importance
En 2025, les échanges commerciaux franco-turcs ont atteint 23,8 milliards d’euros, un record en hausse de 1,6 % par rapport à 2024. L’automobile concentre 38,9 % des importations françaises depuis la Turquie, en progression de 16,1 %. L’excédent commercial français reste positif pour la troisième année consécutive. La Turquie est le onzième fournisseur de la France dans le monde, devant la Pologne.
La présence française en Turquie repose sur des fondations solides. L’Ambassade de France cite quatre cents filiales françaises ou franco-turques emploient 143 000 personnes directement et 380 000 en incluant les emplois indirects. La valeur ajoutée générée représente 18,7 milliards d’euros, soit 1,6 % du PIB turc. Entre 2020 et 2024, les entreprises françaises ont investi 3,6 milliards d’euros dans le pays. Cinq milliards supplémentaires sont annoncés d’ici 2027.
À l’échelle européenne, les échanges UE-Turquie ont franchi le seuil des 206 milliards d’euros en 2024, un record absolu. Les chiffres publiés par la commission Européenne indiquent que la Turquie est le cinquième partenaire commercial de l’Union, une infrastructure construite sur cinq siècles de relations. BNP Paribas, alors Banque de Paris et des Pays-Bas, était associée à la Banque impériale ottomane dès 1863. AXA opère en Turquie depuis 1892. Renault y produit des véhicules depuis les années 1970.
Des signaux récents ignorés
En octobre 2025, Business France organise à Paris le Forum Turquie, réunissant entreprises françaises, SER Ankara, Chambre de Commerce France-Turquie et acteurs turcs majeurs. Le ton y est révélateur. Véronique Priour, directrice pays de Business France Turquie, installée à Istanbul depuis plus de dix ans, interpelle directement son audience : « N'ayez pas peur de la Turquie. » Une injonction venue du terrain qui dit en creux ce que les chiffres seuls ne suffisent pas à corriger : le frein est d'abord perceptuel, pas économique. En décembre 2025, Bpifrance signe avec Yapi Kredi un protocole pour accompagner les PME françaises en Turquie sur les secteurs Industrie et Décarbonation. Total Énergies et Rönesans Enerji ont formé une joint-venture visant 2 GW de renouvelable d’ici 2028. Nexans produit en Turquie pour les réseaux énergétiques européens. Nicolas Forissier, dans un entretien à la presse économique turque le 17 février 2026, a souligné la convergence des ambitions : la France cible 100 licornes via France 2030, la Turquie via Turcorn 100.
Anatomie du récit hostile
Le mécanisme central : la sélection des vrais
Ce type d’opération n’a pas besoin de faux. Il a besoin de vrais partiels. Le mécanisme est précis : un risque réel est isolé, amplifié, sorti de son contexte, puis transformé en frein structurel à la décision économique.
L’exemple le plus documenté est celui du bulletin officiel de la Direction générale du Trésor, publié le 9 février 2026. Ce document place en encadré « chiffre à retenir » : la Turquie 124ᵉ sur 181 à Transparency International, recul de 17 places. L’information est bien exacte. Elle est aussi la seule donnée mise en exergue, sans les contrepoids documentés dans le corps du même bulletin : record d’échanges, excédent commercial positif pour la troisième année consécutive, dynamisme automobile. Un document officiel français alimente ainsi, sans l’avoir voulu, le récit qu’il n’a pas conçu.
L’inflation turque existe. La volatilité monétaire aussi. Mais ces données circulent sans les contrepoids : résilience industrielle, continuité des partenariats, croissance prévue par le FMI à 4,2 % en 2026. Face à l’inflation, aux séismes de 2023, à l’instabilité régionale, les partenariats industriels franco-turcs n’ont pas été rompus. Malgré ces enjeux réels, la Turquie, elle, reste robuste.
