Les Droits de l’Homme, guerre de l’information médiatique et jeu d’influence aux Nations Unis dans l’affrontement sino-américain

Le Conseil d’Etat à l’Information chinois annonce le premier Mars 2021, la publication à venir de son rapport annuel sur « les violations des droits de l’homme aux Etats-Unis », aussi connu sous le nom des « rapports chinois ». Lors de la première publication en 1998, ce rapport pouvait être perçu à l’époque comme de la simple contre-propagande en réponse aux rapports américains sur les droits l’hommes en Chine. Ces rapports constituent depuis près de 24 ans, une base de connaissance qui fait basculer Pékin de la contre-propagande à une guerre informationnelle par le contenu, qu’elle tente d’utiliser dans le cadre plus large qui est celui de l’affrontement Chine / Etats-Unis. Les Etats-Unis ont su instrumentaliser le concept des droits de l’homme et le détourner à des fins d’accroissement de puissance politique et économique pour renverser des régimes qui ne leur étaient pas favorables. Pour faire face à ce que la Chine appelle de l’ingérence Occidentale dans ses affaires internes, et malgré des violations évidentes des droits l’homme, Pékin va mettre en place une stratégie de diffusion de son narratif dans un premier temps. Sous l’impulsion de Xi Jinping, Pékin va développer à l’international ses médias et va investir l’espace médiatique Occidental existant avec une rhétorique agressive. En parallèle, Pékin va se déplacer sur un autre échiquier où son influence est de plus en plus forte. C’est celui de la politique internationale aux Nations Unis (NU), et plus particulièrement les institutions relatives aux Droits de l’homme. C’est au sein de ces institutions qu’une bataille normative se livre car Pékin propose une autre définition des droits de l’homme. La vision historique des droits de l’homme se trouve bousculée par le poids grandissant du continent Asiatique et de la Chine.  A la peine dans le champ informationnelle, la Chine construit patiemment son discours en pointant les contradictions occidentales et en essayant d’imposer une nouvelle norme.

1-Stratégie américaine et encerclement cognitif

L’enjeu stratégique des Etats-Unis est de contrer la montée de la Chine dans le domaine économique, militaire, technologique et normatif. L’ascension de Pékin est perçue comme une menace à la sécurité nationale américaine. L’un des champs d’action où le rapport de force est en faveur des Etats-Unis est celui de la légitimité sur les notions des droits de l’homme et de la démocratie. Comme pour les révolutions colorées, les Etats-Unis vont utiliser leur légitimité, la société civile, les instances internationales et des sanctions économiques pour affaiblir Pékin.

Création de la pensée dominante et légitimité

Depuis 1976, date d’entrée en vigueur du « Pacte international relatif aux droits civils et politiques » qui forme avec la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) et avec le « Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels », la « Charte Universelle des Droits de l’Homme », les Etats-Unis émettent annuellement depuis 1978  des rapports sur les pratiques des droits de l’homme dans les autres pays. Ces rapports sont utilisés par les Etats-Unis comme une arme informationnelle car ils créent un contenu qui deviendra une référence et une norme. Cette production de connaissance est un élément de contrôle dominant [1], qui sera utilisé comme arme informationnelle contre les opposants à la politique étasunienne.  Concernant la Chine, le dernier rapport  américain sur les manquements en matière des droits de l’homme date de 2019 et dénonce notamment des privations de liberté, des disparitions, tortures, traitements dégradants, arrestations et détentions arbitraires. Avec la chute du bloc soviétique, les Etats-Unis deviennent la puissance dominante et plus aucun pays ne peut lui contester la légitimité de représenter le monde libre et de défendre les valeurs universelles. Le vide laissé par l’Union Soviétique n’est pas encore contesté par la Chine de l’époque, ni par aucune autre puissance et c’est la vision américaine du monde qui s’impose dans trois échiquiers majeurs :

Échiquier politique : la démocratie.

Échiquier économique : le libéralisme économique.

Échiquier sociétale : les droits de l’homme et les libertés individuelles.

