La Covid 19 : un moyen pour la Chine de développer son influence en Afrique

La pandémie de la Covid 19 n’a pas freiné les ardeurs chinoises sur l’Afrique. Pékin y a vu au contraire un moyen d’étendre son influence jusque dans les villages lointains. Entre diplomatie publique et conquête des populations locales, comment la Chine s’est-elle organisée ? au début de la pandémie, la Chine avait subi des critiques émanant d’Afrique comme le précise cet extrait du journal Le Monde du 15 avril 2020 :

« Après l’Union africaine (UA), le Nigeria est monté au créneau mardi 14 avril pour dénoncer des discriminations « inacceptables » à l’égard de ses ressortissants en Chine à la suite de la découverte de cas positifs au Covid-19, alimentant une polémique embarrassante pour Pékin, en pleine offensive de charme sur le continent. Ces derniers jours, des Africains se sont dit victimes d’expulsions, d’interdictions d’entrer dans des commerces, de placements en quarantaine et de dépistages abusifs, après la découverte de plusieurs cas positifs au nouveau coronavirus parmi la communauté nigériane de la métropole de Canton ».

En 2021, la Chine corrige le tir en mettant mis en place un pont aérien avec l’Afrique pour vendre à bas prix ou distribuer gratuitement des centaines de millions de doses. Pékin va même jusqu’à promettre de livrer à l'Afrique « un milliard de doses de vaccins supplémentaires, dont 600 millions sous forme de dons et 400 millions sous d'autres formes comme la mise en place d'unités de production de vaccins ». Par la suite, Pékin a entretenu son image en organisant des campagnes médiatisées par ses soins pour montrer l’aide médiale qu’elle apportait à des pays d’Afrique, à l’exemple dernièrement du Bénin.

L’aide chinoise accordée au continent africain dans la lutte contre la Covid 19

Après avoir mis temporairement à l’abri sa population nationale, la Chine est allée à rescousse des pays du continent dont les systèmes de santé sont très faibles voire inexistants. Ainsi, la Chine a mis à disposition une équipe médicale constituée d’experts et du matériel médical. A savoir, plus d’un million de masques de tous types, 50 000 kits de dépistage, des respirateurs artificiels, des gants médicaux, des combinaisons médicales jetables et des comprimés effervescents à base de dioxyde de chlore. Sans toutefois oublier les doses de vaccin produit par la société Sinopharm et offertes à la Sierra Leone ainsi qu’à la Tunisie.

Pékin s’est montré particulièrement généreux avec l’Algérie, son allier pétrolier. Elle a bénéficié de l’expertise d’une équipe médicale chinoise composée de 13 spécialistes, des équipements de protection et de dépistage ainsi que des respirateurs d’une valeur totale de 420 000 euros.

Cette aide pourrait être considérée comme un juste retour d’ascenseur de l’Empire du milieu à ses alliés qui lui ont tendu la main et porté assistance dans son combat contre ce même adversaire. En effet, Alger avait envoyé 500.000 masques, 20.000 lunettes de protection et 300.000 gants pour l’aider à faire face à la maladie.

La stratégie du « donnant-donnant » a profité à toutes les parties en jeu. Cette campagne humanitaire a été saluée par tous les acteurs du continent et a permis à la Chine de gagner le respect des populations locales. Même si après coup, on constate en mai 2022 que les stocks de vaccins non utilisés restent considérables et que des centaines milliers de doses périmées sont détruites à cause de l’échec du système de vaccination humanitaire.

Le développement de la Covid 19, catalyseur de la nouvelle diplomatie chinoise

Le manque de transparence des autorités chinoises à l’égard de ce virus a mis la Chine sous les feux des projecteurs. Si avant la pandémie, le Parti communiste chinois faisait preuve de réserve face aux provocations de ses adversaires, le ton a changé. La diplomatie chinoise revendique à présent une double paradoxalité à la limite de la défiance générale. Face à ce qu’elle a qualifié de « préjugés hostiles », ses représentants se sont lancés dans une croisade affirmée sinon agressive contre la campagne de désinformation dont ils s’indignent d’en être les victimes. L’Afrique est déstabilisée et ne disposant pas de ressources suffisantes (matérielle, financière, humaine) pour contenir et maitriser l’expansion du virus. Sa seule solution la plus opérante est de compter sur ses accords bilatéraux et ses relations publiques externes pour être sauvée par ses fidèles alliés. La Chine a su parfaitement jouer de cet argument tout en restant très opaque sur les mécanismes d’endettement, y compris ceux liés à l’aide sanitaire pour traiter les conséquences de la pandémie.

Ce nouveau visage affiché par Pékin porte à croire que la Chine a décidé de sortir de l’ombre et usera de toutes les armes à sa disposition pour réaliser sa vision, celle de « l’horizon 2035 ». Elle s’est imposée comme le pays qui a porté secours à l’Afrique qui se réconforte naïvement d’être dans les bonnes grâces chinoises.

 

Leonie Stéphanie Honban