Les vecteurs institutionnels
Le Parlement européen constitue l’un des principaux théâtres de cette opération. Des observateurs à Bruxelles identifient une pratique systématique : des questions parlementaires ciblées sur des dossiers économiques franco-turcs, portées par des élus dont les intérêts nationaux divergent de ceux de la France, transforment le terrain parlementaire en vecteur d’influence commercial. On y retrouve les interventions de membres grecs dans les questions parlementaires.
Le cas SAFE : une chronologie révélatrice
Le programme de réarmement européen SAFE (Security for Action For Europe) est adopté le 27 mai 2025 par le Conseil de l’UE, avec la seule abstention de la Hongrie. Dès le 3 juin, les réactions grecques et chypriotes fusent dans les pages des questions parlementaires. L’eurodéputé chypriote Loukas Fourlas qualifie la Turquie de pays « qui occupe le territoire européen et menace les États membres d’une guerre », justifiant son opposition à toute inclusion d’Ankara dans ce mécanisme. Le ministre grec de la Défense Nikos Dendias propose de renommer le programme « règlement tire-bouchon » si l’on tente d’y intégrer la Turquie par des procédures obliques. Des questions parlementaires sur les risques de participation turque suivent dans les semaines qui viennent.
La séquence est instructive. Le mécanisme est adopté, les réactions déstabilisatrices arrivent immédiatement après. Les positions grecques et chypriotes sont minoritaires au sein de l’UE, Nail Olpak, président du DEİK, l’a relevé : « À deux ou trois pays près, tous les ambassadeurs de l’UE soutiennent la Turquie. » C’est d’ailleurs l’analyse de l’Euractiv : l’exclusion de la Turquie du dispositif SAFE a été soutenue par la Grèce et Chypre mais contestée par l’Allemagne et plusieurs États membres de l’Est. Minoritaires, ces relais n’en sont pas moins stratégiquement positionnés : dans les commissions où les textes se rédigent, dans les formats où le consensus est requis, et depuis janvier 2026, dans la présidence tournante du Conseil de l’UE, assurée par Chypre jusqu’en juin 2026.
Le récit du cheval de Troie chinois
Le troisième vecteur est le plus puissant, car il cumule deux peurs : la Turquie et la Chine. Des élus européens présentent la Turquie comme une interface par laquelle Pékin contournerait les barrières tarifaires européennes. Ce cadrage est d’autant plus efficace qu’il contient une part de vérité.
En juillet 2024, BYD signe avec le gouvernement turc un accord pour construire une usine de 150 000 véhicules électriques par an dans la province de Manisa, pour un milliard de dollars. La logique est documentée par le think tank allemand SWP Berlin : BYD utilise l’union douanière turco-européenne pour exporter vers l’UE sans s’acquitter des droits anti-dumping imposés aux véhicules fabriqués en Chine, 27,4 % pour ce constructeur. Cette pratique, le « tariff jumping », lui procure un avantage compétitif direct. Entre janvier et novembre 2025, BYD a enregistré 40 770 ventes en Turquie, une progression de 1 800 % sur un an. Le projet est depuis en pause, les tensions entre Pékin et Ankara l’ont ralenti, mais la dynamique de positionnement chinois reste réelle.
L’instrumentalisation de cette réalité construit le récit du « cheval de Troie » - un récit pourtant bien originaire de la région Égéenne turque. Ce qui produit en réalité l’effet contraire à l’objectif affiché. Il décourage les investisseurs occidentaux, laissant le terrain plus libre aux acteurs chinois. Et la Turquie, prise en étau entre ce récit et les incertitudes de ses perspectives européennes, est incitée à diversifier davantage. La position turque renforce certes l’accusation.
L’espace normatif européen : intégrée mais exclue des décisions
Les opérations de perception ne se jouent pas uniquement dans les médias. Elles se jouent dans les définitions législatives, dans les périmètres d’inclusion, dans les formules qui conditionnent l’accès aux marchés. L’espace institutionnel européen est devenu le terrain principal de cette confrontation.