Guerre informationnelle dans la société civile 

Les manquements flagrants de la Chine en matière des Droits de l’homme permettent aux Etats-Unis de mener une guerre de l’information à chaque fois que l’opportunité se présente. C’est l’occasion, si ce n’est d’accroitre sa puissance économique par des sanctions, de limiter et ralentir l’influence et la crédibilité de la montée de son nouveau concurrent. Lorsque des révoltes éclatent sur le territoire chinois comme au Tibets (2008), au Xinjiang (2001, 2018, 2021) et à Hong-Kong (2014, 2019), il est commode pour le gouvernement chinois de crier à l’ingérence étrangère compte tenu du passif américain en matière d’influence de mouvements pro-démocratiques. Face à la répression violente et aux manquements évidement des droits de l’homme de la part du gouvernement chinois, les Etats-Unis peuvent sans trop de difficultés entrer dans une guerre de l’information qui suit généralement le processus suivant :

  • La force de l’image :

Tout commence souvent par une image forte qui choque l’opinion publique. Cette image est bien réelle et correspond à des faits établis : moines Tibétains brutalisés par la police, mobilisation massive de manifestant hong-kongais, prisonniers Ouighours assis au sol les yeux bandés.  

  • Le relai médiatique :

La puissance de diffusion des réseaux sociaux et des médias de masses américains avec le relais des médias occidentaux propage l’information à une telle vitesse qu’il n’est pas possible à l’opposant de contenir cette diffusion ou de l’étouffer. Les violations chinoises des droits de l’homme sur sa population s’étalent au grand jour.

  • Mobilisation :

L’image va chercher à créer une émotion, un sentiment. Les médias et les réseaux sociaux vont en être le vecteur de diffusion pour toucher le plus grand nombre. L’objectif sera de mobiliser l’opinion publique, la société civile, des personnalités, des ONG. Le but étant de faire passer des personnes d’un état de « conscient d’une situation » - passifs, vers un statu d’acteurs, de militants ou activistes – actifs.  Les mobilisations peuvent prendre différentes formes, comme des manifestations solidaires, des tribunes de personnalités dans les médias, des appels au boycotts, de l’agitprop. On peut citer en exemple de mobilisation les manifestations pro-tibet en Europe et en Amérique du Nord, des appels au boycotts de JO de Pekin en 2008 en soutien au Tibet, des appels au boycotts de JO d’Hiver de Pékin en 2022 en soutien aux Ouighours, des manifestations de soutien à Hong-Kong en Australie, au Canada, des marques de mode s’engageant au côté de la cause des Ouighours après avoir étaient pointées du doigt par des ONG.

La communauté internationale

En plaçant ce sujet à l’agenda des Nations Unis, Washington augmente la pression diplomatique sur Pékin, et peut ainsi légitimiser de possibles sanctions économiques et diplomatiques. La communauté internationale prise à témoin, est sommée d’agir sous la pression diplomatique des pays Occidentaux, qui sont poussés par une partie de leur société civile. Cependant la marge de manœuvre des instances représentatives des droits de l’homme aux Nations Unis : Haut-Commissariat des Nations unies pour les Droits de l'Homme (HCDH), Comité des Droits de l'Homme (CDH) et Conseil des Droits de l’Homme, est limitée. Tout d’abord, les engagements relatifs aux droits de l’homme sont peu contraignants, et donc difficilement sanctionnables. Ensuite, Pékin siège au Conseil des Droits de l’homme et y établit une véritable politique d’influence.  Enfin, la Chine dispose d’un droit de veto au Conseil des Nations Unis qui lui assure une certaine immunité. Ainsi diverses initiatives de la communauté internationale ont été bloquées par la Chine

Limite de la guerre de l'information américaine

La guerre informationnelle américaine atteint certaines limites. Premièrement, la société civile chinoise. En quête de progrès économique et matériel, elle n’érige pas au même niveau les valeurs des droits de l’homme et des libertés qu’en Europe ou aux Etats-Unis. Il y a une différence culturelle importante sur la valeur apportée à cette notion qui rend le modèle des révolutions colorées difficilement transposable en Chine. Deuxièmement, le contrôle des médias par le PCC rend la diffusion de l’information américaine sur le territoire chinois difficile. La Chine a su développer ses propres géants du numériques (BATX), et a banni les GAFAM américain. Elle a également développé sa « grande muraille numérique » lui permettant de contrôler l’information, de la censurer et de traquer des opposants.

