Le véganisme, une des armes très polémiques de la révolution sociétale

Le 22 février 2021, La municipalité de Lyon annonce la suppression de la viande dans les cantines scolaire pour quelques semaines. Dirigé par le partie Europe écologique les verts (EELV), le pouvoir en place justifie sa décision. Cela prend en considération l’application du nouveau protocole sanitaire contre la pandémie Covid 19 et est le meilleur choix pour respecter autant que possible les convictions religieuses, philosophiques et idéologiques. Il affirme que cela est sans rapport avec les promesses de campagne électorale prévoyant un repas végétarien par jour. Malgré les contestations des politiques, des usagers, des producteurs, la mesure n’est pas suspendue. L’idéologie « un monde sans viande » semble avoir remportée sa guerre d’influence sociétale. Mais la contre révolution, bien que moins visible, s’organise.

La guerre d’influence et un encerclement cognitif.

Comme le rappelle Giuseppe Gagliano, le monde change et « si auparavant l’affirmation de Clausewitz selon laquelle « la guerre est la politique menée avec d’autres armes », était valable, aujourd’hui, l’on peut affirmer que la politique (et l’économie) est la guerre faite en utilisant les informations. » (Giuseppe, Juin 2016). Pour ce faire, la guerre d’influence et l’encerclement cognitif (Harbulot, 2019) au service d’un idéal sont des outils bien assimilés par la Société civile, avec comme support l’avènement d’une nouvelle arme, Internet. Cela permet de toucher plus de monde, n’importe où, sans limite de temps avec peu de moyen. Pour vaincre, il faut donc non plus des chars mais il est nécessaire de : connaitre les points faibles de l’adversaire ; disposer d’informations fiables et vérifiables qui défendent une morale, une éthique ; s’affranchir du « politiquement correct » dans sa communication ; avoir une opportunité d’action. Tels en sont les quelques principes. Ils aident l’insurrection du plus faible contre le pouvoir en place, pour forcer les décideurs et l’opinion à se retourner contre le projet initial. (Fontan-Moret, fev.2020)

Depuis une dizaine d’année, nous assistons à une véritable révolution sociétale menée par la société civile. A l’instar des anti-nucléaires, des pro éoliens, des protecteurs de l’environnement, les végans veulent imposer un nouveau système de vie, de bien être individuel, dont l’association la plus connue est L214. (À lire, l’excellent rapport des étudiants de l’École de Guerre Économique publié le 18 juillet 2018)

Idéologie de niche, moins de 1% de la population, tout change en 2013. La publication du rapport l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO (FAO, 2013) et ceux du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ( (GIEC, 2018)) bouleverse l’échiquier idéologique en place. Ils affirment que la production de la viande est responsable à 14,5% de la pollution mondiale ; chaque année 23 millions de tonnes de viande sont produites dans le monde. Cela représente l’abattage de 65 milliards d’animaux. Pour le lobby Vegan, ces chiffres, reconnus mondialement, serviront d’assise pour développer, accentuer la guerre d’information et d’influence avec pour but ultime : la suppression de la consommation de viande.

Émergeant dans les années 80, le mouvement Végan est « une philosophie et un mode de vie qui cherchent à exclure, dans la mesure du possible, toutes les formes d'exploitation et de cruauté envers les animaux à des fins alimentaires, vestimentaires ou à toute autre fin ; et par extension, favorise le développement et l'utilisation d'alternatives sans animaux au profit des animaux ». (Définition du véganisme, s.d.). Il représente aujourd’hui 5% de la population mondiale, 3% en France.  Son ADN est l’antispécisme. Disposant d’un message clair, adapté à sa morale et son éthique, Les actions d’influence peuvent commencer, tout d’abord sous forme du soft power :  multiplication des associations reliant les mêmes messages, articles, interviews, vidéos chocs dénonçant des usines d’abattage maltraitant les animaux, diffusées sur Internet et autres média sociaux. D’abord rhétorique, le message culpabilise : le consommateur n’a-t-il pas honte de poursuivre le même régime alimentaire alors qu’il est informé ? ne respecte-t-il pas sa santé ? Puis la communication évolue vers la sophistique. Elle devient agressive et la discussion n’existe plus. Le consommateur informé en ne rejetant pas totalement la viande, participe à la tuerie de ces millions d’animaux et à leur souffrance. C’est un tueur de masse.  Ce discours entraine des actions extrêmes, qui ne sont pas sans rappeler celles de l’association Act Up, comme la destruction de boucherie  (Gabriel, 17 nov.2020)voir, plus étonnante, les tentatives rééducation de félins en animal vegan. (Peyret, 22 juil.2018)

L’opinion publique prend conscience et change de valeurs. La pression populaire oblige les partis politiques d’en tenir compte (promesse électoral, choix de candidat adapté). L’État Français se doit de prendre des mesures : reconnaissance de l’état d’être vivant doué de sensibilité inscrit dans le code civil ; ce n’est plus un meuble, au sens juridique du terme ; premier code juridique de l’animal publié en 2018. Mais c’est aussi c’est l’adoption du Plan National pour l’alimentation (PNA) dont la finalité est d’assurer l’accès à une alimentation dans le respect de « la protection de l’environnement et des paysages et contribuant à l’atténuation et à l’adaptation aux effets du changement climatique ». (Programme national pour l'alimentation 2019-2023 : territoires en action, 2019)