La lettre d’alerte
Le 31 janvier 2026, le DEİK (Dış Ekonomik İlişkiler Kurulu), Conseil des relations économiques étrangères de Turquie publie une lettre ouverte en pleine page qui se faire immédiatement suivre dans le Financial Times. Elle est signée par son président Nail Olpak, le coordinateur Mehmet Ali Yalçındağ, et les représentants de 25 conseils d’affaires bilatéraux. Elle est adressée aux dirigeants de l’UE Roberta Metsola, António Costa et Ursula von der Leyen. Son message central : « L’UE signe des accords commerciaux dont les résultats nous sont contraignants, mais nous ne sommes pas dans le mécanisme de décision. » Ce n’est pas une posture rhétorique mais bien une réalité structurelle.
L’accord d’union douanière conclu en 1995, entré en vigueur en 1996, n’a jamais été modernisé, pendant que la Turquie a longuement investi dans les énergies renouvelables pour répondre aux attentes des industries européennes. Entre 2019 et 2023 seulement, la Turquie a attiré plus de 24 milliards de dollars d'investissements en énergies renouvelables. Chaque nouveau traité de libre-échange signé par l’UE s’applique de facto aux échanges avec la Turquie, sans qu’Ankara ait participé aux négociations. Les accords avec le Mercosur et l’Inde en sont les derniers exemples. Yalçındağ l’a formulé sans détour : « L’incertitude détruit les décisions d’investissement. » La déstabilisation narrative devient ainsi un instrument économique à part entière.
Le dossier « Made in EU » : une autre ligne de fracture
L’Industrial Accelerator Act illustre ce paradoxe. Dans sa définition initiale, le dispositif excluait explicitement la Turquie de son périmètre, malgré ses 30 milliards de dollars d’exportations automobiles vers l’UE en 2025 et son statut de troisième producteur automobile du continent. Erdogan a adressé une lettre personnelle à Von der Leyen pour protéger ces flux.
La position française s’est clairement distinguée. Nicolas Forissier l’a déclaré avant ses réunions à Ankara : le programme n’a « pas vocation à exclure nos partenaires, ni à fermer le marché européen sur lui-même. » Une position en tension avec d’autres États membres. Les industriels européens eux-mêmes invalident le récit de l’exclusion : Ford of Europe a déclaré que l’exclusion de la Turquie « affaiblirait la production à l’intérieur même de l’UE ». Une version de compromis émerge : inclusion via l’union douanière, mais sous condition de réciprocité sur les marchés publics.
La position allemande : bénéficiaire et gardienne
La configuration européenne révèle une asymétrie peu commentée. L’Allemagne est à la fois l’État membre qui s’oppose le plus systématiquement à l’intégration élargie de la Turquie dans les dispositifs européens, en défendant un « Made with Europe » plus restrictif. Et celui qui bénéficie le plus massivement de la relation commerciale bilatérale avec Ankara.
L’Allemagne est le premier partenaire commercial de la Turquie. Les échanges bilatéraux germano-turcs avaient atteint 51,6 milliards d’euros en 2022, un record à l’époque. Plus de 8 000 entreprises allemandes opèrent en Turquie. L’Allemagne représente environ 10 % des exportations turques totales et se classe régulièrement parmi les trois premiers fournisseurs d’Ankara. VW, BMW, Bosch, BASF : les chaînes de valeur germano-turque sont profondes, ancrées dans l’automobile, la machine-outil, la chimie et les composants électroniques. Les importations turques de biens allemands avaient progressé de 19,5 % en 2023, portées par l’automobile à +67,1 %.
Ce positionnement crée une situation paradoxale. Berlin défend en public une approche plus restrictive sur le « Made in EU », tout en maintenant une relation bilatérale avec Ankara sans commune mesure avec son rival français. La France représente 3,5 % des parts de marché en Turquie, contre une présence structurante de l’Allemagne. La compétition intra-européenne pour ce marché est l’une des dimensions sous-jacentes à ce qui se présente comme un débat de valeurs.
Reprendre le récit : les conditions d’une riposte efficace
Ne pas répondre sur le même terrain
La première condition d’une riposte efficace est de ne pas se laisser entraîner dans un débat moral. Dénoncer des acteurs, pointer des intentions, distribuer les rôles, c’est précisément le registre que l’opération cherche à imposer à son adversaire. L’enjeu est ailleurs : rétablir la primauté des faits économiques sur les récits de risque, sans moraliser.