Les attaques informationnelles américaines ne tendent donc pas tant à déstabiliser la PCC, qu’à mobiliser l’opinion publique et la communauté internationale autour des Etats-Unis. Toutes sanctions deviendraient légitimes et les Etats-Unis ne passeraient pas pour l’agresseur, mais au contraire comme un défenseur, un sauveur. C’est bien là toute la problématique du fort dans la relation du fort au faible : le fort ne doit pas passer pour l’agresseur au risque de se faire haïr par le reste du monde. C’est ainsi qu’en réaction à la promulgation de la « loi sécurité » à Hong-Kong, loi qui vise à réduire au silence les opposants à Pékin, les Etats-Unis appliquent dans sanctions économiques sur des entreprises chinoises. De même, pour des entreprises et dirigeants chinois participant à la persécution des Ouighours.

Pékin ne peut rester sans réagir et doit construire une réponse informationnelle à l’intérieur de son territoire, mais aussi à l’extérieur. Elle va développer ses réseaux de communication à l’international et utiliser les réseaux sociaux occidentaux. Elle va aussi jouer de son poids économique et diplomatique pour influencer les instances internationales des Droits de l’homme.

2- La réponse chinoise 

Les enjeux de la Chine sont bien différents de ceux des Etats-Unis. En position défensive, Pékin se doit de donner sa version des faits tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. La stratégie globale pourrait être résumée par trois principes : propagande, censure et fabrication de contenu.  A l’intérieur d’abord, car la stabilité demeure l’obsession du PCC. C’est une question de survie. Pour être fort à l’extérieur, il faut d’abord être fort à l’intérieur. C’est toute la stratégie mise en place depuis l’arrivée de Xi Jinping en 2012 pour « mieux raconter l’histoire de la Chine et faire entendre la voix de la Chine ». Le gouvernement chinois a mis en place un système de contrôle de l’information à l’intérieur du territoire pour contrer les « ingérences » extérieures qui pourraient perturber l’harmonie interne de la société civile chinoise. La grande muraille numérique en est le pendant numérique.

Sur le plan offensif, Pékin va développer ses médias à l’international pour porter la voix de la Chine.  Elle va aussi investir dans des médias étrangers et chercher à influencer leur narratif pour limiter la diffusion d’information négative. Les réseaux sociaux occidentaux comme Twitter ou Facebook, sont également un espace informationnel dans lesquels la Chine va s’investir.  Enfin, sur le terrain des institutions internationales, Pékin va jouer de son poids économique et diplomatique pour influencer une nouvelle vision des Droits de l’homme.

Réponse informationnelle pour la société civile

La réponse informationnelle de la Chine est pour le moment relativement pauvre et maladroite pour plusieurs raisons.  Copié sur le modèle américain des chaines d’information en continu, la portée des médias chinois est très restreinte. Malgré l’internationalisation des médias dans les pays occidentaux et avec des émissions en plusieurs langues (CGTN, GT, SCNP, China daily, people daily), ils sont peu consultés hormis peut-être par les diasporas chinoises. Quel que soit le contenu du message, il reste inaudible pour les masses occidentales.

Mais celui-ci n’est pas la seule cible des médias chinois. Sur les nouvelles routes de la soie, la « belt and road news network -BRNN» suit le développement des infrastructures. Directement contrôlé par le plus grand groupe de média public chinois , le « people’daily », la Chine crée un nouveau contenant qu’elle pourra directement alimenter en contenu le long des routes de la soie.

Des efforts sont faits sur les réseaux sociaux occidentaux comme Twitter ou Facebook pour porter l’information chinoise auprès des occidentaux, mais c’est surtout l’aspect défensif d’occupation d’espace et de réponse à toutes images négatives de la Chine qui prévaut. Mais là encore, la main grossière du PCC vient décrédibiliser toutes tentatives. Sur Facebook, trois médias chinois sont dans le top 5 global et CGTN est le premier média d’information en France avec plus de 20 millions d’abonnés.

La diplomatie chinoise joue aussi un rôle important sur la visibilité de la parole de la chine sur les réseaux. La BBC avait recensé la création de 55 comptes d’officiel chinois en 2019 particulièrement actifs sur Twitter, avec sa « twiplomatie » façon Trump. Cette rhétorique de « loup combattants », agressif et intimidation, semble être la nouvelle marque de fabrique de la diplomatie chinoise tant devant les caméras que dans la presse ou sur les réseaux sociaux, qui sont également la cible de campagne de désinformation. Twitter à d’ailleur fermé des dizaines de milliers de comptes liés au gouvernement chinois qui servaient la propagande du Parti.