Le monde économique et industriel n’est pas en reste. Grâce à un socle de 1,3 millions de végan déclarés en France, la vente des produits alimentaires sans viande représente 400 millions d’euros (10 milliards d’euros au niveau mondial), en augmentation de 11% en 2019, selon l’étude réalisée par l’institut d’études privé Xerfi. C’est donc un marché neuf où il faut conquérir les flexitariens, soit près de 23 millions de français. Les startups et la Grande Distributions étoffent l’offre pour proposer plus de produits à base de soja, comme les steaks végétaux au gout « Viande rouge » ou autre substitue de viande. (Alternative proteins), jusqu’à travailler sur de la viande rouge ou blanche cultivée in vitro, issue de cellule souche. Encore à l’étape de la recherche, la production est excessivement chère et ne dispose pas d’autorisation gouvernementale pour la consommation. Seule Singapour autorise depuis décembre 2020 la vente de Nuggets de poulet fabriqués en laboratoire. (AFP, 2020).Barjavel l’a imaginé dans son livre « Ravage », l’industrie l’a fait.

La boucle semble être bouclée. Guerre d’influence, soft Power, encerclement cognitif, prise de conscience, évolution législative, le véganisme, bien semble avoir reporté la révolution sociétale, politique et économique.  

La contre-offensive insurrectionnelle en marche

La réaction n’est pas des plus faciles. L’insurgé, le révolutionnaire, surtout si son action est séduisante et en prenant la priorité de l’attaque, a une position plus aisée puisqu’il revendique sa nouvelle vision avec des prétentions éthiques et morale. Si la défense du « loyaliste » se cantonne à se justifier, la riposte est vaine. Il ne peut utiliser les mêmes armes car il représente la Règle, le projet de société décidé. Il se doit de rester impartial et neutre. Pour mener une guerre de contre influence, le loyaliste doit développer « un arsenal » et une doctrine de communication d’influence, « y compris sur des canaux où la communication ne peut être institutionnelle et conventionnelle ». (Fontan-Moret, fev.2020) L’attaqué doit comprendre les besoins de l’attaquant, l’ingérer et intégrer ses informations dans son plan initial.

Un constat s’impose. La FAO estime qu’en 2020, la consommation de protéines d’origine animal sera en baisse pour la seconde année consécutive de 1,9% soit 333 millions de tonnes. En France, la baisse est de 12% en dix ans. 500 000 emplois directs et indirects sont potentiellement touchés. Avec les épidémies de la vache folle, la prise de conscience sociétal, politique et économique de l’environnement, de la santé et de la maltraitance des animaux, la surconsommation et la surproduction, la « mal bouffe » … les producteurs de viandes se doivent de réagir.

Les relais législatif, journalistiques, scientifique et associatif

A l’inverse des pays anglo-saxon, la loi du 27 mai 2020, relative à la transparence de l’information sur les produits agricoles et alimentaires interdit les industriels d’utiliser en marketing les « dénominations usuellement employées pour désigner les denrées alimentaires d’origine animale pour décrire, commercialiser ou promouvoir des denrées alimentaires » composées protéines végétales. (législateur, 2020)

Articles, ouvrages et interviews, bien qu’encore faibles, se multiplient. Pour ne citer qu’eux, Paul Aries, politologue, Frédéric Denhez, journaliste, et Jocelyne Porcher publient une Tribune dans le journal « Libération » : « Pourquoi les Vegans ont tout faux »(Aries, Denhez, & Porcher, 2018). Ils contre-argumentent toutes les théories, comme dans le livre « Lettre ouverte aux mangeurs de viande qui souhaitent le rester sans culpabiliser. »   

Jocelyne Porcher, sociologue et directrice de recherche à l’INRA, postule qu’il faut sortir des sciences de la nature et de la biologie, car cela n’a servi qu’à justifier, codifier l’élevage intensif et à savoir si les animaux. Il faut réfléchir aux systèmes d’élevages que nous voulons ; sur ce que nous souhaitons produire ensemble. Donc, il faut remplacer la quantité par la qualité(Questions à Jocelyne PORCHER (INRA) - Enjeux bien-être animal - cese, 2019)

Le principe moral, éthique est posé. Il est repris notamment par l'Association Nationale Interprofessionnelle du Bétail et des Viandes (INTER BEV), fondée en 1979. Elle signe un pacte sociétal donc le but est d’« agir dans l’intérêt de tous », d’être à l’écoute tous. Fait suite à cela, un plan éthique visant à produire et à consommer mieux, de façon plus réfléchie. Son slogan : « Aimez la viande, mangez-en mieux ».  (Rapport de responsabilité Sociétale des Organisations, 2020)

 

Wilfrid Leitt
Auditeur de la 36ème promotion MSIE