Des observateurs de terrain formulent cette exigence en termes opérationnels : « Structurer un contenu qui s’arrête à temps, reconnaître les problèmes, expliciter leur instrumentalisation, revenir au cœur business avec un ton non moralisateur. »
Déconstruire les faux dilemmes
Le récit hostile fonctionne sur des oppositions binaires : Europe ou Turquie, valeurs ou industrie, sécurité ou commerce. L’accord UE-Inde est présenté dans certains cercles comme une alternative à la Turquie. C’est une opposition artificielle : ces deux partenariats obéissent à des logiques distinctes et ne se substituent pas. Forissier a lui-même posé les termes du « et/et » à Istanbul : les programmes France 2030 et Turcorn 100 « se rejoignent », les dynamiques d’innovation convergent plutôt qu’elles ne s’excluent.
Repositionner : de « risque » à « pivot de résilience »
Les données pour construire ce cadrage existent déjà. La Turquie est le troisième producteur automobile d’Europe. Sa capacité éolienne installée atteint 16 GW, avec 2 141 MW supplémentaires mis en service en 2025, sur une trajectoire visant 120 GW renouvelable d’ici 2035. TPAO a signé des accords d’exploration avec BP, Chevron et ExxonMobil en février 2026. Un pays qui s’ouvre, pas qui se ferme. La Turquie accueillera par ailleurs la COP31 à Antalya en novembre 2026 -un contexte dans lequel le partenariat franco-turc sur l’énergie verte peut s’exprimer devant une audience internationale.
Trois piliers opérationnels
La reprise du récit suppose trois actions concrètes :
Premièrement, la transparence des données. Le bulletin officiel qui met en manchette Transparency International et en page intérieure le record d’échanges fait un choix éditorial. Ce choix a des conséquences. Publier ensemble, dans un même cadre analytique, les indicateurs de risque et les indicateurs de performance, sans hiérarchisation implicite, est une décision politique.
Deuxièmement, la continuité diplomatique. La reprise du JETCO après trois ans de silence est un signal. Il ne suffit pas. Des experts soulignent l’absence d’un forum bilatéral stable et récurrent entre la France et la Turquie, et comparent défavorablement la pratique française au modèle italo-turc, jugé plus institutionnalisé. La recommandation est explicite : sortir des réunions ad hoc, établir un calendrier régulier, structurer des formats permanents.
Troisièmement, l’acculturation. Les entreprises françaises qui ont quitté le marché turc après 2016 l’ont fait sur la base d’une perception du risque non actualisée. L’acculturation économique, par les données, les forums comme celui de Business France en octobre 2025, les immersions comme le Parcours Business International Turquie de Bpifrance, est un préalable à la décision d’investissement.
Une fenêtre, pas une évidence
Les chiffres plaident pour l’approfondissement. Le récit ambiant plaide pour la prudence. Entre les deux, une opération de déstabilisation narrative se joue, en partie depuis Bruxelles, en partie depuis Athènes et Nicosie, avec des bénéficiaires qui ne sont ni français ni turcs. Berlin, Bruxelles, Pékin : les gagnants de l’absence française en Turquie sont déjà identifiés.
La reprise du JETCO après trois ans de silence, la lettre du DEİK dans le Financial Times, la visite de Forissier à Istanbul, le protocole Bpifrance-Yapı Kredi : ces signaux existent. Ils ne se diffusent pas seuls. Pour peser dans l’espace de la perception, un partenariat doit d’abord être nommé comme stratégique, et les mécanismes qui le fragilisent, exposés avec précision.
Les récits hostiles n’ont pas eu besoin d’inventer grand-chose. Ils ont juste circulé plus vite. C’est là que se gagne ou se perd une relation stratégique.
Mehtap KARYAGDI
Auditeur de la 50ème promotion MSIE MBA Exec Management Stratégique et Intelligence Economique
