Programme EDIP : lobbying et guerres d’influence au cœur de la Défense européenne

Lobbying Défense Européenne

Le 24 avril 2025, les commissions de l’Industrie (ITRE) et de la Défense (SEDE) du Parlement européen adoptent leur position sur le Programme européen pour l’industrie de défense (EDIP) par 70 voix pour, 46 contre et 8 abstentions. En parallèle, les députés votent également à une large majorité (90 pour, 20 contre, 5 abstentions), l’ouverture des négociations avec le Conseil. Cette décision est confirmée en plénière le 7 mai 2025. Un mois plus tard, en juin 2025, le Conseil de l’UE (via le Coreper) approuve à son tour un mandat de négociation avec le Parlement pour établir l’EDIP . 

Or, derrière cette apparente fluidité procédurale se révèle une logique bien plus stratégique : celle d’un verrouillage politico-institutionnel où le calendrier devient un levier d’influence à part entière. En effet, tandis que certains acteurs tentent de ralentir le processus afin de renégocier certaines dispositions à leur avantage, d'autres cherchent au contraire à accélérer son adoption pour figer les équilibres avant que les oppositions ne s’organisent. C’est précisément dans cette dynamique qu’a été activée, dès le 7 mars 2025, la procédure d’urgence sur l’EDIP avec un objectif clair : court-circuiter les contestations, verrouiller un accord politique avant les élections européennes de 2026, et permettre à la Commission de mettre en scène son efficacité sur un sujet hautement symbolique : celui de la souveraineté.

Une même souveraineté, érigée en impératif par Thierry Breton lors d’un débat à Strasbourg, le 13 décembre 2023 ((2023/3027(RSP)), qualifiant l’EDIP de programme « plus que jamais nécessaire » et appelant à « collectivement, renforcer notre préparation, notre readiness ». En effet, doté d’un budget de 1,5 milliard d’euros pour la période 2025–2027, l’EDIP est présenté par ses promoteurs comme une avancée collective, destinée à renforcer la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE), accélérer la cadence de production des armements, et intégrer l’industrie ukrainienne dans l’écosystème de défense européen (COM(2024)150 final – Eur-Lex). Néanmoins, derrière cette vitrine fédératrice se dessine une réalité bien plus ambivalente. 

En effet, loin d’un projet d’intégration homogène, l’EDIP révèle les contours d’une guerre économique et informationnelle au sein même de l’UE où s’affrontent intérêts industriels, logiques nationales concurrentes et influences étrangères. Dans cet environnement, chaque État membre joue sa propre partition sous couvert d’unité et subit et/ou active les leviers du lobbying afin d’orienter les choix techniques, façonner les règles et peser sur les décisions capacitaires.

Carlotta Mauge (MSIE47 de l’EGE)

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