Le message en lui-même n’est pas crédible car la Chine manque sérieusement de légitimité sur le terrain des Droits de l’homme. Le message chinois ne fait que dénoncer une ingérence américaine dans ses affaires internes sur le Tibet, Hong-Kong et le Xinjiang ou dénonce une manipulation politique des Droits de l’homme. Cette réponse ne justifie en rien les actes terribles de répression contre sa population dont les images et témoignages abondent. Ensuite le contenu ne serait être impartial et crédible car les médias sont sous le contrôle du PCC. L’Angleterre a même interdit en Février 2021 la chaine CGTN d’émettre sur son sol car assujettie au PCC. En France où la chaine a trouvé refuge pour émettre, c’est le CSA qui étudie une plainte pour diffusion « de confessions forcées », ce qui pourrait aller jusqu’à couper la diffusion de la chaine.

Quant aux rapports chinois émis par le PCC depuis 1998 sur les manquements des Droits de l’homme par les Etats-Unis, ils souffrent du même manque de crédibilité et ne seraient constituer une base de connaissance à but normative utilisable dans une guerre informationnelle par le contenu. De plus, ils ne répètent bien souvent ce que d’autres rapports d’ONG dénoncent déjà et que les Etats-Unis ne nient généralement pas. Il faudrait ajouter à cela que ces rapports et toutes demandes d’enquêtes auprès des NU contre les Etats-Unis sont des contradictions majeures à la doctrine chère à la diplomatie chinoise de non-ingérence. L’impact sur l’image et la remise en cause de la légitimité américaine reste faible.

La réponse informationnelle médiatique chinoise pourrait se résumer à une copie de la forme occidentale mais avec le contenu de la propagande du local PCC, qui n’est pas audible dans la culture occidentale.

La stratégie du gouvernement chinois veut donner une image positive de la Chine et contrer toutes images négatives. Avec la création de média internationaux, elle se rapproche du modèle Russe de désinformation RT et Spoutnik, mais n’en a pas encore le niveau. Il y a de la part de Pékin une volonté et un investissement économique et humain massif dans les médias pour contrôler, censurer et diffuser le contenu, mais aussi pour créer du contenu et de nouveaux contenants. Il ne faut pas sous-estimer les efforts déployer par Pékin qui utilise tous les moyens pour appliquer sa politique de contrôle de l’information interne à une échelle mondiale. Cette stratégie d’occupation de l’espace médiatique et de réactions agressives  vient se coupler avec une stratégie d’influence dans les instances internationales des Droits de l’homme.

Le changement d'échiquier vers les instances internationales

La République Populaire de Chine entre aux NU en 1971 en remplaçant la République de Chine (Taïwan) et occupe ainsi l’un des cinq sièges des membres permanents au Conseil de Sécurité des Nations Unis, avec droit de véto. La bataille des Droits de l’homme se joue aussi et surtout dans les instances internationales, car c’est là que les Etats-Unis tirent leur légitimité et déplace la guerre informationnelle. La Chine doit être capable de répondre, mais aussi d’attaquer.

En posture défensive, son droit de véto lui permet de bloquer toutes tentatives de résolution. De plus, son poids économique et diplomatiques permet à la Chine d’avoir de nombreux alliés et d’influencer la politique des Droits de l’homme. Ainsi lorsqu’en 2019, 22 représentants occidentaux appellent dans une lettre le Conseil des Droits de l’homme a enquêter en Chine sur le sort des Ouighours, elle est suivie par une autre lettre de 37 signataires, parmi lesquels l’Algérie, l’Arabie Saoudite, la Russie et le Pakistan, qui eux évaluent positivement la situation des Droits de l’homme dans le Xinjiang. En 2020, 70 nations ont apporté leur support à la position chinoise à Hong-Kong et au Xinjiang. 

Sur le front offensif, la Chine propose tout simplement de redéfinir la notion des Droits de l’homme, soit ni plus ni moins un changement normatif. La version chinoise des Droits de l’homme n’est plus centrée sur l’égalité et les libertés (expression, opinion, religion, etc.), mais sur le développement économique et la sécurité. Chaque individu a le droit de jouir d’une vie économique meilleure et en toute sécurité. C’est cette définition des Droits de l’homme que la Chine applique à sa population et au Xinjiang notamment. Même si ce changement normatif n’est pas à l’ordre du jour du fait de la structure même des NU, une nouvelle représentation émerge et fait des adeptes parmi les pays autoritaires.

Un autre moyen d’influencer et d’ancrer sa notion des Droits de l’homme, est de capter des postes clés dans ces instances. Soit en plaçant directement un représentant chinois, soit en plaçant un de ses alliés comme ils ont pu le faire à l’OMS avec le résultat que nous connaissons. Depuis le retrait des Etats-Unis en 2018 du Conseil des Droits de l’Homme (CDH) pour protester contre les critiques émises par le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Zeid Ra'ad Al-Hussein sur les Etats-Unis et les trop nombreuses résolutions condamnant Israël, la Chine a un potentiel de situation favorable pour pousser sa politique d’influence.

En octobre 2020, après les répressions des manifestations à Hong-Kong et la situation au Xinjiang, la Chine a été réélu au Conseil des Droit de l’homme avec 139 voix, au côté de la Russie et du Pakistan.

En janvier 2021 avait lieu l’élection de la présidence du CDH. Cet organisme a pour mission de renforcer la promotion et la protection des droits de l’homme en examinant les violations et en proposant des solutions. Cependant, ses décisions ne sont pas contraignantes. Lors de cette élection, fait inhabituel, il y a eu trois candidats alors que l’élection se fait généralement par consensus. La favorite, la Fidjienne Nazhat Shameem Khan, n’avait pas les faveurs de Pékin qui a préféré proposer le candidat du Bahreïn avec le soutien de la Russie et l’Arabie Saoudite. La Fidjienne a finalement été élue, mais c’est un signe que la Chine compte bien proposer des alternatives.

La priorité chinoise : éviter le chaos interne

Loin de se laisser dépasser sur un échiquier dont la Chine n’était pas en situation de force, elle a su profiter du retrait américain de 2018 et utiliser sa puissance économique pour influencer les différents membres et ainsi tenter de se forger une légitimité. Car la Chine est maintenant réélu à cinq reprises au CDH, preuve s’il en est que la Chine a la confiance de la communauté internationale en matière des droits de l’homme.

Dans la confrontation que se livrent les Etats-Unis et la Chine pour une hégémonie mondiale, l’aspect idéologique est primordial. Plus que deux puissances économiques, ceux sont deux idéologies et visions du monde qui s’affrontent. La lutte se porte sur terrain des droits de l’homme, et au-delà de la morale, les Etats-Unis en position de force l’utilisent comme un instrument de déstabilisation contre le gouvernement chinois. Le nouveau locataire de la Maison Blanche continue la politique de son prédécesseur et son administration va même plus loin en utilisant le terme de génocide pour qualifier la politique chinoise au Xinjiang. Joe Biden a également déclaré que les Droits de l’homme sont une de ses priorités dans les négociations avec la Chine.  

Face à cette déstabilisation, Pékin ne compte pas subir le même destin que les pouvoirs renversés par les révolutions de couleurs. C’est dans cette logique que le président Xi Jinping renforce l’emprise du Parti sur la société chinoise. La cohésion interne est une question de survie pour le PCC qui a pour mission première d’éviter le chaos interne. Le président Xi Jinping déploie une stratégie ambitieuse pour contrer de l’extérieur les attaques occidentales sur les droits de l’homme. Dès 2013, un an après son élection, il promeut une vision chinoise pour « mieux raconter l’histoire de la Chine et faire entendre la voix de la Chine » [3]. Le message devient plus clair en 2016 lorsqu’il déclare que les médias doivent servir le Parti et qu’en 2018 la diplomatie doit ouvrir la voix. Depuis c’est bien tout l’appareil chinois qui se met en branle pour faire entendre la voix de la chine, mais aussi siniser les institutions internationales pour modifier le cadre normatif des droits de l’homme de l’intérieur. L’annonce de Joe Biden en février 2021 de rejoindre le CDH annonce que la bataille des Droits de l’homme est loin d’être terminée.

 

Pierre Charles Hirson
Auditeur de la 35ème promotion MSIE

Références :

[1] Christian Harbulot, Didier Lucas (sous la dir.), La guerre cognitive. L’arme de la connaissance, Paris, Lavauzelle, coll. « Renseignement et guerre secrète », 2002.

[2] Pierre Grosser, « De l'histoire de la puissance chinoise à la puissance chinoise par l'histoire », Revue internationale et stratégique 2019/3 (N° 115).

[3] Antoine Bondaz, « Comment les experts chinois font-ils face à la « menace chinoise ?», Revue internationale et stratégique, Volume 115, Numéro 3, 2019, pages 97 à 106.